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Réalisation
François Gaillard, Christophe Robin

Scénariste
François Gaillard et Christophe Robin

Date de sortie
2010

Genre
giallo

Tagline


Cast
Clara Vallet
Anna Naigeon
Aurélie Godefroy


Pays
France

Production


Musique
Pascal Garcin

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 2.4
(5 votes)
Le giallo serait-il de retour dans nos contrées ? Alors qu' "Amer" sort bientôt sur les écrans de cinéma, voilà un film indépendant s'inscrivant lui aussi dans le genre "giallesque" et tourné par deux jeunes réalisateurs de Montpellier (là où les filles sont belles comme la mer dans le soleil couchant). Si la copie que nous avons pu voir n'est pas encore définitive, "Blackaria" est, en l'état, une oeuvre rafraîchissante et talentueuse en ces temps de conformisme du film de genre.



Non, le cinéma de genre made in France ne se résume pas à reprendre les bonnes vieilles recettes issues de la culture horrifique américaine et qui n'arrivent que rarement à la cheville des oeuvres auxquelles elles rendent plus ou moins "hommages". D'autres se tournent vers d'autres cieux. En l'occurrence ceux tourmentés et érotiques du giallo italien des années 70. Là où les femmes sont belles à se damner, les meurtres graphiquement soignés, les fantasmes récurrents et l'érotisme "classieux".

Angela, une désirable jeune femme, hantée par des cauchemars récurrents (magnifique séance d'ouverture "Fulcienne" sur une femme énucléée dont les orbites saignent abondamment) depuis qu'une nouvelle, belle, libérée et étrange voisine a emménagé dans son immeuble. Elle fait sa connaissance un soir où, empêchée de dormir par la musique, elle s'en va frapper à sa porte et découvre une scène orgiaque. Refusant les avances appuyées de la donzelle, elle s'enfuit.
Angela, reste néanmoins plus que troublée par sa voisine. Cette dernière s'invitera d'ailleurs par le biais du miroir de l'ascenseur pour une scène d'amour d'une subtile suggestion érotique. Le sexe n'étant dans le giallo jamais loin de l'horreur, elle assistera à l'assassinat (violent et gore) de sa voisine toujours au travers du miroir.
Elle découvrira le corps de cette dernière dans son appartement.
Elle dérobe par la même occasion une boule de cristal capable, semble-t-il, de lire l'avenir.



Il ne s'agit ici que d'un résumé du premier quart d'heure, mais qui donne le ton de l'ensemble du métrage. Un giallo fantasmé et fétichiste, qui convoque autant les grands classiques du genre que l'horreur graphiquement plus intense d'un Lucio Fulci.


Si la volonté des auteurs de "Blackaria" est clairement de s'approprier les codes narratifs du giallo, de parsemer leur film de références à quelques scènes clefs et archétypes de ce genre (on y reviendra) , ils réussissent brillamment à éviter le piège de l'hommage servile et vain.
"Blackaria" emprunte, mais ne copie pas, ou plutôt il se sert à foison de sa connaissance du giallo pour mieux la mettre au service de son atmosphère et de son intrigue. C'est un hommage certes, mais un hommage qui a sa vie propre.

Comme dans tout bon giallo qui se respecte, l'intrigue en elle-même n'a finalement que peu d'importance, elle n'est qu'un fil rouge destiné à relier entre elles la substantifique moelle du métrage, l'érotisme, l'onirisme et l'horreur. "Blackaria" pervertit donc le schéma habituel du " whodunit", en ne se concentrant pas sur l'identité de l'assassin, mais sur la ritualisation des actes du meurtrier. Un spectacle qui donne toute latitude au voyeurisme du spectateur.


La fétichisation du corps de la femme, les rêves d'Anna qui s'entrechoquent avec la réalité, les nombreuses scènes de raffinement dans la cruauté, tout cela interpelle et ravit l'amateur de giallo. L'impression de retrouver une symbolique, un style que l'on a plus vus sur pellicule depuis des âges immémoriaux ou presque.



Bien entendu, les acteurs ne sont pas professionnels, certains s'en tirent mieux que d'autres, les dialogues sont un peu "sur-écrits", l'enquête policière manque d'attrait également, c'est probablement le prix à payer de l'indépendance et d'un budget réduit à la portion congrue. Mais la sincérité de l'ensemble des participants ne saurait être mise en cause.


De manière consciente, les deux réalisateurs parsèment donc leur métrage de références évidentes à quelques grandes oeuvres de la culture giallesque. On peut citer (de manière non exhaustive) "Six femmes pour l'assassin", "Torso", "La dame rouge tua 7 fois", "Ténébres", et surtout une visible fascination pour l'oeuvre de Lucio Fulci "La longue nuit de l'exorcisme", "Le venin de la peur" mais aussi et bien que cela sorte du cadre strict du giallo "La guerre des gangs" ou encore "L'au-delà".
Imprégnés de ces films, les deux comparse les réinterprètent et les mettent au service de leurs propres lectures du genre.

"Blackaria" distille une atmosphère onirique qui renvoie expressément au grand Mario Bava et plus tard à Dario Argento .
Pour pallier une certaine absence de moyens, la directrice de la photo Anna NAIGEON (qui interprète également le rôle d'Anna Maria, la voisine libérée) joue la carte d'un certain "vintage" qui sied à merveille à l'ensemble.
Photographie que l'on croirait tout droit sortie des années 70, recours substantiels à des éclairages colorés jaunes, bleus ou rouges, et travail exigeant sur la composition des cadres.
Les décors recèlent de nombreux détails sur lesquels la caméra s'arrête parfois, comme pour mieux arrêter le temps avant la mise à mort d'un protagoniste. Les miroirs et ce qui s'y passe de l'autre côté sont également utilisés de manière judicieuse, renforçant le caractère légèrement fantasmé de "Blackaria".
Du travail qui n'a bien souvent pas grand-chose à envier à celui d'une grosse équipe professionnelle.

David Scherer est un excellent maquilleur et il le prouve une fois de plus ici. Les nombreuses scènes de meurtres violents frappent là où ça fait mal : énucléation, rivière de larmes sanglantes, coups de couteaux, de rasoirs, tout cela culmine dans deux magnifiques séquences, l'une dans un ascenseur (utilisation du miroir, meurtrier masqué, rasoir et érotisme) et l'autre dans un sauvage moment où l'utilisation d'une grosse chaîne sur une pauvre malheureuse est excessivement douloureuse à regarder et rappellera aux aficionados une des célèbres scènes de "La longue nuit de l'exorcisme", le giallo rural de maître Fulci.



Les auteurs ont également retenu l'autre versant des thrillers italiens des années 60-70, l'érotisme suggestif.
Dans "Blackaria", les femmes sont toutes plus belles les unes que les autres, elles sont fétichisés, voluptueuses, ne daignent pas non dévoiler quelques parties de leurs ravissantes anatomies. Bas noirs, habits sexys, objets meurtriers phalliques, nudités sulfureuses, poses affriolantes, jeux de transparence. Un érotisme qui sans jamais sombrer dans le graveleux et le vulgaire, parvient in fine à refléter les fantasmes plus ou moins refoulés du personnage féminin principal.

Enfin, que serait le giallo sans sa musique ? Quasi personnage en soi, elle est d'une nécessité vitale pour mettre en exergue le climat si particulier de ce genre. Une musique en inadéquation avec les images et c'est toute la structure du film qui est mise à mal.
Heureusement dans "Blackaria", la partition musicale et les sonorités rendent justice à l'ensemble. Composée par le groupe "Double Dragon" , elle est une sorte de compromis entre les partitions électros des Goblins, de Fabio Frizzi auxquelles aurait été ajoutée une touche de modernité bienvenue. Et s'il y a pire comme référence, cela n'en reste pas moins une belle réussite, surtout qu'elle s'adapte très souvent avec harmonie à ce que l'on peut voir à l'écran.

Original, indépendant, cohérent, respectueux des codes et fait avec beaucoup de sincérité et de talent, "Blackaria" fera à n'en pas douter le bonheur des fans de gialli et pourquoi pas des autres ?
Que les dieux qui règnent dans les hautes sphères de l'édition et de la distribution de films daignent jeter un oeil à "Blackaria". Il le mérite bien plus que beaucoup de films de genre qui sortent dans les salles.

Disponible chez le chat qui fume :
http://lechatquifume.com/nos-films/nouveaute/blackaria/






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