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Mi-ja, une jeune femme célibataire, décide d'organiser des retrouvailles entre Madame Park, son ancienne institutrice souffrante, et ses anciens élèves, également les anciens camarades de classe de Mi-ja. Alors que cette belle journée se passe à merveille, entre vieux souvenirs et chansons à tout-va, celle-ci va se transformer en un véritable carnage. Les uns après les autres, les convives se retrouvent ligotés, torturés et assassinés dans la sinistre cave de la grande maison de Madame Park. Qui commet ces crimes affreux et pourquoi? La tension monte au fur et à mesure que le nombre d'invités diminue…



Inconnu du grand public européen, "réunion sanglante", "seuseung-ui eunhye" de son vrai nom (je sais, nous allons garder le titre français tout au long de cette critique…), est une œuvre en provenance directe de Corée du Sud, sortie directement en vidéo sur le territoire européen. Réalisé par un certain Dae-Wung Lim, "réunion sanglante" ne s'apparente pas à un quelconque film de fantôme vengeur aux longs cheveux noirs comme l'Asie en produit par dizaines mais se classe plus particulièrement entre le slasher movie (des meurtres perpétrés par un inconnu masqué) et le thriller (pour le début et la fin du métrage où nous suivons une enquête policière). Pour son premier film, Dae-Wung Lim s'en sort plutôt avec les honneurs, son œuvre n'étant pas exempt de défauts mais possédant toutefois quelques bonnes trouvailles, aussi bien dans l'aspect scénaristique que graphique.

Doté d'un scénario de base simple, le film de Dae-Wung Lim n'en demeure pas pour autant prévisible et ennuyeux. Le film commence par des retrouvailles entre une institutrice et ses anciens élèves : l'ambiance est donnée, place aux vieux souvenirs d'enfance et à tout ce qui fait le charme de ce genre d'occasion. Mais très vite la petite fête se transforme en cauchemar : tout commence par de mauvais souvenirs gardés jusqu'ici au fond de chacun qui refont surface, des reproches que chaque ancien élève fait à Madame Park, puis ce sont des faits traumatisants qui sont remémorés. Tout va rapidement crescendo et une chose semble ressortir de tout cela : chaque invité semble avoir raté sa vie à cause de leur ancien professeur : celle qui devait être la reine de la soirée commence à devenir la cible de bon nombre de reproches et la cause de terribles disputes entre les convives.
Mais le cauchemar ne fait que commencer : Se-ho disparait subitement, puis c'est au tour de sa fiancée, puis le joyeux Dalbong… Le climat est tendu, les suspicions commencent à prendre part à une atmosphère déjà bien pesante, le spectateur commence à se questionner sur certains convives bien étranges depuis le début de l'histoire (la belle Sun-hee qui est devenue anorexique à cause des réflexions de Madame Park sur son poids étant jeune, le mystérieux Jung-won qui ne parle que très peu et reste à l'écart de maintes conversations…), puis l'on commence à mentionner le fait que toutes ces disparitions pourraient être dues à cet enfant difforme qu'avait eu Madame Park et dont tout le monde se moquait à l'époque, si bien que celle-ci le cachait dans sa cave.

Alors que le film commençait tout doucement (le temps de planter le décor et les personnages), tout va vite s'enchaîner à un rythme ne laissant la place à aucune lenteur. Entre les nombreux flashbacks fort bien maîtrisés et les fausses pistes dont Dae-Wung Lim semble s'amuser à dispatcher un peu partout dans son histoire (rappelant cette volonté qu'ont nos amis de l'Est à vouloir jouer sans cesse avec nos méninges), le temps n'est pas à la tranquillité et à la détente : suspicions, dénonciations, enlèvements, tortures, meurtres, autant de séquences rythmées qui gardent le spectateur en haleine jusqu'à la fin du métrage. La violence des scènes chocs (altercations très physiques, enlèvements brutaux, tortures fort originales et sanguinolentes) ne font qu'accélérer la cadence et monter la tension du film.



Mais là où "réunion sanglante" se montre dérangeant, ce n'est pas seulement dans sa violence graphique (certes déjà bien barge à en voir les mutilations, tortures et autres barbaries) mais également psychologique. En effet, malgré les apparences, tous les anciens élèves de Madame Park ont raté leur vie (Dalbong n'a pas fait de carrière sportive en raison d'un souci à la jambe droite, Sun-hee est devenu anorexique et dépense tout son argent dans la chirurgie, Se-ho et sa fiancée sont pauvres…) et regrettent au fond de chacun d'eux d'avoir un jour croisé le même chemin que Madame Park, certains étant restés traumatisés suite à des actes déplacés de l'ancienne institutrice (Jung-won prend des médicaments et ne cesse de faire des cauchemars…).
Mais outre toute cette souffrance que subit chaque personnage, sont également dénoncées la méchanceté et la violence dont font parfois preuve les enfants envers certains de leurs camarades d'école pour la simple raison qu'ils sont différents (problème physique tel que la beauté ou le poids, mais la pauvreté est également cause de la mise à l'écart de certains jeunes dans les cours de récréation). Ce sont tous ces détails qui rendent le film de Dae-wung Lee dérangeant mais également porteur de messages et dénonciateur d'une société qui cherche bien souvent à vouloir prôner un idéal et à trop souvent rejeter ou ignorer tout ce qui s'en éloigne de trop.

Il est d'ailleurs dommage qu'un film possédant autant de bonnes idées et ayant autant de choses à nous faire partager présente finalement pas mal de petits défauts, certes pas méchants en soi, mais suffisamment gênants pour ressentir au final une certaine déception d'être passé tout près de ce que l'on peut appeler une "perle" (ou une "pépite" pour ceux qui sont plus de l'Ouest américain!RIRE).
En effet, il s'agit là, comme nous l'avons dit, d'un premier film et cela se voit : caméra à l'épaule (afin de rendre peut-être plus vivantes les scènes et nous rapprocher un peu plus des protagonistes) donnant une image parfois un peu tremblante, et obstination du réalisateur à faire des zooms excessifs (qui n'ont pas lieu d'être et s'avèrent au final assez nauséeux) sont ce que l'on pourrait peut-être appeler des défauts de jeunesse. Par contre, certains personnages sont pathétiques (je pense notamment à Dalbong : un véritable illuminé, lourd quand il est saoul et très versatile quand il est à jeun / Se-ho est également un personnage peu crédible dans certaines situations…). Ajoutons à cela un mauvais doublage français (bon, là notre cher Dae-Wung Lee n'y est pas pour grand-chose) et on ne retiendra au final du casting que très peu de bonnes choses comme notamment la très bonne prestation de l'acteur jouant Jung-won (alias le chouchou de la prof) ou encore de l'actrice jouant Mi-ja.



Même si cela n'est pas vraiment mon cas, certains regretterons toutefois une fin déstabilisante, sorte de véritable électrochoc. Je n'en dirai pas plus sur le dénouement final pour ne pas spoiler ma fiche mais beaucoup de personnes ayant vu le film reprochent au réalisateur d'avoir trop voulu sortir des sentiers battus en donnant une fin trop tirée par les cheveux et remettant en cause une grande partie de l'histoire. Peut-être ces personnes auraient finalement préféré un film "screamesque" plus basique, avec ses meurtres et les mystères qui planent sur l'identité du tueur (bref, ce que nous avons vu pendant environ une heure de film).

Par contre, d'un point de vue graphique, nous notons de très bonnes choses. Notamment des scènes de tortures très efficaces, à défaut d'être nombreuses malheureusement. Au programme, vous aurez droit à une scène très cruelle où une victime se voit forcée d'avaler des lames de rasoirs, ligotée sur sa chaise, avec une bonne rasade de thé chaud pour faire passer plus facilement les corps étrangers dans l'œsophage. Une victime se fera également agrafer les paupières tandis qu'une autre se fera exploser la tête à coups de batte (certes cette scène restera hors champs avec comme seule compensation quelques flux sanguins et autres gémissements, mais la scène étant si brutale que l'imagination fera le reste).
Ajoutez à cela une cave sinistre et poisseuse aménagée en salle de tortures et vous possédez là un environnement suffisamment glauque pour vous rappeler quelques scènes bien malsaines de tortures, que ce soit dans "seven", "saw" ou autre "hostel"… Et ce n'est pas tout, dans cette cave vivait (ou vit encore? Mystère…) le petit enfant difforme de Madame Park : un être tout simplement ignoble, sorti tout droit d'un film d'horreur (ah ben oui tiens, nous sommes dans un film d'horreur justement!RIRE)



Au final, malgré une sortie très discrète sur le marché de la vidéo, "réunion sanglante" a presque tout d'un grand : scénario bien ficelé, rythme effréné, violence graphique et psychologique de très bonne facture. Certes, le film n'est pas exempt de défauts (casting perfectible, jeux de caméra approximatifs, fin pouvant décevoir, doublage français douteux) mais ravira je pense les aficionados de films asiatiques. Un slasher movie pas comme les autres à découvrir!








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