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Un jeune homme se réveille dans sa voiture, au bord d'un sentier forestier. Une fois sorti de son véhicule, Nico, c'est son nom, se met en marche jusqu'à une petite maison, perdue au beau milieu de la forêt, entourée d'arbres et plongée dans le silence et l'obscurité de la nuit. Là, à sa grande surprise, il y découvre tous ses amis, réunis à l'occasion de son anniversaire. Au beau milieu de la nuit, la fête bat son plein mais Nico préfère se mettre à l'écart pour partager un moment d'intimité avec une jeune femme de la soirée avec qui il a une relation cachée. Alors que celle-ci est retournée à l'intérieur de la maison, Nico s'apprête à la rejoindre mais est arrêté dans sa course par un bruit émanant des bois. Curieux de savoir d'où celui-ci provient, Nico s'éloigne progressivement de la maisonnée, s'enfonçant dans l'obscurité des bois. Mais ce qu'il ignore, c'est que cette forêt cache de terrifiantes choses, et Nico va vite se rendre compte que lorsque l'on est seul en pleine nuit, mieux vaut ne pas se promener dans les bois…



"Loin de tout" est le second court-métrage de Pascal Marc, auteur-réalisateur autodidacte de 30 ans. Après avoir commencé sa carrière artistique avec quelques reportages et films institutionnels en tant que cadreur et monteur, Pascal décida de se lancer dans la réalisation et deux clips virent ainsi le jour en 2005 et 2006. Ces deux clips lui permirent alors de rencontrer des acteurs et des techniciens de sa région avec qui il réalisera son premier court-métrage intitulé "un peu de toi" en 2006. Remarqué dans plusieurs festivals hexagonaux, Pascal Marc continue sur sa lancée et réalise alors un deuxième court-métrage, "loin de tout", film ayant vu le jour par le biais d'un forum de cinéma (Cinéma & Cinéastes) dans lequel une maquilleuse cherchait des gens intéressés pour travailler sur un court-métrage horrifique.
Après ce petit retour en arrière sur la carrière de Pascal Marc, n'attendons pas plus longtemps et analysons de ce pas ce petit ovni made in France qu'est "loin de tout".



Doté d'un scénario très original, "loin de tout" est un film qui sort radicalement des sentiers battus malgré que celui-ci emprunte les codes traditionnels du film d'horreur et/ou fantastique. En effet, Pascal Marc nous fait part ici d'un court-métrage que l'on pourrait qualifier de genres avec un S, le réalisateur regroupant divers éléments et situations propres au cinéma horrifique, fantastique mais également au cinéma dramatique et tragique.
Ainsi, le scénario de "loin de tout" nous entraîne tantôt dans des univers angoissants (les bois lugubres et ces personnes mystérieuses qui y courent nous font penser sans hésitation aux récents "ils" ou "zombies"), tantôt dans des moments de panique (cette petite touche très survival movie, genre "détour mortel" ou "wolf creek", avec notre jeune homme qui se réfugie sans le savoir dans une vieille cabane habitée par une sorte d'ermite qui semble prendre un malin plaisir à ramener des proies humaines pour les découper, les dévorer et conserver leurs organes en bocaux) mais également dans des passages plus tirés vers la psychologie et la tragédie humaine, principalement en fin de film, séquences demandant peut-être un peu plus de réflexion de la part du spectateur mais s'avérant magistralement maîtrisées de bout en bout.

"Loin de tout" a également le mérite de réussir à captiver le spectateur du début à la fin de la pellicule et ce grâce à une ambiance vraiment oppressante et angoissante. Dès la première minute du film de Pascal Marc, nous sommes plongés dans une forêt au beau milieu de la nuit avec comme seul repère une sorte de petit sentier tout juste défriché que semble vouloir emprunter l'acteur principal, ce dernier menant à une vieille maison tapie dans l'obscurité d'une nuit silencieuse et étouffante. Puis le rythme s'accélère avec l'avancée de Nico dans les profondeurs de cette forêt lugubre et les mystérieuses et inquiétantes découvertes qu'il va faire. Une oppression qui atteint son paroxysme au moment où le jeune homme est pourchassé par une véritable horde d'ombres menaçantes tapies dans l'obscurité des bois. Une angoisse qui va crescendo et va progressivement virer vers l'horreur à proprement parlée au moment où Nico décide de se réfugier dans une petite cabane perdue au fin fond des bois.

A ce moment, l'horreur devient plus graphique : imaginez une vieille cabane délabrée, une atmosphère qui transpire le dégoût et la saleté et une menace bien plus présente et réelle que celle que Nico avait pu ressentir au fond des bois lors de sa confrontation avec ces mystérieuses ombres. En effet, le jeune homme s'est jeté sans le savoir dans la gueule du loup : une sorte d'ermite habite cette cabane, sanguinaire et cannibale. Un homme robuste tapi dans l'ombre de la pièce s'apprête à découper un corps humain fraîchement ramené des bois, corps qu'il va certainement dévorer et dont il va probablement conserver quelques parties spécifiques pour les garder en bocaux pour sa collection (et décoration) personnelle.

Alors que nous étions dans un style plus tourné vers le film de tension avec cette course poursuite dans les bois, le film de Pascal Marc bascule soudainement dans le survival avec notre malheureux Nico, pris de panique et caché sous la table de dissection du boucher barbare et bestial, d'autant plus inquiétant que nous percevons assez mal son visage en raison de la forte pénombre de la pièce permise par l'ombrage des arbres au dehors et par l'opacité des rideaux sales et vétustes.

Car oui, les décors sont de toute beauté et réussissent parfaitement à nous plonger dans un univers inquiétant, cruel et malsain. Une ambiance d'autant plus oppressante que tous les éléments sont réunis ici pour nous montrer que nous venons certainement de pénétrer dans un des territoires les plus hostiles que l'on puisse imaginer : un environnement vétuste, sale, perdu au beau milieu de nulle part et laissé à l'abandon, plongé dans une obscurité et un silence omniprésents avec comme seule présence physique cet inquiétant personnage robuste et menaçant, déchiquetant un corps humain à grands coups de hachoir… Sans parler des malheureuses victimes prises au piège que Nico ne va tarder à rencontrer.
Une ambiance réellement malsaine que l'on doit entre autres à une chef déco, Marion Thelma, qui a su poser efficacement et avec un très grand professionnalisme un décor oppressant et lugubre, dont Pascal Marc prend un malin plaisir à nous faire visiter avec des plans de toute beauté dans cet univers cradingue transpirant le désespoir et la mort. Notre réalisateur ne s'en cache pas et le dit lui-même : "Ce que j'aime par-dessus tout c'est l'ambiance que dégage le fantastique et l'horreur", en effet Pascal Marc aime tout ce qui touche aux pellicules sombres, noirs et durs, et le montre clairement dans ce court-métrage. Sans compter la brillante musique qui nous accompagne tout au long du court-métrage et renforçant ce sentiment de désespoir et de déclin.



Attention : la partie qui suit est un SPOILER!

Mais plus qu'un film d'horreur ou de tension, "loin de tout" est avant tout un film teinté de psychologie, celui-ci ne se limitant pas à la simple horreur graphique. Ainsi, inutile de chercher une quelconque scène de meurtre, de combat ou de corps à corps : le film s'éloigne en effet d'un genre survival vu et revu pour plutôt nous retranscrire un "univers bien plus métaphorique de la mort" comme l'explique Pascal Marc. "Loin de tout" nous dévoile le parcours d'une âme n'ayant pas encore trouvé la paix et qui va progressivement rejoindre ses semblables au prix de nombreuses scènes chocs. Une ascension vers l'univers des âmes en peine qui ne se fait pas sans douleurs : une oppressante course-poursuite dans les bois, la rencontre de cet ermite sanguinaire (qui n'est autre que la personnification de la Mort, à l'image d'une certaine faucheuse), la découverte des victimes de cet ignoble personnage, tout ceci pour finir à la compréhension de la cruelle vérité…
Le plus magistral dans tout ceci, c'est la façon dont Pascal Marc nous représente cette ascension progressive vers le monde des âmes. Tout commence par un environnement paisible, calme, peint dans une lumière claire; puis l'environnement devient plus sombre (très beaux jeux de lumière), des couleurs noirs et rougeâtres (le sang, la boucherie dans cette petite cabane) font leur apparition pour finalement se salir, se mélanger pour former une masse grisâtre (comme un corps qui se consume et laisse apparaitre les cendres…) plongée dans un univers de douleurs (les cris des victimes de l'ermite : un passage tétanisant, meurtrissant). Car oui, pour trouver la paix, l'âme doit se soumettre à de dures épreuves psychologiques et ceci ne se fait pas sans mal… Cette scène finale où Nico se rend compte de la cruelle vérité est tout simplement sublime : ses proches ne peuvent le voir et celui-ci comprend alors tout, il n'est à présent plus qu'un souvenir et doit retourner parmi les autres âmes en peine.

Une phrase des scénaristes Julien Delacre et Sylvain Boïdo résume parfaitement ceci : "A travers "loin de tout", nous tenons à faire réfléchir le spectateur sur le sens de la vie et la brutalité de la mort"

Fin du SPOILER.

Ces scènes réalistes et saisissantes qui sont mises également en valeur par des acteurs certes méconnus du grand public (à l'exception de Larby Nacéri qui joue le rôle de l'ermite et que l'on a pu voir entre autres dans "go fast", "banlieue 13"…) mais ayant tous un fort potentiel. Je pense notamment à la très bonne interprétation de Franck Villette dans le rôle de Nico, un être déboussolé, paniqué dans ce monde impitoyable et malsain qui se dévoile progressivement, mais surtout à la remarquable interprétation de Maëlys Ricordeau dans le rôle d'une victime de l'ermite tétanisée par la peur, les yeux grands ouverts, tremblotant et bafouillant, piégée de cet univers dont elle ne parvient pas à s'échapper.



Teinté de désespoir, d'oppression et de noirceur (des thèmes chers à notre réalisateur), le court-métrage de Pascal Marc est une réussite, un véritable tour de force aux qualités indéniables, que ce soit au niveau de la façon de filmer, au niveau du montage ou encore au niveau de tous ces aspects intrinsèques au film que sont le scénario, le casting, les décors et la musique.
Une preuve de plus comme quoi le cinéma français nous réserve encore de bien belles surprises!








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