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Réalisation
Park Chan-wook

Scénariste
Seo-gyeong Jeong, Chan-wook Park

Date de sortie
2005

Genre
thriller

Tagline


Cast
Min-sik Choi
Su-hee Go
Bu-seon Kim
Byeong-ok Kim
Shi-hoo Kim


Pays
Corée du Sud

Production


Musique
Seung-hyeon Choi

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.7
(14 votes)
Accusée du meurtre d'un enfant de cinq ans, Guem-ja, une très belle jeune femme de dix-neuf ans est emprisonnée à tort. Durant treize ans, elle va réussir à se faire passer pour un être empathique avec les autres, passant son temps à prier, créant une personnalité quasi-mystique. Or elle ne fait que préparer sa vengeance, avec l'aide de certaines de ses amies de cellule. Mais alors qu'elle pensait se délecter d'un plan machiavélique, elle découvre en sortant de prison qu'elle est la mère d'une petite fille de treize ans. Son odyssée vengeresse va dès lors passer par une forme de reconversion rédemptrice.



La première fois que j'ai vu "Lady vengeance" je fus finalement un tantinet déçu. La forme (magnifique par ailleurs) semblant trop largement prendre le pas sur le fond. L'impression que le réalisateur se regardait filmer, en imposant aux spectateurs sa technique, oubliant par la même et de manière fâcheuse l'émotion devant nécessairement découler d'une oeuvre destinée au grand écran (sinon ce n'est plus du cinéma). Un " mal " qui semble d'ailleurs gagner un certain cinéma asiatique qui de Wong Kar Wai à Kim Ki-duk (pour n'en citer que deux) omettent de faire autre chose qu'un album d'images, magnifiques certes, mais dénuées de tout impact émotionnel et qui font dériver rapidement vers un morne ennui, à la frontière du chiant, que seul semble capable d'apprécier une " élite cinéphile" repue par l'ingestion de petits-fours Cannois (avis personnel et hautement contestable, j'en conviens). Mais, une fois de plus je m'égare (au gorille) et je m'écarte (sur table) du sujet.



Il est vrai que lorsqu'un Park Chan-Wook sort un nouveau film, on en attend monts et merveilles. Un type capable de pondre deux tueries cosmiques comme " Sympathy for Mr Vengeance" et " Old Boy "(sans omettre les excellents "JSA" et le segment " Coupez" de l'anthologie horrifique "3 extrêmes"), on en attend forcément beaucoup plus que du dernier avatar remakisant de l'industrie à caca Hollywoodienne. Une seconde, puis une troisième vision donnent en fait à penser que cet opus clôt avec brio l'une des plus belles trilogies de l'histoire du cinéma (sans exagération aucune).

Techniquement, Park Chan-Wook semble ne plus rien avoir à apprendre, ses images sont somptueuses, son sens du cadrage et de l'espace laisse pantois d'admiration, sa direction et ses choix d'acteurs et d'actrices sont toujours aussi perspicaces, la qualité et le placement de la bande-son au service de son intrigue, sa science du montage n'ont que peu d'équivalent dans le monde du cinéma. Et le plus inconcevable, c'est qu'il met cette science au service de son histoire, combien de films peuvent se targuer d'une telle inventivité ? Combien de films frôlent à ce point le grotesque de certaines situations sans jamais y plonger ? Combien de métrages osent présenter une histoire insupportable humainement en arrivant à rendre humain le pire des bourreaux ?



Si "Lady Vengeance" semble de prime abord si difficile à appréhender, c'est par la volonté de Park Chan Wook de ne jamais refaire le même film. Exit les mouvements de caméra sauvages, les gros plans sur les personnages d' "Old Boy", ici tout est plus calme plus lent, plus lointain aussi, comme pour retarder le plus possible l'empathie avec le personnage principal. Et surtout, la multiplication à outrance des flash-back, dénote une volonté de capter l'attention du spectateur, qui ne pourra pas la relâcher, sous peine de ne plus rapidement suivre les dédales tortueux de la vie de la vengeresse. Le problème, c'est que du coup, il risque de perdre pas mal de gens en route, la non-linéarité dans un film étant un risque. Voilà pourquoi, à mon sens, " Lady Vengeance" est un film qui se mérite, et qui ne donnera sa pleine expression qu'avec au moins deux visions.



Reste qu'il est impossible d'être insensible au parcours vengeur de Guem-ja, héroïne malgré elle, payant une erreur monstrueuse de jeunesse qui comme dans les deux précédent opus de la trilogie cherche à tout prix la rédemption, le pardon et une nouvelle vie libérée du poids de la souffrance infligée à d'autres et de sa propre culpabilité.

Pour cela, elle doit passer treize ans en prison, occulter sa personnalité, se faire des complices, elle doit donc faire semblant de ne pas être ce qu'elle est au fond d'elle-même. Une fois sortie de prison, elle va entamer un chemin tortueux à la recherche de son identité. Mais qui est-elle ? Comment concevoir une vie qui s'est arrêtée brutalement à 19 ans ? Comment commencer une nouvelle existence ? Tout est là dans " Lady Vengeance "(et dans toute sa trilogie), comme si Park Chan-Wook voulait exorciser quelques maux profonds enfouis au plus profond de son être. L'exorcisation passant par la violence, la violence amène la rédemption, la rédemption y étant toujours douloureuse et brutale.

Au travers de la tragédie de son héroïne, il rappelle combien le monde qui nous entoure peut-être immoral, vil, méchant, mais il est aussi hautement humain. Vivre ne consistera pas à se souvenir du passé, mais à l'oublier, à en faire table rase. C'est à ce prix qu'une nouvelle virginité sera possible. Virginité retranscrite à merveille par une dernière séquence où la blancheur immaculée d'un paysage enneigé fait place aux couleurs vives du reste du métrage.

Pas aussi prenant que " Sympathy for M.vengeance", pas aussi remarquable qu' "Old Boy", "Lady Vengeance" n'en est pas moins un film à (re)découvrir pour sa beauté formelle, sa bande son enivrante et son lyrisme grandiloquent. Humain, terriblement humain !