RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4
(14 votes)
La population entière est décimée par un virus transformant les êtres humains en des mutants sanguinaires. Un couple tente de survivre à cet environnement devenu hostile en se réfugiant dans un établissement déserté, à l'orée d'une forêt s'étendant à perte de vue. Alors que son compagnon est en train de muter en l'une de ces choses peuplant les environs, Sonia réussit à émettre un SOS radio à destination d'une base militaire non loin de là. Mais les secours tardent et la menace extérieure se fait de plus en plus ressentir. Les mutants ne sont plus très loin de nos deux rescapés maintenant…



Réalisé par un certain David Morley, "mutants" montre une fois de plus que le cinéma de genre français est en pleine effervescence et qu'il peut dévoiler de bien bonnes surprises. En effet, depuis le génial "haute tension" en 2003, de nombreuses productions françaises ont vu le jour (on pense notamment à "frontière(s)", "martyrs", "ils", "à l'intérieur", "maléfique" ou pourquoi pas encore "vinyan" même si ce dernier ne joue pas dans la même catégorie que ceux précédemment cités…) et viennent contribuer à cette nouvelle vague du cinéma de genre made in France initiée par le film d'Alexandre Aja.

Car, en effet, ne le cachons pas et soyons francs dès le départ, "mutants" est une agréable surprise! Malgré un scénario peu original, David Morley réussit à créer une ambiance oppressante et glauque et nous invite à la lisière d'une sinistre forêt, dans un établissement qui sera rapidement envahi par des mutants agressifs et sanguinaires.
Un casting de très haut niveau, des thèmes abordés bien maitrisés (la maladie, la perte d'identité, la dégradation du corps…), des maquillages réussis, des décors saisissants et des scènes d'action bien réparties et carrément jouissives : voici les ingrédients qui font de "mutants" un très bon divertissement.

Pourtant, de "mutants" on regrettera plus particulièrement ce manque d'originalité dans le scénario, cette envie constante du réalisateur de vouloir s'inspirer d'autres réalisations horrifiques à succès. En effet, lors du visionnage du film de David Morley, on ne peut s'empêcher de penser en premier lieu à "28 jours plus tard" de Danny Boyle (un monde décimé par un virus transformant la population en mutants agressifs et cannibales), puis à "la mouche" de David Cronenberg (pour les différentes phases de mutation, notamment cette scène où notre ami perd ses dents devant se glace, mais également pour cette relation devenue impossible entre les deux amants) et enfin à "la nuit des morts-vivants" de George A. Romero (pour l'assaut du refuge par nos bêtes sanguinaires).



Mais malgré cette impression de déjà-vu qui flotte dans l'air tout au long du film, on ne peut s'empêcher de trouver d'indéniables qualités dans le film de David Morley. A commencer par un casting remarquable avec tout d'abord une Hélène de Fougerolles (sitcom "le collège des cœurs brisés", les films "le mari de Léon", "la cité de la peur", "la reine Margot", "le péril jeune", "assassins", "Fanfan la tulipe", "les dents de la nuit"…) en grande forme, notre chère morbihannaise s'étant énormément investie dans le rôle (assez difficile) de Sonia, prisonnière d'un amour devenu impossible avec un mutant et ne devant son salut qu'à son éloignement de l'être tant aimé.

Son compagnon dans le film, parlons-en justement : Francis Renaud ("Pigalle", "gangsters", "36 quai des Orfèvres", "MR 73", "les rivières pourpres 2"…) était sans conteste un excellent choix pour le rôle de Marco. Car Mister Renaud, il ne joue pas Marco, il EST Marco : incroyable devant la caméra, l'acteur est totalement envahi par son personnage, son comportement, ses attitudes… Tantôt attendrissant (les scènes où il tente de rassurer sa compagne, regrette ses sauts d'humeur…), tantôt déchainé (la douleur le tétanise, il virevolte dans tous les sens, présente des spasmes inquiétants, crache des flots de sang, se tord de douleur à terre…), Francis Renaud, de part son jeu d'acteur saisissant et réaliste, est de loin LA vedette de "mutants". Et ce n'est pas Hélène de Fougerolles qui viendra dire le contraire : dans une interview, l'actrice nous fait part de l'énorme investissement de Francis Renaud dans ce rôle central du film de David Morley, celui-ci ne rechignant jamais face aux fatigantes conditions dans lesquelles le film a été tourné (levé à 4h du matin pendant une grande partie du tournage pour se faire faire son maquillage).

A ce duo viendra s'ajouter d'autres acteurs dont l'ex-champion de boxe thaï (11 fois quand-même!) Dida Diafat (vu également dans "légionnaire" avec Van Damme et dans le film "chok dee" s'inspirant de sa propre carrière) présenté au départ comme un personnage inquiétant et mystérieux mais qui s'avèrera être un redoutable combattant contre nos mutants plus déchainés les uns que les autres.
On retrouvera également une autre tête connue : Nicolas Briançon ("embrassez qui vous voudrez", "les poupées russes", "hellphone"…) dans le rôle de Franck, sorte de chasseur violent, le stéréotype même du gars très (trop) viril qui n'hésitera pas à laisser sa petite femme en compagnie de nos mutants enragés. D'ailleurs, comme dans bon nombre de films de ce genre, on retrouve souvent ce type de personnage qui semble être là pour nous montrer que l'être humain peut parfois être une menace bien plus cruelle et sadique que les monstres contre lesquels on lutte (une menace et un ennemi de plus pour la pauvre Sonia). C'est le cas également du personnage du début du film : une femme militaire ultra stéréotypée (exécrable, autoritaire…) que l'on est bien content de voir se faire tirer dessus dans le premier quart d'heure du film.



Mais ce qui retient notre attention dans "mutants" c'est cette relation entre Sonia et Marco. Comme dans "la mouche" de David Cronenberg (que David Morney semble fortement apprécier, soit dit en passant), on suit l'évolution de ce couple confronté à la maladie et à la perte d'identité du conjoint dont le corps se métamorphose au fil du temps, le virus rongeant progressivement ses tissus cellulaires, dégradant ainsi son physique mais altérant également son mental (un comportement animal commence à se révéler chez le compagnon de Sonia, un comportement contre lequel il ne peut rien…). C'est alors que la phrase "et si l'être le plus cher devenait le plus dangereux" présent sur certaines affiches du film prend tout son sens.

Bien plus rapide que dans le film de David Cronenberg, la métamorphose est cependant tout aussi haletante. Tout commence par une phrase clé des films de zombies et autres monstres : "me laisse pas devenir une de ces choses" (à laquelle Sonia répond à Marco : "tu ne peux pas me demander ça", bref du vu et du revu…). Car en effet, notre cher ami le sait : il a avalé par mégarde du sang de mutant lors d'une confrontation avec l'un d'eux et sait qu'il va se transformer sous 3 jours… Ainsi, les premiers symptômes font leur apparition (spasmes et convulsions en tout genre, crachats de sang, cauchemars) puis le corps de Marco commence à muter (pertes des cheveux mais également des dents…) pour enfin laisser place à d'atroces douleurs (la scène où il urine du sang en serrant les dents ferait passer n'importe quelle infection urinaire pour une petite broutille, "j'ai besoin de morphine!" crie-t-il à Sonia) qui vont rendre complètement dingue notre pré-mutant, le rendant très agressif par moments (le virus prend le contrôle de ses pensées, de ses tissus cervicaux et nerveux) malgré que l'esprit de Marco réussisse encore à prendre avec peine le dessus sur le virus (on obtient alors un comportement double oscillant entre la détresse/la passion et l'agressivité/la haine). Marco devient alors instable, incontrôlable (perte quasi-totale de son identité et de son comportement humain) : ses sauts d'humeur et ses pulsions sanguinaires et violentes (la scène où Marco la poursuit nu dans les couloirs en se cognant contre les murs, rugissant tel un animal, est remarquable) peuvent nuire à la sécurité de Sonia qui prend alors la décision de l'enfermer dans les sous-sols du bâtiment (permettant par la même occasion de le préserver loin de toute arme ou tout ustensile tranchant, au cas où il déciderait d'en venir au suicide comme il l'a montré quelques temps auparavant).
(Comment réagir face à la maladie de quelqu'un de proche? Telle est l'une des réflexions sur lesquelles le film vous propose de méditer…)

Une mutation qui continuera dans sa cellule mais hors de portée de Sonia. Cependant, ce qui est intéressant (et qui s'avèrera être une chance pour Sonia plus tard, mais chut…), c'est de voir que malgré cette mutation douloureuse et ce comportement animal grandissant, Marco reste toutefois connecté par la pensée à sa compagne, ressentant ce qu'elle endure notamment lors de l'arrivée de Franck et sa bande qui la brutalisent. Et cette douleur de Sonia fera office de catalyseur lors des dernières phases de mutation d'un Marco dont l'amour reste encore en surface de son esprit malade, rongé de l'intérieur par ce virus (ah c'est beau l'amour!).



Arrêtons-nous à présent un petit moment sur l'aspect visuel (décors, maquillages…) de "mutants". Ce qui surprend dès les premières minutes du film, c'est la qualité de l'image, les couleurs utilisées : l'omniprésence de bleu, de blanc, de noir et de gris marque une certaine froideur des lieux visités par nos amis (forêt, établissement hospitalier…). L'image quant à elle ne présente aucun grain, chose fortement appréciable également. C'est propre et soigné!

On appréciera tout particulièrement cette idée de David Morley d'avoir choisi la période hivernale pour camper temporellement son film (en référence à "the thing" ou encore à "shining"). Alors que la neige reflète d'habitude la gaieté (Noël, les bonhommes de neige, les combats de boules…) et que le blanc se rattache volontiers à cet aspect de candeur et de douceur, ce décor hivernal est ici le territoire de mutants sanguinaires et rapidement cette neige partout se révèle être une véritable barrière pour des rescapés désireux d'échapper à leurs prédateurs : elle nous ralentit quand on court, nous fait glisser quand on est poursuivis et surtout nous fait repérer plus facilement (difficile de se cacher dans un fond blanc sans oublier les bruits et traces de pas dans la neige!).

Les divers lieux visités par notre couple sont également des plus oppressants : forêt, station essence délabrée, établissement hospitalier déserté perdu au milieu de nulle part (et sans éclairage à leur arrivée)… Des lieux isolés qui renforcent ce sentiment d'insécurité (pas d'armée, pas de police, pas âme qui vive) et dont la radio (qui marche quand elle veut) est le seul lien que Sonia et Marco ont avec le monde extérieur… Mais, là où c'est paradoxal, c'est que tout en étant isolés, nos amis sont pourtant bel et bien entourés (voire même peut-être surveillés de loin) par des hordes de mutants qui peuplent une forêt qui semble s'étendre à perte de vue (on les entend parfois au loin, au fond des bois).

Une ambiance lugubre et glauque retranscrite à merveille lors de certaines scènes où nos amis visitent les lieux à l'aide d'une simple lampe torche, à la manière d'un "silent hill" ou d'un "rec", et découvrent des cadavres disséminés un peu partout… Certes, cela devient classique de nos jours mais c'est toujours aussi efficace!

"Et les mutants dans tout ça?" entends-je chuchoter derrière moi. Hé bien parlons-en justement : teint pâle (vert-blanc-gris), veines apparentes, dents pointues, ceux-ci rendent fichtrement bien devant la caméra! Au croisement entre le vampire et le mort-vivant (pour l'esthétisme), nos mutants humanoïdes (David Morley ne voulait pas de monstres à 6 bras ou autres aberrations) se comportent tels des animaux : ils reniflent leurs proies, émettent des grognements et des hurlements, semblent respecter la loi du plus fort et du plus rapide… Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que le réalisateur avoue avoir étudié le comportement des singes pour donner vie à ses mutants!

Comme dans "28 jours plus tard", les humains une fois contaminés deviennent de véritables bêtes assoiffées de sang, courant dans tous les sens et se ruant sur leurs proies tels des fauves sur une gazelle. Et ça ne rigole pas : arrachage de gorge, giclées de sang, jetée de tripes contre les vitres, le tout saupoudré de très bons bruitages (craquement d'os, éclatement de cage thoracique, flux de sang…).

Et les scènes d'action ne manquent pas : c'est qu'on les voit à l'œuvre nos mutants! Courses-poursuites, combats à mains nues (on retiendra notamment la bagarre où Dida Diafat nous fait part d'un free-fight assez violent où les coups s'enchaînent et où les mutants en prennent plein la figure), invasion du refuge de nos héros… Des scènes d'action qui, par ailleurs, sont rythmées par de la musique remuante (électro notamment) et sont parfois filmées caméra à l'épaule, rendant l'immersion possible dans ce vaste et violent champs de bataille.

Alors, certes, "mutants" s'inspire énormément de certains films à succès tels que "28 jours plus tard" et "la mouche" (son principal défaut pour être tout à fait franc) mais s'avère être un long-métrage de grande qualité. Image somptueuse, casting remarquable (merci Francis Renaud pour ton charisme et tes excès de sauvagerie!), mutants réussis, décors glauques et d'une froideur à toute épreuve… Tant de qualités qui font du film de David Morley l'une des meilleures surprises de 2009 (le film a été produit en 2007 mais ne fit son apparition dans les salles obscures qu'en début mai 2009 et en dvd en novembre de la même année). Un film que je conseille, d'autant plus qu'il est de chez nous!

En espérant revoir rapidement David Morley derrière la caméra pour notre plus grand plaisir (mais avec un peu plus d'originalité cette fois-ci, hein!).








Du même réalisateur :

HOME SWEET HOME