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Nous sommes dans les années cinquante, à Willard, petite bourgade des Etats-Unis, dans un quartier résidentiel où tout semble calme et uniformisé. Pourtant, tout n'a pas toujours été si tranquille puisqu'il y a quelques temps, la Terre a traversé un nuage de poussières radioactives qui a semé le chaos sur notre planète en transformant les morts en zombies. Afin de continuer à mener une vie normale, les communautés ont fait appel à la toute puissante compagnie gouvernementale ZomCon qui a mis au point un collier domestiquant littéralement ces êtres avides de chair humaine. Grâce à ces parures ressemblant à s'y méprendre à des laisses pour chiens perfectionnées car dotées d'une télécommande, les zombies se sont transformés en esclaves corvéables à merci. Certains sont devenus jardiniers, d'autres livreurs de lait ou même, pour certains, de véritables animaux de compagnie à qui il ne manque plus que la parole. Un beau jour, Hélène Robinson décide d'acheter un zombie malgré la phobie de son mari et sous l'œil inquisiteur d'un voisin accessoirement chef de la sécurité chez ZomCon venant d'emménager récemment. Son fils, Timmy Robinson, ne va pas tarder à se lier d'amitié avec lui et décide de le prénommer "Fido". Mais, lorsque le collier du zombie docile fraîchement débarqué tombe en panne, le voisinage ne tarde pas à en faire les frais...



Du côté de la culture "zombiesque", le dernier en date à avoir sérieusement fait évoluer le concept, était Edgar Wright avec son "Shaun of the dead" qui apportait une grande dose d'humour dans le film de morts-vivants. De son côté, Zack Snyder avec "L'armée des morts", a introduit le déplacement très véloce des mangeurs de cervelles (élément repris dans "28 jours plus tard", par ailleurs). Et il y en a eu d'autres, des réalisateurs ayant apporté leur pièce au monument zombie érigé en 1968 par un certain Romero. Mais avouons-le tout de suite, aussi nombreux qu'ils soient, tous se veulent être des descendants du père George en en assurant la continuité, chacun avec ses propres codes certes, mais en présentant les mêmes enjeux idéologiques à travers la satire dénonciatrice de la société dans laquelle leurs personnages évoluent. Et Fido n'échappe pas à cette règle, puisqu'il critique, de manière originale, la classe moyenne américaine des fifties et son conservatisme tout en présentant, non pas l'extermination en masse des zombies, mais leur asservissement par l'homme !

Ainsi, ces créatures font désormais partie du quotidien et sont partout car devenues du véritable "personnel de maison" sous le parfait contrôle de leur collier, dans un monde en apparence harmonieux. Dorénavant, les morts-vivants jardinent, livrent le lait, distribuent les journaux, voire pour certains, jouent le rôle d'esclave sexuel ! Ce sont aujourd'hui les serfs de l'homme. Fait curieux cependant : pourquoi Currie a-t-il situé son intrigue au cœur des années 50 ? Qu'a-t-il voulu dénoncer ? Plusieurs choses en fait, serions-nous tentés de répondre. Fido fustige avant tout le conformisme de l'Amérique bourgeoise des années cinquante où tout est standardisé (habitats, vêtements, véhicules…et même le fait d'avoir une "femme de ménage" zombie !) et où le consumérisme prend une place importante dans la vie de tous les jours. Ajoutez à cela le fait que les enfants sont armés dès leur plus jeune âge et vous aurez tout ce qui renvoie aux maux plombant la société américaine contemporaine. Autre sujet évoqué en filigrane : l'acceptation d'autrui. En effet, le film expose le poids de toutes les solitudes qu'elles soient en amour (cf. maman Robinson délaissée par son mari) ou en amitié (cf. Timmy qui n'a pas d'ami et dont le père peine à lui prouver son affection) dans une société où la majorité des rapports humains sont régis par l'incommunicabilité. Le parallèle est ainsi tout de suite fait avec les années cinquante aux Etats-Unis, puisque l'on est en pleine période du Maccarthisme et de la "chasse aux sorcières" avec la dénonciation des communistes s'apparentant dans le film au rejet de l'autre, ou, tout du moins, au rejet de celui qui est différent.


Prenant ainsi place dans les 50's, l'action du film se déroule dans un quartier doré d'une toute petite agglomération américaine, Willard, baptisée ainsi en hommage à la ville de "La nuit des morts-vivants", l'original de 1968, réalisé par l'illustre George A. Romero. On y suit la vie de la famille Robinson qui, sous prétexte de se faire aider dans ses tâches ménagères, vient d'acquérir son premier zombie, acheté par la mère. Mais en fait, c'est pour faire bien auprès des voisins, car en avoir un est devenu un signe de réussite sociale ! D'ailleurs, lors d'une scène conjugale, la mère de famille lancera même à son mari, réfractaire aux non-vivants depuis qu'il a perdu son père, zombifié : "Qu'est-ce que je devais dire à nos voisins, qui ont six zombies de maison ? Que nous n'en avons aucun ?". Edifiant, non ?

Côté protagonistes, on peut dire que l'on est servi, puisque la galerie de personnages du film est on ne peut plus réjouissante. On rencontre ainsi pêle-mêle : monsieur Robinson, mari et père ayant du mal à montrer son affection depuis la mort de son géniteur et obsédé par l'idée d'offrir à sa famille des enterrements garantis sans zombification, le chef de la sécurité du service des zombies défectueux chez ZomCon qui arbore des têtes de morts-vivants dans le formol en tant que trophées, une vieille harpie limite concierge qui espionne tout le monde, deux sales mômes, terreurs locales et de surcroît scouts conditionnés à l'extrême ou bien encore un ancien employé de l'entreprise susnommée qui vit avec une morte-vivante ne l'aidant pas seulement qu'à s'occuper du foyer ! Ainsi, Fido, madame Robinson et son fils s'apparentent à ce qu'il y a de plus normal et ressemblent dès lors à ce qui se rapproche le plus d'une famille. Ce sont véritablement les personnages centraux du métrage, les deux derniers mentionnés recherchant dans le zombie, le mari (voire l'amant) et le père qu'ils n'ont pas vraiment à la maison.

Tout ce petit monde gravite allégrement sur fond de bande-originale d'époque avec son flot de standards musicaux tout droit sortis de "Pleasantville". Mais force est de reconnaître que ça le fait bien, notamment grâce à un casting hors pair. L'interprète de Fido, Billy Connolly, un acteur surtout connu pour ses nombreux seconds rôles (notamment dans "Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire") est très bon puisqu'il ne parle jamais et ne s'exprime que par borborygmes. Toutefois, il arrive à dégager, par sa gestuelle, beaucoup d'émotions. Face à lui, on retrouve Carrie-Anne Moss, révélée aux yeux du monde par le rôle de Trinity dans la trilogie "Matrix". Elle incarne, ici, une mère de famille bien sous tous rapports en apparence mais qui est en fait complètement névrosée par son conformisme. Un rôle à contre-emploi donc, qui fait d'elle une "Desperate Housewife" en puissance pour notre plus grand bonheur ! A leurs côtés, signalons la présence de Dylan Baker (docteur Connors dans "Spider-Man 2") acteur au faciès très connu mais que l'on n'arrive jamais à nommer, Tim Blake Nelson (vu notamment dans "Minority report" et "L'incroyable Hulk") et de K'Sun Ray (Timmy), qui arrivent, par leur interprétation, à apporter ce qu'il faut de folie ou d'inspiration à leurs personnages.

Film avec maquillages et effets spéciaux réussis assurant ce qu'il faut de gore, Fido est le premier long-métrage du réalisateur Andrew Currie à qui il a fallu plus de dix ans pour réussir à porter son projet sur grand écran mais poursuivi par le rapport enfance/zombie puisque déjà en 1997, il réalisait "Night of The Living", un court-métrage où un enfant regardait, impuissant, son père devenir zombie.

Passons maintenant aux petits bémols de Fido pour tempérer un peu tout ça. Certes, l'humour noir est prépondérant dans cette comédie horrifique, malgré cela, d'aucuns diront que le film n'arrive pas à se lâcher vraiment si on le compare, notamment, à "Shaun of the dead", référence ultime en la matière. De plus, l'histoire s'essouffle parfois assez vite, et ceci à cause : d'un manque de rebondissements certain, de longueurs évitables et de quelques incohérences maladroites. De fait, on peut avoir parfois l'impression que le métrage manque singulièrement de rythme si bien que l'on pourrait y voir là une énième satire poussive d'une épouvantable platitude avec une intrigue ténue au possible et des gags souvent répétitifs. Mais il ne faut pas s'arrêter à cela, ou bien être par trop exigeant avec la première œuvre d'un réalisateur véritable fanboy du genre. Faites preuve d'un peu d'indulgence, diantre !

Véritable ode à la différence et drame sentimental avec des zombies, Fido utilise les morts-vivants comme prétexte pour construire tout autour, les rapports entre des personnages humains. En critiquant avant tout l'Amérique profonde des 50's et la solitude de certains êtres, Currie a fait de son œuvre un assemblage ultra référencé si bien qu'on a parfois l'impression d'être devant "Madame Bovary au pays des zombies à l'époque d'Happy Days" ! Malgré quelques défauts de débutant, le réalisateur canadien s'en sort avec les honneurs car il est, avant toute chose, un amoureux du genre et ça se ressent ! Espérons juste que pour son prochain long-métrage, il fasse preuve d'un tout petit peu plus d'audace pour nous sortir un authentique film culte !








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