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Un vaisseau extraterrestre apparaît un beau jour au-dessus du ciel de Johannesburg provoquant la curiosité de la planète entière. Après l'envoi de navettes de reconnaissance, sont découverts, à bord du navire aérospatial d'origine inconnue, des visiteurs d'au-delà les étoiles très malades et en carence alimentaire. Il s'agit en fait de réfugiés, que l'on a installés dans le District 9, une sorte de township (un ghetto quoi) en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellent pour savoir quoi en faire. Petit à petit, les conditions du District 9 se détériorent parce que les extraterrestres - à cause de leurs faciès les faisant ressembler à des crustacés géants leur valant le surnom péjoratif de "crevettes" ou encore "mollusques" - sont montrés du doigt et jugés responsables de tous les maux de la société par l'opinion publique. C'est à ce moment-là que la MNU (Multi-National United), une société privée mandatée pour relocaliser plus d'un million-huit-cent-mille extraterrestres, intervient. Elle dépêche sur place Wikus van der Merwe un employé lambda ayant obtenu cette opportunité en grande partie parce qu'il est marié à la fille de Piet Smith, un haut responsable de la MNU. Wikus est ainsi chargé d'inspecter les abris de fortune de chaque "crevette" afin d'informer chacun qu'il va être relocalisé dans le District 10, à 240 km de là. Alors qu'il inspecte une cahute suspecte, il saisit un objet extraterrestre lui faisant gicler un liquide noir au visage, ce qui par la suite, va modifier petit à petit son ADN et le faire muer. Il devient alors l'enjeu de plusieurs camps car tous commencent à voir en lui le moyen de s'enrichir rapidement et surtout de manière colossale. En effet, Wikus semble être la clé qui permettra de percer le secret de la technologie alien. Ne comprenant pas très bien ce qu'il lui arrive, rejeté par sa famille et ses amis, sans aucune aide, il ne lui reste qu'un seul endroit où se cacher : le District 9...



Tourné au printemps 2008 en Afrique du Sud sous l'égide et la production de Peter Jackson et Wingnut Films, District 9 marque les premiers pas sur grand écran de Neill Blomkamp, réalisateur sud-africain. Ce dernier s'est fait remarquer avec ses courts-métrages notamment inspirés de l'univers "Halo", jeu d'une société d'un certain Bill G. mais surtout par ses publicités pour une marque de voiture dont le modèle C4 se changeait en Transformer (vous avez-vu tous ces efforts pour ne pas faire de la pub !). Film de science-fiction avec un scénario de Neill Blomkamp coécrit avec Terri Tatchell, District 9 est directement inspiré du court-métrage du premier cité, "Alive in Joburg" racontant déjà la même histoire de réfugiés aliens mis dans des ghettos une fois arrivés sur Terre. Le jeune réalisateur d'AF sud a donc vu ici plus grand et ses producteurs ont utilisé une campagne de marketing viral pour sa promotion, comme les instigateurs du "Projet Blair Witch" à leur époque. Ainsi, le public a contribué, via le Net, à la diffusion de la publicité du film grâce notamment aux sites suivants : D-9.com et MNUSpreadsLies.com mais aussi à l'aide de photos interdisant l'accès de certaines infrastructures aux extraterrestres, comme les bancs publics. Cela ne vous rappelle-t-il pas un fait historique au passé peu glorieux ?

District 9 emprunte à de nombreux prédécesseurs et notamment à : "Independence day" pour les effets spéciaux et une partie du look des aliens, "Cloverfield" pour la caméra subjective, "Transformers" pour certains matériaux de la technologie extraterrestre et "La mouche" de Cronenberg pour la lente transformation du héros. Toutefois, Blomkamp plutôt que de plagier ses aînés, fait dans l'originalité. En effet, il travaille avec son propre script et emploie un style documentaire pour transmettre les informations pertinentes en utilisant la caméra tenue à la main. Tout ceci a donc un fort relent d'authenticité et de modernisme, c'est ce qu'on appelle communément le cinéma vérité : un parfait mélange d'images prises sur le vif à travers de fausses interviews et d'images générées par ordinateur montrant les extraterrestres en action ou même dans leur quotidien (CF. Christopher Johnson, un extraterrestre du camp filmé avec sa progéniture lors de certaines scènes de famille).

Le réalisateur sud-africain fait ainsi preuve d'inspiration, ce qui rend son film hautement recommandable, c'est-à-dire bourré de qualités. A ce titre, nous pouvons citer surtout l'impossibilité d'identification auprès des personnages. On pourrait penser que celle-ci est renforcée par le fait qu'aucun des acteurs n'est connu, ce qui conforte encore plus le côté documentaire du métrage et l'on aurait probablement raison. Mais on retiendra surtout à la vision de cette pellicule, qu'aucune empathie n'est possible envers les visiteurs, spécialement car l'on ne comprend pas leur langue : ils s'expriment un peu à la manière des Bochimans (habitants des déserts d'Afrique Australe qui incorporent des clics provoqués par l'inspiration des consonnes dans leur langage) et leurs propos sont sous-titrés à l'écran (du moins dans la version que j'ai vue). Certes, leur situation fait pitié, mais elle n'émeut pas. De même, aucun des personnages humains du film n'attire la sympathie. Et même Wikus, qui accidentellement, connaît le même sort que les aliens, à savoir : le rejet des autres. Au début du métrage, il est comme ses congénères humains : il dénigre les extraterrestres (il faut voir la scène des popcorns pour en juger). Ce n'est qu'à la suite du début de sa transformation "Kafka-esque" qu'il change radicalement de comportement. Les autres humains ne sont pas mieux puisqu'ils trahissent la confiance de Wikus ou se servent de lui afin qu'il puisse les faire bénéficier de la technologie alien, et ce, à n'importe quel prix. Rappelons tout de même que la MNU désire disséquer notre ami Wikus de son vivant et sans anesthésie car le matériel des extraterrestres ne peut être actionné que par eux-mêmes, primauté étant donnée à leur ADN. Que dire également des Nigérians partageant l'occupation du District 9 avec les mollusques ? Ils sont à la tête d'un vaste trafic avec les aliens : en plus d'une prostitution inter-espèces, ils échangent des boîtes de pâtés pour chat contre des armes biotechnologiques, le tout sous l'égide de Mumbo, un chef militaire en fauteuil roulant. Finalement, Christopher Johnson, un extraterrestre du camp très attentionné avec son fils et qui recueillera Wikus, ne serait-il pas plus humain que les humains ?

Autre fait d'armes de la part de Neill Blomkamp (sud-africain de son état et ce n'est pas anodin) qu'il est important de mentionner, c'est l'utilisation de visiteurs venus d'ailleurs pour faire une critique acerbe sur les préjudices raciaux, notamment sur l'apartheid et sa gestion par les autorités. Dans le film les extraterrestres se sont substitués aux non-blancs des ghettos, mais le problème est le même : les deux n'ont aucune considération de la part de la société civile. Le fait de voir un Terrien se muer petit à petit en quelque chose que finalement les humains repoussent, force notre antihéros à se dévoiler et à mieux comprendre la vie des parias du District 9 en étant à leur place et en les côtoyant : ils essaient de survivre comme tout le monde finalement et ont aussi des sentiments ! D'ailleurs, Wikus ne trouve-t-il pas refuge chez un alien qu'il avait tenté d'exproprier manu militari ? La satire est donc présente, d'autant plus qu'elle est renforcée par une ironie finement ciselée mâtinée d'humour noir, c'est vraiment très bien senti et dérangeant à la fois car ça met vraiment à mal la nature humaine ! "L'homme est un loup pour l'homme" disait Hobbes, mais il est un bien pire nuisible avec les non-humains ! serait-on tenté d'ajouter.

Côté SFX maintenant, on peut dire que nous sommes bien servis. Entre le vaisseau-mère des E.T. planant au-dessus de Johannesburg, le look des aliens, leur armement (fusils d'assaut et robot de combat compris), la technologie des mercenaires envoyés dans le District par la MNU pour capturer Wikus, nous n'avons pas de quoi nous ennuyer, car l'action est au rendez-vous. Seulement voilà, on ne peut tout avoir. C'est effectivement à partir du moment où Wikus entame sa lente mais certaine mutation que l'on passe d'un film avec une perspective documentaire à un actioner movie plus prévisible, ce qui fait passer le métrage pour un simple objet conventionnel alors qu'à la base, c'est un pur OVNI. Et ça, c'est un peu dommage car on a une impression d'essoufflement et de déjà-vu. Mais bon, c'est faire notre fine bouche que de dire cela, car le long-métrage du petit Neill est empli de morceaux de bravoure en faisant un très bon divertissement tout de même.

Film unique en son genre car mêlant le style documentaire initié par "Cannibal holocaust", la satire sociale et la science-fiction, District 9 a tout pour plaire au public car en plus, les prouesses techniques sont légion. D'aucuns risquent toutefois d'être un peu déçus dès lors qu'à la moitié du métrage environ, celui-ci change de voie en se concentrant plus sur l'action pure que sur la critique de société tournée caméra à l'épaule. Quoi qu'il en soit, il faut le voir car de nos jours, des métrages aussi imaginatifs, ne courent pas les rues !








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