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Fermez les yeux, ouvrez votre esprit et plongez dans l'univers Lynchien, oubliez vos certitudes, vos connaissances, votre vision du cinéma. Ce n'est qu'à ce prix-là que l'on pourra appréhender cette oeuvre à nulle autre pareille. Bien sûr, les objections des rouspéteurs qui pullulent ici ou là sont déjà nombreuses et bien connues pour qualifier ce sommet d'abstraction sensorielle ; il n'y a pas d'histoire cohérente, on ne comprend rien, mais où veut il en venir ? Lynch se moque-t-il du monde ? Qu'à cela ne tienne semble dire le réalisateur, qui a décrété qu'une histoire se devait d'être linéaire ? Quelle loi oblige à suivre les codes établis ? Le cinéma n'est-ce pas aussi et surtout une juxtaposition de sons et d'images ? N'est-ce pas avant tout une manière de dépeindre les émotions comme un peintre le fait sur une toile ?



Une immense peinture mouvante et sonore, un vaste puzzle où toutes les pièces ne s'emboîteraient pas de façon logique, un gigantesque jeu de piste, une immense expérience sensorielle entre onirisme et réalité, une déstructuration volontaire, voilà ce qu'est ce film.

Car Lynch se moque comme d'une guigne des modes, des courants, des tendances, il navigue loin, très loin des convenances cinématographiques pour inventer et réinventer son propre univers, sa propre vision du monde qui l'entoure.



Retrouvant toute l'indépendance de ses premiers courts-métrages et de son "Eraserhead" primitifs, grâce à la révolution numérique, il filme, cadre, tourne en prise directe avec ses acteurs et ses pensées. Ne plus avoir à rendre de compte, ne plus avoir d'intermédiaire technique (plus de chef opérateur), moins de contraintes de temps (le numérique permettant de faire des plans de 40 minutes s'il le veut), et s'entourant d'une équipe réduite au strict minimum, David Lynch trouve un nouvel espace de liberté loin des carcans imposés par les studios Hollywoodiens.

La structure de base est pourtant familière aux habitués de Lynch. Après avoir pendant une heure de métrage, mis en place ses personnages et construit une histoire en apparence cohérente, l'intrigue dérape tout à coup dans autre chose, entre fantastique, onirisme, surréalisme, délire visuel et patchwork de mise en abîme des gens, des choses, de la réalité.

Sauf que là où dans d'autres oeuvres comme "Lost Highway" ou "Mulholland Drive" on pouvait retrouver la cohérence de l'intrigue après un travail de réflexion, ici, cela n'entre pas au programme du réalisateur.



Multipliant les fausses pistes, les intrigues à tiroirs, les allers et venues dans le temps et l'espace, nous faisant perdre le fil et la concentration de manière volontaire, il laisse le spectateur pantois et rêveur, balisant son film d'un bruit de fond qui semble évoquer le murmure permanent du cosmos, il entraîne ses personnages dans les tréfonds de leurs consciences.

Grand adepte de la méditation transcendantale, Lynch semble les propulser au coeur même de leurs subconscients, à moins que ce ne soit le sien ou le nôtre.

Etre happé par le souffle du film, c'est ressentir une tension croissante et une oppression qui grandit et qui, par sa déstructuration même peut surprendre à chaque instant, pour devenir terreur lors de quelques plans d'une horreur viscérale.



Même si les similitudes avec ses autres oeuvres sont nombreuses (présence du "cosmos" dans le quotidien, érotisme, rideaux rouges, immobilité des protagonistes, personnages handicapés, utilisation de couleurs sombres, sentiment d'éternité, osmose du groupe, fantômes..), David Lynch franchit ici un nouveau degré dans son oeuvre, ça ne plaira pas à tout le monde, cela en déconcertera plus d'un, mais pour les fans amoureux de cet univers, le pied n'en est que plus grand.


"Je ne sais plus reconnaître le passé du présent...et ça m'a niqué la tête" énonce une Laura Dern belle et impressionnante dans le rôle de sa vie. Qu'elle se rassure, nous aussi, et pour notre plus grand bonheur en plus.






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