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Une jeune femme, incarnée par l'ex-actrice de films pornographiques Ovidie, hérite de la maison de campagne de son cousin, le réalisateur et écrivain Michel Jean (assemblage de Michel Gentil, un des pseudonymes utilisés dans sa carrière et Jean Rollin). Elle ne l'a vu qu'une fois, mais il a laissé un très fort souvenir dans sa mémoire. Personne ne sait s'il est encore en vie, mais ce réalisateur a laissé des indices un peu partout, du cimetière du Père LACHAISE à sa demeure à Limoges. Tous deux sont hantés par les personnages et les fantasmes de Michel Jean. Arrivera-t-elle à retrouver sa trace ?



Que les railleurs caustiques de Jean Rollin veuillent bien s'éloigner de l'écran, il n'y a ici rien pour eux. Que ceux qui ne voient dans l'oeuvre du cinéaste français qu'ennuie et platitude soient rassurés, ils seront rassérénés dans leurs opinions et ils ne rateront strictement rien à ne pas voir son dernier (et peut-être ultime) métrage.
D'un anachronisme qui frôle le cliché, La nuit des horloges n'a été réalisé que pour les fans de ce cinéaste contemplatif, poétique et érotique, qui en plus de quarante ans de carrière a toujours été rejeté par la critique officielle et méprisé dans son propre pays ( alors qu'il est un auteur considéré comme culte dans les pays anglo-saxons, par une frange des amateurs de bisseries ).
Véritable somme, à la fois "auto-hommage" à ses propres fantasmes, à ses thèmes de prédilections, à sa manière de filmer et de diriger ses comédiens, à sa propension à utiliser la lumière et les lieux comme cadres à ses intrigues, Rollin fait du Rollin, forçant le trait jusqu'à atteindre une forme de syncrétisme de ce que l'on pourrait appeler "le système Rollin"



L'auteur n'y fait aucun effort pour être à la mode, signant une oeuvre tout droit sorti d'une forme de littérature fantastique du 19 ème siècle mise en images. La nuit des horloges est donc terriblement datée, comme le sont tous ses films finalement. Un cinéma qui n'existe plus et qui ne fera sans doute pas date dans l'histoire du septième art.
Rollin en est d'ailleurs bien conscient, ce qui donne à sa dernière oeuvre un cachet d'une immense nostalgie.
L'histoire est celle de Jean Rollin mort qui parle de Jean Rollin vivant, avec dans le rôle du témoin vierge de références , l'actrice Ovidie (qui elle ne l'est plus...vierge. NLDR). Au gré de ses déambulations, nous allons y croiser la quintessence de son panthéon



La plupart de ses acteurs et actrices fétiches y sont convoqués, apportant leurs témoignages et leurs impressions sur la vie du réalisateur. De Françoise Blanchard ("La morte vivante", "Les trottoirs de Bangkok") à Dominique ( "Vierges et vampires", "Le frisson des vampires"), en passant par Nathalie Perrey ( "Vierges et vampires", "Le frisson des vampires", "La rose de fer", "La fiancée de Dracula") et Jean-Louis Philippe ("Lèvres de sang" ), ainsi que la voix de Jean-Pierre Bouyxou ("Phantasmes", "Les raisins de la mort", "Killing car"). Ni manque que les soeurs Castel et Brigitte Lahaie en somme.

Ses lieux de tournage de prédilections sont également de la partie, cimetière, forêt incendiée, lieux sombre, horloges évidemment. On entre aussi dans son intimité faite de peintures, de sculptures, de bibelots, de livres démontrant l'incroyable culture du bonhomme !

Et puis, Jean Rollin truffe son film d'extraits de ses précédentes oeuvres (de manière parfois plus qu'abrupte), formant ainsi un gigantesque hommage à son cinéma, mais aussi à ses acteurs et ses fantasmes (érotisme, vampirisme, surréalisme...). Un testament "auto cinématographique", qui pourra paraître puéril à certains, mais qui cache finalement les regrets du cinéaste face à l'incompréhension et le mépris (lorsque ce ne furent pas carrément des insultes) de l'intelligentsia culturelle française vis-à-vis de son cinéma. Si lui ne le fait, qui le fera ? Télérama ? Les cahiers du cinéma ? L'office catholique ? Le ministère de la culture ?



La nuit des horloges est une oeuvre qui parle au passé et qui finalement contient les mêmes qualités et les mêmes défauts inhérents à sa manière d'envisager le cinéma.
De celles qui ont fait, font et feront fuir une grande partie des spectateurs.
Lenteur de l'histoire (le cinéma de Jean Rollin ayant fait de tous temps l'apologie de celle-ci), longs plans séquences, caméra fixe, montage peu précis, raccords énigmatiques, interprétations sans reliefs, dialogues et situations anachroniques et surréalistes, références littéraires et cinématographiques multiples, mais peu connues du grand public, rejet des codes et des règles du septième art...

Qu'en retenir au final ?

Que la nuit des horloges est un cadeau aux rares fans du cinéaste, de ceux qui connaissent sa filmographie fantastique et qui trouveront que le vieux Rollin est toujours égal à lui-même. Que ce voyage à l'intérieur de son esprit est une bien belle épitaphe et que la traversée de l'horloge en sa compagnie vaut toutes les madeleines de Proust.


Pour les autres, il serait totalement incongru d'en attendre quelque chose, si ce n'est un ennui et une incompréhension qui devrait être total. A moins de faire l'effort de découvrir un auteur réalisateur totalement atypique et qui finalement n'est pas né à la bonne époque.

Distribué de manière ultra confidentielle, la copie ne circulant que dans de rares festivals et très très peu de cinéma.
Pour se procurer une copie en DVD, il n' y a jusqu'à présent qu'une seule solution, acheter le livre auto-biographique de Jean Rollin ( un fort bon moment de lecture par ailleurs ) intitulé : " "Moteur-Coupez ! Mémoires d'un cinéaste singulier". Une édition de cet ouvrage, limitée à 150 exemplaires seulement, existent avec le DVD du film en bonus, disponible chez l'éditeur indépendant Hors-circuit"

http://www.horscircuits.com/

Edit : Le film est depuis la rédaction de cette fiche sorti en DVD