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REC 2 débute temporellement là où s'achevait le premier opus et l'on suit les agissements d'un groupe d'intervention de la police espagnole qui avec l'aide d'un envoyé du ministère de l'intérieur (dont on apprendra bien vite qu'il s'agit en fait d'un prêtre envoyé par le Vatican) vont tenter de mettre de l'ordre dans ce boxon. Leur principale mission sera de récupérer un échantillon de sang pour fabriquer un antidote au virus avant que celui-ci ne s'échappe de l'immeuble et ne contamine l'extérieur.



Spoilers à tous les étages de l'immeuble, vous êtes prévenus.

SURENCHERE, TU PERDS TON SANG FROID

Comme souvent, très souvent même, les suites directes d'un film à succès sont une déception, celui-ci ne fait hélas pas exception à la règle. Jaume Balaguero et Paco Plaza, après nous avoir proposé un intense spectacle immersif avec leur "REC" (immersion implacable au cinéma, mais beaucoup moins redoutable sur un petit écran) joue malheureusement la carte de la surenchère.
Plus de caméra, plus d'action, plus de sang, plus de personnages, plus d'histoires qui se recoupent, plus de référence aux jeux vidéo à la première personne, plus de tout.
Et comme souvent, la surenchère aboutit à un trop plein qui devient rapidement roboratif à coup de mouvements de caméra "parkinsoniens" rendant les nombreuses (très, trop ? nombreuses) scènes d'action totalement illisible.
Pas facile donc de faire une suite, mais l'on s'attendait franchement à mieux de la part de ces deux réalisateurs qu'un hystérique copier-coller du film initial avec ajout de récupération de toute une flopée d'oeuvres majeures du cinéma d'horreur.
Certes, tout n'est pas à jeter aux orties avec grand-mère, notamment les vingt dernières minutes qui une fois la caméra un peu plus posée, relève à l'évidence le potentiel qu'aurait pu avoir cette suite.
Mais voyons voir cela en détails, si vous le voulez bien et sous vos applaudissements nourris.




MANGEZ LEGER AVANT !

Là ou "REC" prenait son temps pour poser les bases de son intrigue via le reportage d'une chaîne de télévision locale accompagnant des pompiers dans leurs missions et donnant ainsi le temps de s'adapter à la caméra à la première personne et surtout en donnant une épaisseur aux personnages avant de déchaîner l'enfer, REC 2 fonce direct dans l'outrance et l'action bourrine.
Pas le temps de dire "ouf" que les "infectés" n'attaquent et que la caméra censée nous montrer en temps réel l'action ne se mette à trembler, voguer, gesticuler, papilloter, vibrer, flageoler (au gigot, c'est tellement meilleur), bouger et s'agiter dans tous les sens. Et cela ne va plus s'arrêter pendant plus d'une heure, donnant plus l'impression de se trouver sur des montagnes russes que devant un film.
Bien sûr, cela était déjà le cas dans le premier opus, certes, mais les pauses étaient nombreuses, l'intrigue plus subtile, le mystère plus épais, les dialogues plus cohérents.
Comme un retour de flamme, le fait de vouloir proposer une manière de filmer censée renforcer encore plus l'immersion du spectateur et la réalité des faits, rend tout ceci totalement illisible et réellement fatiguant non pas pour les nerfs, mais pour les yeux.
L'ennui pointe vite et l'on se demande bien à quoi peuvent bien servir les maquillages, vu qu'on les discerne à peine pendant toute cette première heure.
Peut-être atteint-on ici les limites du rendu à la première personne ? Un peu, cela peut sans problème donner du réalisme, trop cela donne surtout mal à la tête et rend tout ceci bien vain.



GROSSES FICELLES ET INCOHERENCES

Si l'on arrive à passer outre la technique particulière de mise en scène (qui après tout peut plaire à certains ou certaines) sans avoir régurgité son manger, on peut s'intéresser à l'intrigue en elle-même.
Un fourre-tout mêlant des concepts empruntés à des oeuvres comme "Aliens", "Evil Dead", ou "L'exorciste", additionné de ficelles grosses comme des amarres de bateaux normands qui n'ont évidemment d'autres buts que de dynamiter l'intrigue en multipliant les rebondissements et les points de vue.
Sauf que cela est gros, très gros, si gros que l'on a bien du mal à y croire.
Balaguero et Plaza, après avoir cédé à une surenchère visuelle réduisant quasiment à néant toute angoisse, cèdent à la facilité scénaristique la plus confondante en démystifiant intégralement ce qui faisait l'une des forces du premier opus, à savoir le mystère du monstre dans le grenier et de l'apparition du virus.
Combien de fois le personnage du prêtre prétend que trouver telle ou telle personne ou objet équivaut à leur dernière chance ? Quatre, cinq, six ?
Comment croire qu'une bande de djeunz "crétino-branchouilles" puisse réussir à rentrer dans un immeuble gardé par la plus grande concentration de force de l'ordre depuis la guerre civile espagnole ?
Comment donner du crédit à cette histoire de possession qui semble un de ses tours de magie d'un enfant de l'école primaire auquel on ne croit guère ?
Comment justifier que le fin mot de l'histoire soit dévoué à l'utilisation d'une caméra infrarouge ? Les forces de police n'en auraient pas ?
Tout cela pour un film, qui rappelons-le, se pose en apôtre d'une certaine forme de réalisme à la première personne, ça fait quand même mauvais genre.



UN REC3 EN PERSPECTIVE ?

Alors, histoire abracadabrantesque, images souvent illisibles, dialogues d'une grande pauvreté, ce film est donc une sombre bouse maître Capello ?
Eh bien non mon cher Jean Pierre Descombes, car curieusement et alors que l'on attendait patiemment la fin du maigre spectacle (et que l'on tentait de ne pas égorger les spectateurs qui parlent et qui ruminent avec force borborygmes leurs pop-corn), "REC 2" devient ce qu'il aurait pu (ou dû) être dans ces 20 à 25 dernières minutes, au moins du point de vue de la réalisation.
La caméra est plus "fixe", toujours à la première personne certes, mais ses mouvements deviennent lisibles, la tension monte enfin un peu et même si tout cela ressemble un peu trop à une resucée pratique de "L'exorciste" et autres films de malédiction, on sort de "REC 2" un peu moins déçu que lorsqu'on y est entré. Espérons que le 3 que l'on fait plus que deviner lors des dernières images, saura en tenir compte (mais on peut émettre des doutes, si celui-ci cartonne).

N'attendez pas non plus de sursauts de peur de votre part ou de celle de vos voisins et voisines, même les frêles naïades adolescentes du cinéma ne se sont jamais montrées sous leur jour de sauterelles des fauteuils et ne se sont blotties au creux de leurs chéris d'un soir.

Une belle déception en ce qui concerne l'auteur de ses lignes.