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Christine Brown (Alison Lohmann) mène une vie qui se rapproche de l'idéal contemporain : elle est jolie, elle a un bon métier bien payé (mais pas assez semble t-il), un mari sympa qui l'aime, une bien belle maison, une voiture et même un chaton tout mignon, bref tout ou presque. Seulement voilà, elle en veut encore plus, elle a les dents longues, c'est une "winneuse" comme on dit. Du coup, comme cela se doit dans notre monde moderne, elle va devoir, pour grimper les échelons et pouvoir s'acheter une plus grosse voiture et une plus grande maison (ainsi qu'un frigo qui fait des glaçons sans lequel il n'est pas de bonheur terrestre possible !), piétiner quelques-uns de ses principes. Se montrer intraitable avec la clientèle, afin d'obtenir ce poste de directeur adjoint dont elle rêve jour et nuit et qu'un autre de ses collègues mâle convoite également. Voilà pourquoi elle refusera un délai dans le remboursement du prêt de sa maison à une vieille gitane. Or si la gitane est souvent sans filtre, elle n'est pas sans ressources ! Elle attaque la jolie jeune femme dans un parking et lui balance " in the face" une malédiction de derrière les fagots. La vie de Christine va dès lors devenir un cauchemar éveillé. Une présence démoniaque tentant de l'emmener elle et son âme en enfer (ça rigole plus !). Elle a trois jours pile pour tenter d'inverser le processus.



Sam Raimi revient à l'horreur ! Une bonne nouvelle pour celui qui reste pour pas mal de bouffeurs de péloches sanguinolentes, le réalisateur de la mythique saga des " Evil Dead".
Depuis le troisième opus, attiré par les sirènes Hollywoodiennes, son compte en banque s'est rempli aussi vite et aussi fort qu'un Spiderman louvoyant entre les gratte-ciels d'une cité américaine.
En ce qui me concerne, malgré des qualités évidentes, les aventures d'un type piqué par une araignée génétiquement modifiée et qui l'oblige à se vêtir d'un juste au corps bleu moulant avantageusement ses deux glorieuses, dans le but de traquer les vilains et incidemment de faire le zouave afin de prendre dans sa toile la belle Kirsten Dunst, et bien, tout cela m'intéresse autant que de savoir si Lady Di faisait (ou non) une gâterie à son copain au moment où elle croisa un pylône garé par mégarde sous un pont. Mais revenons à nos moutons et arrêtons ici notre harangue (de la Baltique) de mauvais goût.

Dès le départ (et après un pré-générique efficace), on ne peut s'empêcher de penser à un autre film tiré d'un roman de Stephen King : "La peau sur les os". Même affront à la fierté gitane qui entraîne en retour une terrible malédiction (l'amaigrissement pour l'un, l'enfer pour l'autre, choisis ton camp camarade !). Là s'arrête la comparaison, les deux films ne jouant pas dans la même cour et ne proposant pas le même style, ni la même approche des choses.



Sauf que, autant le dire tout de suite (après deux paragraphes quand même !), si le métrage de Raimi constitue un agréable spectacle divertissant, impeccable pour un samedi soir avec sa copine ou son copain (avant d'aller bouffer des hamburgers et se dandiner sur une piste de discothèque), il n'en restera pas grand-chose le lendemain matin (à part peut-être une gueule de bois, mais qui n'aura rien à voir avec le film). La faute, indubitablement, à la volonté d'en faire un produit estampillé PG-13 (donc visible par le plus grand monde) qui s'il rapporte plus d'argent, freine considérablement la volonté artistique et les débordements sanglants. Et c'est dommage ! Bien dommage même, car les rares fois où Sam Raimi se lâche on est au bord de la jouissance ! Quatre ou cinq séquences gore et délirantes qui nous rappellent les meilleurs moments d'un "Evil Dead 2" ! Ce qui n'est pas rien tout de même ! Las, "Jusqu'en enfer" fait trop souvent dans l'effet facile à base de longs silences avec plan fixe, puis apparition soudaine et montage qui s'emballe, dans le but de faire sursauter le spectateur (ça marchera peut-être avec ceux ou celles qui n'ont pas vu un film d'horreur depuis 20 ans...).



Le long métrage frôle même parfois le ridicule achevé dans certaines scènes (celle avec le bouc, sic !), mais du coup c'est plutôt rigolo et bon enfant. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est le jeu limité de l'actrice principal, Alison Lohmann ("Big fish", "la légende de Beowulf"), ainsi que celui de son compagnon à l'écran, Justin Long ("Galaxy Quest ", "Jeepers Creepers", " Die Hard 4"). Sans aspérité, sans charisme, lisses comme des limandes, ils ne sont pas pour rien dans la relative indifférence de ce qui peut bien leur arriver. Dommage qu'Ellen Page n'ait pas pu tourner ce film, elle aurait, à n'en pas douter, apporté une autre dimension à son personnage.

Si au niveau horrifique pur on reste donc un peu sur sa faim, " Jusqu'en enfer" recèle tout de même un autre versant. Celui d'une critique corrosive (toute relative, Raimi n'ayant rien d'un pamphlétaire) du monde du travail. Marcher sur les autres pour "réussir", se montrer intraitable avec les plus faibles, manquer d'humanité avec son prochain. Des "valeurs" qui font florès et qui sont si souvent la première pierre de l'édifice managérial. Des "valeurs" que devra intégrer la douce Christine pour s'élever hiérarchiquement et qui, dans une morale un peu naïve lui coûteront cher, très cher. Qui a dit, franchement c'est tant mieux ? Le modèle familial en prend aussi un peu pour son grade, égratigné par la représentation de la future belle-famille de Christine, des gens riches, imbus d'eux-mêmes, snobs, pédants et pontifiants jusqu'à la nausée. On a envie de leur verser un pot de chambre plein sur la tête ou de les attacher à un poteau de torture afin de leur enfoncer un ananas dans le rectum (ces propos n'engagent que la responsabilité de son auteur. NDLR).



Parti pris tout de même étonnant et parfois jubilatoire, surtout pour un film destiné à une large audience et qui d'habitude ne fait que suivre la pensée unique. C'est toujours ça de pris comme le disait ma grand-mère !

Au final, si " Jusqu'en enfer" s'avère un spectacle honorable et pas si con-con que ça (surtout si on le compare aux incommensurables bouses PG-13 qui fleurissent sur nos écrans ces derniers temps), on est quand même bien loin du délire visuel d'un "Evil Dead". Espérons juste que Sam Raimi arrivera à imposer à ses producteurs un traitement plus radical pour son futur "Evil dead 4". Sam, lâche-toi, bordel !








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