RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION
JEUX (VIDEOS, DE SOCIETE...)



Votre note: -
Moyenne: 4.4
(9 votes)
Dans un futur proche et post-apocalyptique mais américain (sic), un homme solitaire avance vers l'Ouest en protégeant un livre cher à ses yeux. Le monde est devenu désertique, empli de ruines et autres carcasses de voitures laissées à l'abandon. Là, les hommes retrouvent leurs instincts les plus primaires en se montrant hyper violents envers leurs prochains : cannibalisme, viols, meurtres et pillages font désormais partie du quotidien de cet inconnu, se protégeant des attaques et se battant pour trouver de quoi survivre. Un jour, ses pérégrinations le mènent jusqu'à un village contrôlé par le redoutable Carnegie, un homme ne reculant devant rien pour imposer sa volonté et qui alimente en eau toute la région, mais certainement pas sans contrepartie ! La principale préoccupation de ce dernier, grand lecteur devant l'éternel, est de mettre la main sur l'un des derniers exemplaires de la Sacrosainte Bible. Apprenant qu'Eli (c'est finalement le nom de notre héros, d'où le titre du film…) détient un recueil correspondant aux fruits de ses recherches, Carnegie décide de s'en emparer. Notre solitaire parvient néanmoins à lui fausser compagnie, non sans avoir été suivi par Solara, fille de Claudia, compagne du terrible dictateur. S'engage alors une farouche poursuite à propos d'un livre renfermant des connaissances susceptibles de tout changer, tout dépendant évidemment de la façon dont on l'utilise. Mais qui s'en emparera au final ?



Neuf ans après l'inégal "From Hell", Albert et Allen Hughes remettent le couvert avec cette fois-ci un film post-apocalyptique à la clé. On est bien loin des "Menace II society" et autre "Génération sacrifiée" des mêmes réalisateurs, plus urbains et ancrés dans la réalité. Ici, il est question d'un film d'anticipation qui pulse, sorte de thriller futuriste au visuel de bande-dessinée tourné avec des images soignées en gris et noir, le tout dans un environnement complètement nu et dépouillé, filmé en extérieur (au Nouveau-Mexique pour être plus précis). Dès le début, le ton est donné avec deux scènes nous indiquant que nous sommes à une époque où l'on doit combattre pour survivre mais aussi que l'on peut parfois se contenter de manger des mets difficilement trouvables et encore moins consommables dans un restaurant, quand il en existait encore ! Le film continue par la suite à un bon rythme, en enchainant les scènes de combats, d'action pure et les moments plus intimistes, et ce, sans défaillir.

Toutefois, c'est à un métrage ultra-référentiel auquel nous avons affaire là. Comment en effet ne pas penser à Clint Eastwood (avec notamment "Le bon, la brute et le truand"), Ogaki Itto (le héros de la saga des "Baby Cart") ou encore "Zaitochi", le samouraï aveugle, en observant Eli allant de ville en ville dans des décors désertiques et qui se bat contre l'ennemi tout en semblant intouchable ? Tout cela a de forts relents de Western Spaghetti, mais aussi de Wu Xia Pian (film de sabre chinois) et surtout de Chambara, genre de métrage obéissant à des codes très précis dans l'intrigue, les personnages et la forme. Le héros est généralement un combattant solitaire qui doit suivre le Bushido (la voie du guerrier), un code d'honneur dont le non-respect entraînait le Seppuku (suicide consistant à s'ouvrir l'abdomen avec un sabre, sympa non ?). Il peut être soit un moine-guerrier, soit un samouraï, ou bien encore un rônin, autrement dit un paria, car samouraï sans maître. Dans tous les types de long-métrages précités, les combats obéissent à un rythme particulier qui joue sur l'attente suivie d'échanges de coups de feu ou de sabre, violents et rapides avec souvent à la clé un duel final contre le chef des méchants. Comment également ne pas penser à "Mad Max 2 – Le défi" avec son univers à l'agonie où corps, déchets en tous genres et engins motorisés carbonisés jonchent un sol désertique et stérile, mais surtout sa scène de viol en contrebas d'une pente et certains de ses lascars costumés et masqués façon Jason Voorhees ?

De plus, comment ne pas voir l'influence énorme de Sergio Leone sur Le Livre d'Eli ? En effet, que ce soit au niveau de la partition musicale (un des hommes de main de Carnegie sifflote une musique de l'illustre Ennio Morricone, "Cockeye's song" qui se fait entendre dans "Il était une fois en Amérique" et figure une mélodie au ton envoûtant jouée par Gheorghe Zamfir à la flûte de pan), ou de la mise en scène (l'utilisation habile du champ-contrechamp, procédé de montage cinématographique qui fait alterner les plans de chacune de deux personnes en train de dialoguer théoriquement face à face), tous deux chers à Leone, les frères Hughes en usent, mais jamais de façon outrancière, toujours dans le respect de leur glorieux aïeul auquel ils rendent un sympathique hommage.

Côté scénario, on a, comme cela est souvent le cas dans les récents post-nuke, une belle propension à la religiosité qui peut en gêner plus d'un. Jugez plutôt : Eli (déjà le nom a une consonance biblique certaine puisque c'est celui de l'un des derniers juges d'Israël et aussi un Grand Prêtre connu pour sa vertu légendaire et sa grande sévérité) marche depuis trente ans, depuis le "grand flash" (on présume que c'est un cataclysme nucléaire d'une ampleur sans précédent) car un jour une voix (celle de Dieu) lui a dicté une quête : celle de faire parvenir à l'Ouest, le dernier exemplaire de la Bible. Il croise sur sa route un homme de son époque, pour ne pas dire de sa génération, Carnegie, véritable despote d'une ville en plein désert, qui cherche à mettre la main sur le livre des écritures Saintes, afin semble-t-il, de l'imposer à tous les hommes devenus ignorants et étendre son hégémonie. Ainsi, si on extrapole un tant soit peu, ces individus sont tous les deux obnubilés par le livre sacré, mais l'un œuvre pour l'intérêt collectif, c'est-à-dire le bien et l'autre vise son propre intérêt, autrement dit le mal. Après, on est fan ou pas, personnellement, cet aspect religieux ne m'a pas gêné outre mesure dans le sens où le long-métrage des Hughes brothers possède d'autres atouts qui le font vraiment sortir du lot des post-nuke habituels.

De fait, une des grandes forces du film tient au casting. En tête de celui-ci, on retrouve Denzel Washington, acteur d'habitude cabotin, qui montre là, qu'il peut aussi jouer tout en sobriété et en retenue, sans trop en faire et ce, entre deux scènes d'action. Il incarne ici Eli, une sorte de guerrier solitaire et énigmatique. On sait de lui, enfin on pense deviner, qu'il a vécu énormément de choses puisqu'il a les tempes grisonnantes, signe de sagesse et de longévité en ces temps d'apocalypse, mais son passé reste mystérieux, malgré quelques indices comme son énorme cicatrice dans le dos laissant imaginer les souffrances qui ont été siennes. De plus, Denzel s'est investi corps et âme dans le projet, puisque non content d'être producteur, le comédien s'est également entraîné aux arts martiaux avec la pointure Dan Inosanto (un des protégés de Bruce Lee lui-même et quasi seul pratiquant vivant du Jeet Kune Do, art martial créé par le Petit Dragon) et a assuré lui-même toutes ses cascades lors des combats au corps-à-corps. Si ça ce n'est pas un acteur qui les mérite ses Oscars ma bonne dame ! Autre protagoniste important et méchant de service, j'ai nommé Gary Oldman, habitué à ce type de performance. Il endosse ici le rôle de Carnegie véritable dictateur d'un certain âge qui a construit sa ville grâce à la violence et au contrôle de l'eau, denrée rare, parce qu'il se souvient où en trouver. Il est aussi très cultivé puisque c'est l'un des derniers hommes sur Terre à savoir encore lire et c'est pour cela qu'il connaît le livre d'Eli, autrement dit la Bible, parce qu'il fait partie de son background et il sait ce qu'il pourrait faire avec. C'est pour cette raison qu'il le cherche depuis des années. Citons encore la présence de : Michael Gambon et Frances de la Tour (jouant tous deux également dans "Harry Potter et la coupe de feu") interprétant un veux couple marginal, Tom Waits, chanteur à la voix rocailleuse, en ingénieur-réparateur, la charmante Mila Kunis ("American psycho 2", "Max Payne") dans le rôle de Solara, Malcom McDowell ("Orange mécanique") qui nous fait un petit caméo et surtout Jennifer Beals, jouant ici Claudia, l'amante aveugle de Carnegie, plus connue pour être l'héroïne de "Flashdance" !

En sus, pour parfaire notablement ma chronique, il me faut absolument vous parler des autres faits d'armeq que le métrage offre et qui se situent surtout au niveau de la mise en scène. Certaines séquences de combat sont tout bonnement époustouflantes, notamment : celle à la machette en contre-jour près d'un tunnel lors de laquelle Eli se défait avec dextérité d'adversaires en nombre dont un brandit une tronçonneuse façon Leatherface des familles ! Mais aussi celle de la baston dans le bar façon Western Spaghetti que n'aurait pas reniée Sergio Leone et l'attaque, que dis-je, le siège d'une maison esseulée en plein désert tournée en plan-séquence, c'est-à-dire filmée en un seul plan sans interruption de caméra, ni autre montage. Vraiment, quant au visuel et aux scènes d'action, on peut dire que les frangins Hugues savent y faire, certaines sont, et je ne pèse pas mes mots, proprement démentes !

Pour ce qui est du score, sans être transcendant, on retrouve grâce à lui, tout le charme des films des années 80, comme on savait en faire à l'époque de "Aux frontières de l'aube" de Kathryn Bigelow, seule réalisatrice Oscarisée : une utilisation du synthétiseur qui, sans être abusive, créée une ambiance nécessairement sombre collant parfaitement aux événements présentés à l'écran. Et ça, ça nous suffit amplement !

Toutefois, et c'est là que le bât blesse, du moins pour moi, le maillon faible de Le Livre d'Eli, c'est la fin. Après avoir lu ici et là qu'elle était terrible et inédite, je me suis rendu compte pendant et après visionnage qu'elle me rappelait étrangement quelque chose. Et puis, à force de faire travailler mes méninges et autres neurotransmetteurs, je me suis souvenu des dernières scènes de "Fahrenheit 451" de François Truffaut, réalisé en 1966 et tiré du roman éponyme de Ray Bradbury de 1953 et ai vu là un étrange parallèle ! Pourtant, je n'en dévoilerai pas davantage afin d'entretenir le suspense. Mais bon, arrêtons de crier au génie devant une soi-disant originalité, car il n'y en a pas, du moins en ce qui me concerne. Quant à la référence à "Zaitochi", on pouvait la sentir depuis un bon bout de temps, du moins la deviner si on est un petit malin…

Voilà donc un film d'anticipation naviguant entre scènes d'action frénétiques et réflexions religieuses basiques parvenant cependant à citer ses classiques sans nous noyer sous une pluie de références, et qui arrive à nous divertir agréablement. Et ce n'est déjà pas si mal, avouons-le. Au-delà de leurs prouesses visuelles, les frères Hugues ne font pas preuve d'une grande originalité mais donnent corps à un véritable fantasme pour les fans de série B musclée tout en étant cohérents dans leur démarche plus que louable : nous distraire tout en faisant des clins d'œil à leurs illustres aînés sans les trahir. Ce trépidant post-nuke, croisement entre un univers "Mad Maxien", "Léonien" et "Chambaresque" (désolé pour tous ces néologismes de cinéphage !), impose aussi un casting de choc avec en tête un Denzel Washington plus que convaincant en justicier solitaire. Malgré cela, ne nous enflammons pas trop vite, car d'aucuns pourraient se sentir floués par l'aspect religieux de bas étage qui parasite le film et surtout par une fin pas si novatrice que ça pour les cinéphiles aguerris.








Du même réalisateur :