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Traversant des montagnes boisées dans une région isolée pour rejoindre sa fiancée, Quim se perd et devient la cible de tirs en provenance des hauteurs. Alors qu'il tente d'échapper à une salve de balles ayant immobilisé irréversiblement son véhicule, il retrouve Béa, une jolie demoiselle avec qui il a eu une mini aventure dans une station-service pendant son périple. Cette dernière semble aussi perdue que lui et est en proie aux mêmes mésaventures venues des hautes cimes. Se méfiant de Béa car il pense que la jeune femme lui a fraîchement dérobé son portefeuille, Quim décide toutefois de s'allier à elle afin de quitter ce paysage hostile et surtout de semer leurs énigmatiques poursuivants les ayant pris tous deux pour cibles. Y arriveront-ils ? Mais surtout, survivront-ils ? Suspense…



Les proies est le troisième long-métrage de Gonzalo Lopez-Gallego, jeune réalisateur madrilène appartenant à la nouvelle génération de cinéastes espagnols fans de thrillers et de cinéma fantastique à l'instar de Juan Antonio Bayona et Jaume Balagueró, metteurs en scène de deux films très remarqués et très prisés ("L'orphelinat" et "[Rec]"). Pourtant, contrairement à ses deux illustres aînés, Les proies semble manquer d'originalité, du moins pour tout fan de survival qui se respecte et à qui on ne la fait plus. Quand on a déjà vu, parmi une palanquées d'œuvres similaires "Les chasses du Comte Zaroff" et surtout "Délivrance" (influence revendiquée par Lopez-Gallego) ayant pour cadre un coin de nature sauvage et où des citadins ordinaires deviennent des gibiers à la merci d'ennemis plus ou moins visibles, ce petit métrage espagnol peut sembler bien insipide et pas novateur pour deux sous. De même, quand on a également visionné "Ils", utilisant les mêmes protagonistes principaux (un couple) et des agresseurs invisibles identiques (surprise !), ce film ibérique peut nous paraître sans saveur avec même un air de déjà-vu. En tout cas, c'est la sensation que j'ai éprouvée. Ainsi, le long-métrage démarre et se poursuit par une juxtaposition d'éléments scénaristiques essoufflés. Les deux personnages principaux sont présentés (Quim un trentenaire ordinaire : citadin, bonne situation et accro au téléphone portable puis Béa, jolie femme libérée semblant dissimuler un secret) et sont pourchassés dans les bois par un ou des assaillants imperceptibles avec tout ce que ça peut véhiculer comme poncifs dans le genre ("on me tire dessus mais j'ignore qui c'est alors je cours, tombe, me relève, cours, pense être sauvé mais non, cours, cours, encore et toujours mais à la fin il ne doit en rester qu'un !"). Seuls éléments à sauver ici : le côté commun de Quim, qui n'a rien d'un héros car rempli de doutes, peurs et autres petites faiblesses et personnage lambda à qui on peut facilement s'identifier ; mais aussi la forêt, véritable troisième personnage du métrage. Elle représente l'inconnu car elle est insaisissable et revêt plusieurs formes avec ses multiples paysages vallonnés entourés par de menaçantes montagnes. D'ailleurs, c'est une meilleure lisibilité et un décryptage de ce panorama ibérique (NDLR : les forêts et montagnes désertes de la région de Soria) qui permettront à Quim, au final, de résoudre l'énigme…

C'est Leonardo Sbaraglia, vu notamment dans le très surprenant "Intacto", qui incarne Quim, et qui, ma foi, s'en sort avec les honneurs. En effet, il passe une bonne partie de son temps à courir seul avec pour unique partenaire...une forêt, le tout en tout en restant muet un bon moment, belle performance d'acteur ! Maria Valverde, quant à elle, interprète Béa et est parfaite en femme motivée cachant quelque chose, en plus elle est vraiment pas mal du tout... Notons que dans ce film beaucoup de séquences sont nées d'improvisations, l'étendue de l'espace de tournage pouvant le permettre, la caméra s'est donc adaptée aux performances des acteurs relativement libres.

La nature verte menaçante et, comme dit par ailleurs, sorte de troisième protagoniste principal, instaure une certaine tension car elle nous place en permanence dans l'expectative d'un événement tragique pouvant survenir à tout moment. Malheureusement, tout cela est gâché par des effets de style incessants, provenant plus du jeu vidéo (que le réalisateur adore) que du cinéma. Effectivement, une grande majorité des plans ont été tournés façon FPS (First Person Shooter) comme dans Doom, Quake ou encore Counter strike, qui sont des jeux vidéo en 3D de tir subjectif dans lesquels le personnage doit en général éliminer des ennemis à l'aide d'une arme à feu et où l'angle de vue proposé simule le champ visuel du personnage incarné. Ce qui, avouons-le gâche nettement notre plaisir surtout quand c'est trop récurrent !

Techniquement toutefois, il n'y a pas grand chose à jeter, c'est vraiment bien maîtrisé. La photographie est léchée, les décors naturels sont parfaitement utilisés et mis en valeur, enfin, la mise en scène, quand elle n'abuse pas de caméra subjective limite parkinsonienne, est opérante car elle utilise de manière appropriée toutes les ficelles du genre (plans serrés et hors champ notamment). Le tout est accompagné d'une bande originale qui n'en fait pas des tonnes mais qui est en parfaite adéquation avec le côté oppressant de ce survival naturaliste finalement assez proche d'un huis clos puisque les protagonistes sont peu nombreux et évoluent toujours dans le même décorum. Ce qui cloche alors, c'est la minceur du scénario et les emprunts trop nombreux aux glorieux aïeux précités. Ainsi, le métrage de Lopez-Gallego ne fait que revisiter et accumuler les références sans aucune personnalité ce qui a justement fait l'originalité des films que tout le monde a déjà cités et/ou copiés. De plus, la solution de l'énigme, pourtant hélas plus que plausible et très ancrée dans la réalité, ne parvient pas non plus à faire adhérer au projet car si vous avez déjà vu "Ils" avant il n'y a plus aucun effet de surprise et vous pourrez aller vous rhabiller voire même vous coucher.

Malgré des éléments prometteurs au niveau de la réalisation, une interprétation de bonne facture et un décor splendide, ce drame reste extérieur aux spectateurs et une certaine lassitude pourrait les cueillir. Pourquoi ? Tout simplement la faute à un abus de caméra subjective et surtout à un côté déjà-vu du métrage qui brasse des éléments maintes fois montrés à l'écran sans aucune once d'originalité. On a le sentiment que le long-métrage de Lopez-Gallego arrive dix ans trop tard et qu'il ne peut plus satisfaire les inconditionnels de survival à qui il en faut largement plus pour pouvoir être déroutés. Les non-initiés en revanche, pourraient se procurer ici, une certaine dose de suspense et y entrevoir là, un bon film avec un twist final très intéressant voire inédit. A voir donc, si vous n'avez pas visionné tous les référents déjà cités, sinon vous pouvez vous en passer, sauf si vous n'avez vraiment rien d'autre à faire ou si vous êtes capables de faire autre chose en même temps !








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