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Alors qu'il vient de perdre sa fiancée Elizabeth dans un accident de tondeuse à gazon (celle-ci s'est fait happer par les lames de la machine), Jeffrey Franken, un jeune électricien ayant pour hobby les expériences mêlant électricité et biologie, décide de redonner vie à sa défunte compagne. Ayant récupéré et conservé quelques membres d'Elizabeth après le drame, Jeffrey n'a qu'une idée en tête : reconfectionner un corps pouvant abriter l'esprit de sa chère et tendre. Afin de récupérer les membres manquants pour compléter son puzzle humain, le jeune savant fou se rend dans les quartiers chauds de New York à la recherche de prostituées. Après avoir liquidé une bonne paire de dames de joie, Jeffrey récupère les précieux membres et complète le corps d'Elizabeth. Mais une fois ramenée à la vie, la jeune femme s'échappe et déambule dans les rues de New York à la recherche de "clients" : en effet, contre toute attente, ce monstrueux corps recousu de partout a gardé l'esprit des prostituées tuées par Jeffrey. Bientôt, notre "frankengirl" des temps modernes sème la terreur et le dégoût partout où elle passe…



Frank Henenlotter est un réalisateur à la filmographie certes assez mince mais dont quasi chaque film a réussi à se faire une petite place dans le cinéma de genre (on pense plus particulièrement à ses trois gros films : "frères de sang" en 1982, "Elmer le remue-méninges" en 1987 et ce fameux "frankenhooker" en 1989 dont il est question ici).
Dans la lignée des films trashs new-yorkais des années 80 (dont font partie entre autres "the toxic avenger" et "street trash"), "frankenhooker" est un délirant hommage au célèbre "frankenstein" (1931) et sa non moins célèbre suite "la fiancée de frankenstein" (1935). Kitch, drôle, gore et trash, le film de Frank Henenlotter est un très bon petit film mêlant divers registres tels que les monster movies, les films gores, les films de savants fous… Autant de registres qui font du film de Frank Henenlotter un véritable défouloir dans lequel notre cher réalisateur réussit à nous tenir en haleine du début à la fin grâce à des scènes délirantes et totalement décomplexées. Jetons-nous donc corps et âme dans ce bon petit Henenlotter de la fin des années 80!

Partant d'un scénario inspiré du célèbre "frankenstein", "frankenhooker" n'en garde que l'idée de base : reconstituer un corps à partir de membres de personnes défuntes et ramener cet amas de chairs recousues à la vie. Un hommage au monstre de Frankenstein qui ne s'arrête cependant pas là : en effet, Frank Henenlotter ne peut s'empêcher de laisser trainer quelques indices assez discrets tout au long de son long-métrage en rapport avec le célèbre monstre de la Universal (Le nom d'Elizabeth est Shelley tout comme Mary Shelley, l'auteur de "frankenstein ou le prométhée moderne", roman anglais d'épouvante de 1817 / Jeffrey a pour nom Franken renvoyant bien entendu au célèbre monstre / le titre lui-même est suffisamment explicite : frankenhooker signifiant littéralement "frankenpute"…).



Malgré une première partie un peu longuette (le principal défaut du film) mais heureusement accentuée par de bonnes petites touches d'humour (la mère pathétique de Jeffrey / la scène où le jeune homme dîne face à la tête de sa défunte fiancée / l'excellent reportage télévisuel osé et complément barré sur la mort d'Elizabeth où la présentatrice compare le corps déchiqueté de la jeune victime à une "salade humaine"…), "frankenhooker" surprend agréablement dans sa deuxième partie grâce à un humour bien déjanté et des scènes bien trashs et kitchs à souhait.
En effet, la deuxième partie du film de Frank Henenlotter est portée par une atmosphère délirante permise entre autres par notre chère "frankengirl" et son lot de mimiques faciales et sa démarche granguignolesque. L'occasion également de voir une scène de folie où notre "pauvre" Jeffrey se retrouve prisonnier d'une bande de prostituées toutes plus bêtes les unes que les autres et finissant par exploser après avoir consommé du super-crack! N'oublions pas aussi les petits monstres sortant du congélateur et qui ne sont autres que les membres des prostituées tuées qui se sont agrégés pour former des horribles bestioles rampantes et visqueuses! Du grand n'importe quoi mais c'est tellement jouissif de voir ces débilités s'enchaîner à un rythme bien plus soutenu que lors de la première partie du film que c'en est un plaisir…

Un film drôle qui doit notamment sa réussite à la prestation de l'actrice Patty Mullen (ancienne playmate de Penthouse, un magazine pour hommes avec photos pornographiques) dans le rôle d'Elizabeth. Cette "frankengirl" est tout simplement géniale : il faut la voir déambuler dans les rues de New York, véritable amas de membres recousus (alors que ceux-ci n'ont même pas la même couleur de peau!) marchant en canard, les bras tendus vers le sol, et faisant des grimaces à longueur de temps (des tics qui lui tirent les zygomatiques à l'extrême). Quelle rigolade de la voir marcher comme un robot dans les rues des quartiers chauds en criant : "ils sont beaux mes nichons, ils sont beaux! Je suis à prendre, c'est pas cher! T'as du pognon?". Un personnage qui restera dans les annales des meilleures prestations féminines dans le cinéma de genre des années 80.

Mais notre héros n'est pas mal non plus dans son genre : jeune électricien, Jeffrey Franken n'a rien d'autre comme hobby que de mener des expériences sur des organes humains (référence à ce cerveau avec un œil qu'il conserve dans son aquarium et qui nous rappelle le film "Brain that wouldn't die"), un passe-temps des plus farfelus vous en conviendrez. Et que dire de la manière avec laquelle Jeffrey se stimule les neurones et se soulage : celui-ci se masse le cerveau et la nuque à l'aide de sa perceuse!
Une scène est également bien tirée par les cheveux : notre cher Jeffrey, à la recherche de membres frais pour reconstituer le corps de sa chère Elizabeth, s'enferme dans une chambre d'hôtel avec une ribambelle de prostituées et, habillé en médecin, il commence à mesurer les tours de poitrines, tâter les tétons pour tester la dureté des mamelons, examiner la pilosité des jambes… Bref il fait son petit marché quoi! C'est clair que cela tranche radicalement avec cette célèbre scène du "frankenstein" de 1931 où notre cher Colin Clive faisait son marché en déterrant les cadavres dans les cimetières en pleine nuit et en décrochant des cadavres accrochés à des potences…

Un autre passage vaut également son pesant de cacahuètes : un petit gros à lunettes (excusez le terme mais c'est pour imager! RIRES!) tombe littéralement dingue de notre créature rafistolée et en moins de cinq minutes le voilà déjà dans la chambre d'hôtel, sur le lit en caleçon ultra fashion, la langue pendante devant la "frankengirl" nue…



Outre ses scènes déjantées, "frankenhooker" continue de faire rire par le biais de ses effets spéciaux souvent assez risibles, très grossiers par moments, qui donnent un charme indéniable au film de Franck Henenlotter (car bien entendu, ces maladresses dans les SFX sont voulus : "frankenhooker" est un brillant hommage aux séries B du cinéma de genre et ne s'en cache pas). Pour exemple, prenons cette scène où les prostituées explosent : l'utilisation de mannequins est flagrante (un peu à la manière d'un certain "guinea pig 6" alias "devil's doctor woman" où là aussi ce sont des mannequins bien voyants qui explosent devant la caméra) mais qu'importe, c'est tellement mal fait et ridicule qu'on en rit aux éclats! Et cette scène filmée au ralenti où la tête d'une prostituée est balancée au visage du maquereau (un gros baraqué) qui tombe à la renverse : c'est tellement risible et fendard que l'on ne peut s'empêcher de dire qu'il s'agit là d'une des meilleures scènes du film!

Notre "frankengirl" est également réussie. Un maquillage plutôt sympa, moyennement soigné mais largement suffisant pour remplir le cahier des charges prévu au départ : véritable pot de peintures et amas de chairs recousues laissant apparaitre de grossières cicatrices au cou et aux diverses articulations, notre monstre des temps modernes est repoussant à souhait!
Les petits monstres dont j'ai parlé un peu plus haut (les amas des restes des corps des prostituées) sont également bien répugnants et bizarres (une tête avec des bras sortant du crâne, un gros amas rassemblant une tête, une main et une jambe…) et rappellent une certaine scène issue de l'imagination du génial Brian Yuzna dans le film "society" sorti la même année que le film de Frank Henenlotter justement (une scène où des corps s'enlacent, se mélangent pour former des gros chewing-gums répugnants… Une scène un peu similaire que nous retrouverons environ 15 ans plus tard dans un certain "horribilis")

L'une des autres forces de ce petit film de Frank Henenlotter est sa bande originale. La musique est quasi toujours la même (les morceaux de piano sont supers et donnent ce côté très kitch au film) mais mérite d'être rapidement mentionnée en fin de critique.



Au final, "frankenhooker" est une agréable surprise comme le sont la plupart des films de Frank Henenlotter, aussi mince sa filmographie soit-elle. On regrettera peut-être le manque de rythme dans la première partie du film et la longue attente pour voir notre "frankengirl" (même constat que dans "la fiancée de Frankenstein"), heureusement compensé par un humour omniprésent qui est à son summum dans la deuxième partie du long-métrage avec l'apparition de notre "frankengirl".
Un bon gros défouloir où le trash, le kitch et l'humour sont les principaux ingrédients. Une adaptation de "frankenstein" avec son savant fou et surtout sa créature immonde, vulgaire et bête à souhait qui vous fera rire aux éclats! Un vrai moment de bonheur!