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L'action se déroule aux Etats-Unis, dans une banlieue comme il en existe des centaines et où trois jeunes adolescents ont décidé de faire la fête dans une forêt avoisinante. Dans ce groupe, on rencontre : Ray Pye, un jeune instable à la mèche rebelle, Jennifer, sa petite amie docile et Tim, son comparse de toujours. Alors qu'elle commence de manière arrosée, cette soirée va prendre une tournure sanglante dès lors que Ray décide d'assassiner froidement un couple de jeunes campeuses ayant eu la malchance de venir bivouaquer là et en ce jour. Après les avoir abattues impassiblement avec sa carabine, il décide d'établir un pacte avec ses amis afin qu'aucun ne révèle les atrocités commises ce soir-là. Quatre ans se sont écoulés depuis ce double homicide perpétré de sang froid, Ray Pye reste toujours impuni et les soupçons quant à sa culpabilité pèsent encore mais il en est toujours sorti indemne, faute de preuve suffisante. Toutefois, le policier à l'époque en charge de l'enquête, garde un œil vigilant sur lui, persuadé qu'un jour ou l'autre, le jeune sociopathe perdra à nouveau le contrôle…



En 2002, le réalisateur Chris Sivertson travaillait comme monteur sur le déstabilisant mais très réussi "May" du débutant Lucky Mckee. Pour The Lost les deux compères remettent à nouveau le couvert tout en changeant de rôles : Sivertson sera metteur en scène et McKee producteur. Ils décident alors de porter sur les écrans un roman de Jack Ketchum, un auteur dans la lignée de Stephen King et Clive Barker, assez sous-estimé, du moins en termes d'adaptations cinématographiques. D'un côté, le background des uns et les références des autres aidant, c'est donc avec l'espoir de tomber sur une véritable pépite que l'on pouvait se lancer vers ce film ambitieux. D'un autre côté, la relative faiblesse du budget pouvait laisser entrevoir, comme cela peut être souvent le cas (studio de production Troma en tête, pour ne pas le citer), un énième indépendant fauché sans saveur car fait avec des bouts de ficelle. Verdict ?

Il faut avouer que le résultat est largement à la hauteur de nos espérances. En plus de louer les qualités de mise en scène et scénaristiques du film qui sont indéniables, je m'attacherai également à glorifier l'indépendance (financière et d'esprit) qui a animé Sivertson et McKee, leur liberté d'expression ainsi que la qualité de leur travail tout en respectant le matériau d'origine qui, à l'image du film, est truffé de passages violents et de scènes de nudité. The lost est proprement sidérant et sans concession. Voyons donc pourquoi.

Comme dans la plupart des longs-métrages produits aux Etats-Unis à l'extérieur des grands studios d'Hollywood, que l'on appelle communément des low-budget (films à petit budget), les acteurs ne sont pas tous des professionnels. Le jeu de certains en pâtit donc souvent. C'est le cas ici pour certaines actrices, principalement celles devant se dévêtir et qui ont très peu de répliques : leur jeu paraît très amateur. En revanche, l'autre revers de la médaille des indies (films indépendants) en engageant des acteurs inconnus est, occasionnellement, de dénicher la perle rare. Eh bien c'est le cas de Marc Senter, l'interprète de Ray Pye : il est tout simplement magistral dans un rôle qui lui va à merveille ! Il endosse parfaitement la panoplie du jeune "petit con" qui tente de plaire à tout le monde, mais surtout aux filles tout en cachant un côté obscur ne demandant qu'à émerger. Il dissimule en fait un individu qui cherche à manipuler les autres, un être colérique et impulsif, un misogyne, bref le parfait gentleman quoi ! C'est cependant lui qui fait la force du film, son centre névralgique niveau émotions. C'est bien simple, soit on tombe sous son charme, soit il nous faire rire ou soit on voudrait pouvoir le réduire en miettes de nos propres mains. Empathie, antipathie sont alors au rendez-vous pour un personnage qui ne laissera personne indifférent car aux multiples facettes. Très fort !
Côté seconds couteaux, autrement dit les acteurs secondaires, nous noterons la présence agréable de Misty Mundae actrice de films d'horreur à petits budgets et de pornos softcore métrages la plupart du temps érotico-parodiques ("Lord of the g-strings", "Play mate of the apes", "Shock-o-rama", "Spiderbabe", "Sinful", pour ne citer que les plus connus parmi une filmographie très fournie et éclectique en termes de nanars interplanétaires !). Elle joue ici le rôle d'une des deux campeuses à la fin tragique. Belle performance également pour la charmante Megan Henning, jouant ici une jeune femme émancipée sur laquelle Ray a bien entendu jeté son dévolu et sortant avec un homme plus âgé qu'elle sans l'avoir dit à ses parents, mais vous comprendrez pourquoi en visionnant le film…

Remarquons également la carcasse du grand escogriffe Ed Lauter, "une gueule" comme on dit et que l'on a vu dans d'innombrables séries et longs-métrages en tous genres sans jamais vraiment en citer un seul de mémoire (au hasard d'une filmo pléthorique : "Magic", "King kong", celui de 1976, "Cujo", "The rocketeer", "Starship troopers 2 : héros de la fédération", "Le nombre 23"). Il interprète dans The lost un flic récemment à la retraite, ayant enquêté sur les meurtres impunis des deux campeuses. Il a, lui aussi, une relation amoureuse avec quelqu'un qui ne joue pas dans la même catégorie que lui…

L'histoire, très bien ficelée, contribue également au succès du film, à la fois prenante et bien pensée. Elle prend racine entre les années cinquante et quatre-vingt dix, on ne sait pas trop. Pourquoi ? Tout simplement parce que les producteurs ne possédaient pas les fonds nécessaires à la reconstitution de la période historique fifties, époque où se déroule l'intrigue de l'œuvre de Ketchum. Cette approche, est habilement justifiée par Sivertson qui suggère que le personnage principal se sentant perdu dans la société dans laquelle il évolue, son univers se perd aussi dans le temps. Bien vu !

The lost nous présente ainsi la chronique d'un adolescent a priori comme les autres. Il s'appelle Ray Pye, se maquille parfois les yeux, se regarde souvent dans la glace, aime mettre une canette écrasée dans l'une de ses bottes pour se donner un style lorsqu'il marche car monsieur soigne son image de playboy à fond. Il aime également draguer la gent féminine et supporte difficilement qu'on lui résiste, attention, c'est un vrai bad boy ! Bon, vu comme ça on pourrait se dire que c'est un jeune branleur de plus, mais ce serait être réducteur, car le petit Ray est bien plus complexe que ça. Un beau jour, alors qu'il s'apprête à se bourrer la gueule dans les bois avec sa meuf et son meilleur ami, il ne trouve rien de mieux à faire que de massacrer à coups de fusil un couple de jeunes femmes qui campaient là. Bien évidemment il fait ensuite promettre à ses amis de ne jamais rien dévoiler. La suite nous propulse quatre ans après les événements tragiques, on se retrouve dans son quotidien, avec ses potes, ses multiples petites copines, sa mère et le policier qui tente de prouver qu'il est le coupable du meurtre des deux infortunées campeuses. La trame est largement épaulée par l'utilisation d'un humour noir très morbide, on pense notamment au dernier acte où Ray, non content d'asséner des coups violents voire mortels à ses victimes, les gratifie également de blagues plus que douteuses. Véritablement sadique !

Un autre point tout à fait réussi de The lost est sa réalisation. Le travail de Sivertson, dans ce domaine, est spectaculaire et opérant. On a en effet droit à plusieurs mouvements de caméra captivants et à des plans d'une grande valeur esthétique. Le montage est, par ailleurs, dynamique et change efficacement de rythme selon la teneur des scènes. On pense, entre autres, à une séquence particulièrement efficace où les ébats amoureux de Ray avec ses différentes conquêtes sont collés les uns aux autres, nous montrant alors comment il peut agir différemment avec chacune d'elles. Incontestablement grandiose et hyper révélateur du protagoniste à plusieurs visages agissant différemment face à chacun de ses interlocuteurs.

Enfin, en ce qui concerne la bande-originale, elle se veut avant tout comme un subtil mélange de vieux et plus récents standards du rock and roll et colle parfaitement au film.

Grâce à un scénario réaliste tournant autour du thème de la recherche d'identité durant l'adolescence, des prestations impeccables (Marc Senter étant juste impressionnant dans le rôle de Ray Pye) et une superbe réalisation, The lost est une véritable réussite. Sous son aspect de film indépendant, il cache en fait une œuvre violente qui n'hésite pas à impressionner son spectateur par son lot de scènes chocs. A l'image de "Henry portrait d'un serial killer" où l'on est confronté au quotidien du personnage principal, le bébé de Sivertson est un petit bijou déstabilisant au possible, aucune explication n'étant donnée quant aux motivations de notre apprenti serial killer. Ray Pye est un psychopathe impulsif tuant sans mobile apparent et c'est comme ça ! On en ressort donc émotionnellement marqué par des passages très durs, Chris Sivertson nous offre ainsi un film unique en son genre dont il peut être fier. Cela nous change des remakes qui ne cessent de voir le jour à cause de producteurs ayant repéré la poule aux œufs d'or et autres scénaristes en manque d'inspiration. A l'image de Lucky McKee en son temps, Chris Sivertson est donc un réalisateur à surveiller…








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