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Atteinte d'un cancer de la moelle osseuse, la mère de Tibor Malkav décèdera si elle n'est pas hospitalisée d'urgence. Seul un institut basé à Stockholm peut la sauver mais Tibor ne possède pas suffisamment d'argent pour l'y amener. Contre toute attente, un homme surnommé "le cyclope" lui propose de l'argent, beaucoup d'argent, si ce dernier accepte de tuer quelqu'un. Sachant que c'et peut-être sa seule chance de sauver sa pauvre mère, Tibor accepte le deal et empoche alors l'argent une fois le travail accompli. Mais, très vite, Tibor apprend qu'il vient de tuer son demi-frère, une personne dont il ignorait totalement l'existence jusqu'à ce qu'il ne le tue. Pourquoi lui a-t-on fait tuer cet homme? Que cela cache-t-il? Tibor décide de mener sa propre enquête…



Quasi passé inaperçu dans nos contrées, "l'investigateur" est un petit thriller hongrois sans grande prétention qui a toutefois remporter plusieurs prix lors de divers festivals, dont quatre prix à la Semaine du Film Hongrois (dont ceux de meilleur scénario pour Attila Gigor et meilleur acteur pour Zsolt Anger jouant le rôle de Tibor).

Pourtant, malgré les récompenses perçues, "l'investigateur" est un film qui pourra rebuter certaines personnes en raison de son rythme très lent, parfois monotone. Cependant, le film d'Attila Gigor est tout sauf ennuyeux, bien au contraire, l'intrigue se suivant relativement bien grâce à une mise en scène atypique et à un acteur principal tout bonnement bluffant.

Alors que nous avons là un thriller au scénario bien ficelé et parsemé de fausses pistes, on pourra cependant regretter une fin plutôt simpliste, prévisible une bonne dizaine de minutes avant le dénouement final. Mais qu'importe, là où le film tire sa force c'est dans sa mise en scène des plus inhabituelles.
En effet, ce petit film d'auteur réussit à nous livrer une intrigue rationnelle laissant entrevoir un humour noir bienvenu ainsi qu'une certaine compassion pour notre pauvre Tibor qui, sans le savoir, a tué un demi-frère désireux de faire sa connaissance, lui qui est déjà si seul dans la vie…



L'acteur principal demeure LE grand atout du film d'Attila Gigor. Zsolt Anger, jouant le rôle de Tibor Malkav, nous offre là une interprétation remarquable. Doté d'une nonchalance à toute épreuve, le jeune homme de 37 ans est la parfait anti-héros : mou, lent, peu démonstratif, à la limite de l'anti-socialité, ce célibataire endurci semble préférer la compagnie des morts (dont il fait les autopsies et remaquille ensuite) à celle des vivants qu'il trouve visiblement trop prévisibles.

Malgré la compagnie habituelle d'une jeune femme nommée Edit Pszotka qui semble vouloir chercher l'âme-sœur e n la personne de Tibor, ce dernier se montre toujours aussi indifférent envers elle, refusant ses avances et ne montrant aucun sentiment à son égard. Une relation homme-femme des plus inhabituelles qui prouve la détermination de Tibor à vouloir coûte que coûte sauver sa mère de la maladie, seule personne avec qui il semble avoir des liens affectifs dans la vie.

Un amour pour sa pauvre mère qui le poussera à commettre l'irréparable (l'assassinat de son demi-frère inconnu) et le plongera au cœur d'une mystérieuse enquête dans laquelle, malgré ce caractère si stoïque et cette mollesse sans égal, il n'hésitera pas à ruser (n'hésitant pas à se faire passer pour diverses personnes aux yeux d'autres pour soutirer des informations et des indices) et à se montrer réfléchi et perspicace.

Alors que l'on aurait pensé que cet homme était du genre renfermé dans sa bulle et isolé du monde qui l'entoure (il travaille dans une morgue avec pour seule compagnie des cadavres, il côtoie une femme sans chercher à aller plus loin avec elle malgré ses multiples avances flagrantes…), il s'avère que derrière cette nonchalance et ce semblant d'antisocialité se cache en réalité un homme réfléchi et déterminé, ne reculant devant rien pour découvrir la vérité sur cette affaire à laquelle il est mêlé de très près.
Un caractère calme, ne dévoilant aucun sentiment, qui permet à Tibor d'arriver à ses fins et à passer pour quelqu'un de sûr de lui et tenace (la police aura bien du mal à en tirer des informations, l'homme ayant réponse à toutes les questions, ayant des alibis en béton avec preuves à l'appui et se montrant toujours aussi calme lors d'interrogatoires).



Mais ce qui est original ici, c'est que notre investigateur (dont il est question dans le titre) est également l'assassin mais non le commanditaire. Tout au long du film, nous sommes plongés dans les réflexions de Tibor, nous sommes confrontés à ses multiples interrogations et tentons de résoudre cette enquête en essayant d'imbriquer les divers éléments et rassembler les pièces du puzzle.
Des scènes de réflexion qui font toute l'originalité de la partie narrative du film d'Attila Gigor : nous naviguons dans les songes et les pensées de Tibor (on pense surtout à cette scène originale où Tibor convoque dans un amphithéâtre tous les suspects et autres personnes liées à l'enquête et où les constats sont donnés, les idées se confrontent et les fausses pistes fusent), qu'elles témoignent de la tristesse de Tibor (la lettre du centre suédois qui refuse de prendre en charge sa pauvre mère) ou d'une certaine morbidité (la scène où il se retrouve entouré des cadavres du film avec qui il converse comme si de rien n'était).

Mais l'un des autres atouts de ce film demeure la musique : ce rythme plutôt lent dans la narration a cependant comme avantage de camper une belle musique au violon, des airs tristes en général, renforçant encore un peu plus ce sentiment de morosité et de nonchalance que dégage Tibor, perdu dans ses pensées tantôt tristes tantôt macabres et anéanti par un contexte des plus difficiles pour lui (sa mère mourante, l'assassinat de son demi-frère…).



Au final, "l'investigateur" est un thriller original tirant son épingle du jeu grâce à une mise en scène originale, un anti-héros des plus inhabituels et une musique envoutante.
Un film d'auteur rondement bien ficelé, même si nous pouvons toutefois lui reprocher un dénouement final prévisible une bonne dizaine de minutes avant que celui-ci n'arrive (bon nombre de fausses pistes pour finalement tomber sur un final simpliste au possible).

Un film à voir pour sa mise en scène des plus inhabituelles et son personnage central très travaillé et remarquablement interprété par un Zsolt Anger stoïque et fin limier.








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