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An 2000 : suite à un colossal tremblement de terre, Los Angeles se retrouve coupée du reste des Etats-unis d'Amérique. Une dictature " morale" et réactionnaire s'abat sur le pays, tous les "criminels" et autres déviants qui refusent ce nouvel ordre se voient implacablement envoyés dans feu "la cité des Anges". L.A. n'est plus qu'un gigantesque chaos sous la coupe de bandes de malfrats, la violence y règne en maître. Un "cordon sanitaire" militaire boucle la ville d'où il est impossible de s'échapper. Un anarchiste ressemblant à Che Guevara réussit à convaincre la fille du président de lui livrer une arme prodigieuse capable de couper toutes les sources d'énergie de la planète. On ressort donc Snake Plissken de prison pour qu'il aille récupérer l'arme en question. Il n'a que quelques heures pour y parvenir, sans quoi il mourra et avec lui le " monde libre" .



Attention Spoilers !

Snake Plissken is back ! Et il n'a pas changé d'un iota. Toujours aussi solitaire, toujours aussi épris de liberté, toujours aussi beau, toujours aussi fort, toujours aussi cynique et toujours obliger d'aller se farcir le sale boulot. Snake Plissken is back pour le dernier grand film de John Carpenter, immense bras d'honneur avec doigt levé à une société et un système qu'il semble exécrer. Avec comme l'impression que Big John lançait ses derniers feux à la face d'un Hollywood qui l'a broyé. Un film quasi testament, car il faut bien se l'avouer, depuis ce "Los Angeles 2013" son cinéma fait un peu gris mine. " Vampires", "Ghost of Mars " ou ses participations à l'anthologie horrifique des "Masters of Horror" semblent n'être plus que des moyens de continuer à se nourrir. Même si cela reste un cran au-dessus de la production courante, ça manque de panache, de peps, d'inventivité, de ce supplément de vie qui ponctue l'oeuvre de Carpenter.



Film anarchisant, "Los Angeles 2013" reflète la morgue et l'ironie mordante toute "Carpenterienne "vis-à-vis d'une société qui part à la dérive. Il aime l'Amérique mais celle-ci ne le lui rend pas, il aime l'Amérique mais celle-ci perd ses valeurs et en particulier la plus importante : la Liberté avec un grand L. Snake Plissken en est le reflet. Sans conteste, il est un peu égocentrique (totalement même), mais il trace sa route comme bon lui semble, insensible aux modes et aux règles que d'autres veulent lui dicter. Un symbole vivant des pionniers qui ont peuplés les USA en somme, le dernier des Mohicans !

Etonnant d'ailleurs de noter combien John Carpenter avait une vision assez fine de la situation politique de la société dans laquelle il vit. Si son film date de 1996, il nous dépeint un président qui ressemble fortement à George W Bush (qui sera élu 5 ans plus tard) et dont l'action prône le retour aux valeurs morales les plus conservatrices et le recours à la force militaire. Le trait est évidemment forcé, mais avec le recul il n'en devient que plus savoureux !



Au-delà du règlement de compte orchestré par le réalisateur américain, il s'agit pour lui, avant tout de faire un film d'action rythmé et percutant. Pari gagné et haut la main ! Aucun temps mort dans "Los Angeles 2013 ", des trouvailles à la pelle (ah ! la séquence de surf, le "match" de basket, le passager dans la clinique d'un docteur fou !), des dialogues percutants et incisifs, un sens du montage qui semble inné et qui ne donne jamais l'impression de s'ennuyer. Le temps passe vite à la vision de ce film, un régal pour les yeux et les oreilles, à peine terni par des effets spéciaux ratés (indépendants de la volonté de Carpenter, un problème avec le studio en charge des FX) et qui semblent datés, mais qui finalement donnent une touche kitsch très 80's aux aventures de Snake Plissken. Comme s'il n'avait jamais quitté New York ou presque.

Big John fait symboliquement brûler les lettres " Hollywood" se trouvant sur les collines de Los Angeles, détruit Disneyland, dynamite le mythe des stars par le biais d'un second rôle croquignolesque, prend un plaisir exquis à placer son action du côté de Sunset Boulevard ou Mullholand Drive. Il renvoie aussi dos à dos les puissants de ce monde, le président des USA lâche et inhumain, comme le chef de gang Cuervo Jones, sorte de Che Guevara dégénéré.
" Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes", dixit Snake.



Nanti de " gueules " comme seconds rôles, on y retrouve avec délice Steve Buscemi, Peter Fonda, Bruce Campbell ou Pam Grier.

Il parsème aussi son métrage de répliques qui font mouche :
"Tu appuies sur ce bouton, et tout ce que nous aurons accompli ces 500 dernières années sera anéanti. Notre mode de vie, notre technologie ! Toute notre histoire ! Non pitié je t'en supplie ne fais pas ça."
"L'Amérique est un pays libre, pas de sexe hors mariage, pas de drogues, pas de tabac, pas de viandes rouges, pas de lait..."

Jusqu'à une scène finale ô combien révélatrice de l'état d'esprit du moment de John Carpenter, qui semblant s'adresser à ses détracteurs et à un système Hollywoodien qui ne l'a jamais totalement accepté. Il fait alors dire à son héros : " Allez vous faire foutre, moi j'éteins tout, j'arrête !"

" Bienvenu parmi les humains !"