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Un homme (Jean Sorel), directeur d'une clinique qui croule sous les dettes, marié à une ravissante femme gravement asthmatique (Marisa Mell), entretient une liaison avec une autre superbe créature (Elsa Martinelli), photographe de son état. Alors qu'il est en voyage avec cette dernière, il apprend la mort de son épouse dans d'étranges circonstances. Cette dernière lui laisse une assurance vie d'un million de dollars, ce qui attire bien évidemment l'attention de la police sur lui. Plus tard, il fait la connaissance d'une stripteaseuse qui est le sosie de sa défunte épouse (Marisa Mell itou). La seule différence c'est qu'elle est blonde et a les yeux verts, alors que sa femme était brune et avait les yeux marrons. Subjugué, il va entamer une relation chaleureuse avec cette Monica Weston. Il ne se rendra compte que bien tard qu'il est victime d'une terrible machination.



Tourné la même année que le remarquable "Béatrice Cenci", "Una sull'altra" (titre original bien plus conforme au film que le titre international et que l'on pourra traduire par "L'une sur l'autre") est la seconde œuvre de Lucio Fulci en dehors de la comédie (après le western "Le temps du Massacre" en 1966).

Qualifié souvent à tort de giallo (plus par défaut qu'autre chose), alors qu'il n'y a ni tueur en série, ni gants noirs, ni meurtres phalliques au couteau, le métrage lorgne plus du côté des films de Hitchcock ou d'Henri George Clouzot, que de ceux de Mario Bava ou Dario Argento. D'ailleurs l'intrigue rappelle évidemment le "Vertigo" du réalisateur anglais, avec ce double féminin blond/brun. Mais là s'arrête les comparaisons, Lucio Fulci réussissant à faire un film un petit peu personnel au sein d'un genre pourtant ultra codifié.



Multipliant les fausses pistes et délivrant plusieurs retournements de situations, "Perversion Story" s'avère un bon film policier délivrant au passage quelques cruelles séquences psychologiques envers le pauvre "héros" du film (notamment celle confrontant celui-ci et son frère à la fin du film et livrant le fin mot de l'intrigue…mais chut !). Evidemment les habitués de ce type d'intrigue ne seront pas dépaysés, personne n'est ce qu'il semble être, le cynisme, la veulerie et l'avarice guidant tout ce beau monde. Un bien triste portrait du genre humain dont Lucio Fulci se fera une spécialité au travers de sa filmographie. Au milieu de tout cela, le seul personnage " honnête" et naïf se fera, comme de bien entendu, dévorer par les chacaux (qui est le pluriel de chacal, comme chacun sait). Le monde Fulcien est un monde infiniment cruel, même si probablement plus par obligation vis-à-vis de ses producteurs que par goût, le réalisateur devra s'acquitter d'un dénouement final qui colle mal à ce qui a précèdé mais qu'il réussira à sauver de la banalité par un subtil choix scénaristique.


Si cette pellicule prend appui sur l'univers du bon Alfred, il marque nettement sa différence par un érotisme sulfureux et débridé. Evidemment, nous sommes en 1969 et la révolution sexuelle est en marche, ce qui permet à notre coquin de Lucio de nous émoustiller les rétines avec un casting à faire frétiller n'importe quel appendice de mammifère à deux pattes, y compris ceux ayant fait vœu de chasteté (si un prêtre nous lit, qu'il en soit remercié). Au-delà des ravissantes donzelles qui parcourt le film (boite à strip-tease et séances de photographies obligent) et notamment la primo maîtresse du personnage principal, jouée par la ravissante Elsa Martinelli, et bien au-delà de cela, il y a…. Marisa Mell. Jouant le double rôle de l'épouse décédée et du sosie de celle-ci, elle éclabousse le film de sa plantureuse plastique à mi-chemin entre la poupée Barbie et la vulgarité des amantes des rêves les plus libertins.



Evidemment Fulci, en grand amoureux des femmes qu'il fût, ne se prive pas de nous la montrer sous toutes les coutures, et ose même quelques séquences franchement licencieuses, un strip-tease sur une moto qui précipite dans les culs de basses-fosses tous les effeuillages "DemiMooriens" et "KimBasingeriens" de la création, et un " débraguettage" sur le valeureux et chanceux Jean Sorel qui donne une idée de ce que pourrait être le paradis si celui-ci existait. Pour l'anecdote cette sculpturale beauté, après avoir fait parler d'elle au cœur des nuits chaudes Italiennes pendant deux décennies (drogue et alcool étant de la partie), décéda en 1992 à l'âge de 53 ans. On peut la redécouvrir dans une poignée de films, tels que : "French Dressing" de Ken Russell, "Danger : Diabolik" de Mario Bava ou " Le tueur à l'orchidée" d'Umberto Lenzi.


On y retrouvera aussi, et déjà, un certain goût pour le macabre de la part du maestro italien (qui comme chacun le sait sera sa marque de fabrique dans sa période dite " ultra-gore"), au travers de la fascination avec laquelle il met en scène le cadavre de la femme, profite d'une visite dans une morgue pour montrer un cadavre décomposé et purulent ou encore l'utilisation d'un sang bien trop rouge pour être vraisemblable mais qui passe très bien à l'écran.



Et puis, il convient aussi de noter les qualités esthétiques propres au film prenant sans nul doute appui sur les travaux antérieurs de Mario Bava et qui doivent beaucoup à la manière d'utiliser le cadre de Lucio Fulci., plans non standards (du dessous d'un escalier, vu d'en haut par exemple), gros plans sur des détails qui semblent insignifiants (mais qui ont un sens pour la compréhension de l'intrigue), utilisation de filtres donnant un éclairage particulier à certaines scènes.


La qualité de la mise en scène, une intrigue solide et charpentée, une fin singulière et la troublante Marisa Mell. Tout cela devrait suffire à vous convaincre de jeter un œil (ou les deux si vous n'êtes pas un cyclope) sur ce "Perversion Story", faux giallo mais vraie réussite de son époque.








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