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Julie Wardh (Edwige Fenech) arrive à Vienne avec son mari diplomate Neil (Albert de Mendoza), mari qui a bien du mal, semble-t-il, à assouvir les vices cachés de sa sublime épouse. Elle découvre là-bas, les agissements d'un serial killer qui assassine sauvagement les femmes avec un rasoir (le fameux barbier de…. Vienne). Arrivée à son Hôtel, elle reçoit un bouquet de roses accompagné d'une étrange note anonyme : "La pire partie de toi est la meilleure chose que tu as et tu seras toujours mienne." Elle pense que ce billet provient de son ex-amant, un certain Jean (Ivan Rassimov), être pervers et violent avec qui elle eut des relations d'amour et de domination proche d'une forme de sado-masochisme. Peu après, elle rencontre dans une soirée, un homme de qui elle tombera rapidement amoureuse, le beau George (George Hilton), sous le regard plein de haine de Jean. C'est à ce moment que sa cousine se fait assassiner par le maniaque au rasoir et que Julia croit y voir la marque de son ex-amant. Que va choisir Mme Wardh ? La tranquillité ennuyeuse avec son mari ? L'aventure avec George ? L'amour violent avec Jean ? Qui est le tueur au rasoir ? Vous reprendrez bien un peu de café ?



Voici le premier giallo du réalisateur transalpin Sergio Martino, qui avait commis jusque-là quelques mondos (Mille peccati... nessuna virtù aka Mondo Sex, America così nuda, così violenta aka Naked and Violent) et un western (Arizona se déchaîne). Mais c'est avec ce film qu'il se fera réellement connaître du petit milieu du bis italien et de ses amateurs (trices). Il enchaînera par la suite plusieurs autres gialli, tous d'excellentes factures, citons "L'alliance invisible", "La queue du scorpion", "Your Vice Is a Locked Room and Only I Have the Key" et le mythique "Torso", tous réalisés entre 1971 et 1973.

Pour mettre en scène cet étrange vice, il s'entoure d'une équipe rodée qui fera les grandes heures d'un certain cinéma soi-disant de seconde zone. Ernesto Gastaldi, un scénariste auteur de plus d'une centaine de films ("La vierge de Nuremberg", "Le dernier jour de la colère", "Mon nom est personne", "2019 : après la chute de New-York"), Nora Orlandi à la musique dont l'un des thèmes sera repris dans "Kill Bill 2", et une paire de comédiens talentueux, George Hilton, Albert de Mendoza, Ivan Rassimov et surtout surtout Edwige Fenech.



Dire que cette femme est belle est un euphémisme. D'ailleurs le réalisateur ne s'y trompe pas, faisant tourner tout le film autour d'elle (et il a bien de la chance le veinard !). Véritable créature de rêve méditerranéenne, elle trouve en Sergio Martino un mentor qui lui donnera ses meilleurs rôles (certaines méchantes langues diront même les seuls).
Tout simplement sublime et peu farouche, elle accepte souvent de jouer nue pour notre plus grand bonheur (ô ces seins! Véritable publicité contre l'usage du lait en poudre !) .
C'est bien simple, dans ce film elle apparaît dans pratiquement tous les plans !

Tour à tour effrayée, mutine, enjôleuse, sexy, glamour, sensuelle, elle illumine un film qui autrement ne se démarquerait (presque) pas des innombrables gialli des années 70.
Et même s'il est vrai que son personnage manque de profondeur, de psychologie et de corps (enfin, façon de parler, vu le corps en question), elle permet, par sa seule présence, de faire oublier les quelques lacunes du métrage.



Car s'il est vrai que " l'Etrange vice de Mme Wardh" respecte tous les codes du giallo, il apparaît parfois un peu brouillon dans sa gestion des événements, on a par exemple un peu de mal à suivre les raisonnements et les choix de Julie Wardh, tout comme on est bien en peine de comprendre comment elle a pu s'attacher à un type aussi patibulaire que Jean.
Martino enchaîne aussi des séquences que l'on peut qualifier de "fun" bien qu'elles soient inutiles en elles-mêmes et ne semblent être là que pour donner un peu de volume à une œuvre un tantinet anémiée. Bref, cela manque parfois de cohésion scénaristique.
Néanmoins, si l'on excepte une certaine tendance à mettre bout à bout des passages de manière un peu trop abrupte, tout le reste se situe dans le haut du panier en matière de "thriller jaune".
On est en effet vite pris dans l'intrigue et à la manière d'un bon roman policier, on se verra ballotté d'intrigues, en sous-intrigues, ne sachant pas qui est le meurtrier, jusqu'à une révélation finale pour le moins inattendue lorgnant imperceptiblement du côté du fantastique.


Mais le vrai sel du métrage réside dans l'utilisation des flashbacks conçus autour de la plastique d'Edwige Fenech et de ses rapports pervers avec son ex-amant, ainsi que dans la conception graphique des meurtres du tueur au rasoir. Là-dessus, Martino impose un style assez particulier que l'on retrouvera dans ses œuvres ultérieures.



Les passages érotiques à tendances sadiques devraient rester dans la mémoire de tous les cinéphiles déviants qui se respectent (on ne peut à ce sens oublier la séquence du viol sous la pluie ou celle où la belle se fait entailler le sein avec un morceau de verre). Ces passages conçus et filmés à base de ralentis et d'une photographie très soignée (un des " gimmicks" constants de pas mal de gialli) donnent un sentiment d'onirisme et procurent tout à la fois une vive répulsion naturelle mais aussi (et c'est là tout l'intérêt) un attrait indéniable.

Pour ce qui est des meurtres, même s'ils sont finalement peu nombreux et s'ils n'innovent pas vraiment, ils n'en demeurent pas moins efficaces et redoutablement mis en images, avec comme point d'orgue celui se déroulant dans un parc, au cours duquel le réalisateur parvient à créer une tension subtile en prenant pour cadre les grands espaces du lieu pour faire de la victime un être fragile et une proie facile. Remarquable !
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Du bien bel ouvrage qui fait de "L'étrange vice de Mme Wardh", une des oeuvres phares du thriller italien des 70's. Un genre quasi-révolu qui reste hélas encore fort confidentiel dans l'hexagone.

C'est pourquoi, on ne peut que saluer l'annonce des éditions Néo Publishing de proposer ce titre à leur catalogue dés la rentrée 2009. Merci à eux.