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Henry Creedlow, un honnête cadre d'une agence publicitaire qui a tout pour être heureux vit cependant une existence des plus modestes. En effet, ses collègues de travail le rabrouent quand ils daignent le voir, son meilleur ami ainsi que sa bonne le volent, Milo Styles, son patron couche avec sa femme et n'a que très peu de considération pour lui. Et comme si cela ne suffisait pas, même son caniche ne le respecte pas ! Pourtant, Henry est quelqu'un de bien : il est avenant, honnête, respectueux des lois et fait ce qu'on lui dit de faire sans jamais poser de question. Un matin alors qu'il s'affaire à ses ablutions quotidiennes, une émission de radio le bouleverse car elle retransmet en direct le suicide d'un auditeur se sentant misérable et mésestimé depuis trop longtemps par son entourage. Le lendemain, Henry se réveille sans visage ou plutôt si, avec un masque blanc qu'il ne peut d'ailleurs pas enlever. N'étant devenu qu'un fantôme désinhibé car agissant à couvert, il va alors pouvoir se venger de toutes les personnes ayant abusé de lui et de sa gentillesse. Mais jusqu'où ira-t-il pour retrouver son identité si tant est qu'il ait envie de la reconquérir ?



Bruiser n'est pas un film d'horreur comme on pouvait s'y attendre de la part de l'un des maîtres du genre. Pourtant, si l'on en juge le début du métrage, tout laisse à penser que l'on est en présence d'un Romero de bonne facture : des hallucinations morbides et gore saisissent notre protagoniste principal étant entouré d'une légion de personnages corrompus et sans scrupules. Mais ça ne dure pas. En effet, le long-métrage devient progressivement un film bâtard avec pour toile de fond une énième histoire de vengeance artificielle car convenue voire déjà vue, mâtinée de scènes pitoyables (cf. le coup du laser lors de la méga soirée costumée, et je n'en dirai pas plus par peur de trop en dévoiler, va franchement vous sidérer tant c'est indigent ; quant à l'épilogue, il frise le ridicule !). Bref, Bruiser tout comme Henry Creedlow, son héros/anti-héros, est en quête d'identité à défaut d'en avoir véritablement une. Quel genre caractériserait alors le mieux Bruiser ? Est-ce un slasher ? Une comédie noire ? Un thriller ? Un policier teinté de fantastique ? Rien de tout ça en fait, ou plutôt si un peu de tout ça mixé maladroitement mais dont le résultat final ressemblerait plus à un essai qu'à autre chose. Sorti en salles à la sauvette, Bruiser ("cogneur" dans la langue de Shakespeare) est à mi-chemin entre l'univers de "The crow", "Darkman" et "Le fantôme de l'opéra" parce qu'il met en scène un personnage avide de vengeance qui, à la suite d'un évènement tragique, a perdu son identité (au sens physique ou au sens littéral, c'est selon). Ici, on peut penser qu'Henry Creedlow a probablement perdu la sienne, à cause de son désir d'intégration et sa soif de reconnaissance de la part de ses pairs, même si à aucun moment dans le film on en a la justification, ce que certains spectateurs seraient en droit d'attendre ! Ajoutons à cela une dose de "Willard" pour l'inclusion du type humilié par tous, notamment au bureau et qui, suite à un déclic, va prendre sa revanche sur ceux l'ayant rabaissé et vous obtiendrez Bruiser, petit creuset de références multiples en termes de "revenge/vigilante movie" si je puis me permettre ce néologisme cinéphilique ! Mais avec tout ça, Romero qui avoue avoir été influencé par la fusillade du lycée Columbine et le chef-d'œuvre français "Les yeux sans visage", a semble-t-il voulu faire de son film une critique du conformisme capitaliste à travers une description au vitriol du corporatisme et de la réussite sociale. C'est toutefois raté, car Bruiser, parce qu'il est hybride, en devient bancal. Où sont passés les personnages viscéraux des précédents films ? Ici, ils nous font l'impression de n'être que des automates désincarnés ! Certes, si Romero avait voulu critiquer l'uniformisation de la société c'eut été une réussite, mais nous savons bien qu'il n'en est rien !

De plus, où sont également passés le cynisme et l'inspiration du papa de "Land of the dead" ? Romero utilise ici le masque blanc pour symboliser la perte d'identité, mais ceci est très mal géré dans le film puisque le personnage principal en devient fade, sans profondeur et son interprétation ne se limite plus qu'à sa voix devenue monocorde à cause du latex sur le faciès. Pourtant l'acteur interprétant Creedlow est connu pour être relativement honorable. En effet, sans être un De Niro, Peter Flemyng sait se montrer caméléon en s'adaptant à des registres différents ("Un cri dans l'océan", "From hell", "The bunker" et "Atomik circus" jalonnent ainsi sa filmographie, côté répertoire fantastique s'entend). Pourtant ici, son interprétation devient, à un certain point, exclusivement vocale, puisqu'il a ce satané masque sur le visage pendant une bonne partie du métrage ! Ce qui limite un peu la vision des expressions faciales et nous fait donc ressentir les émotions suscitées par Creedlow uniquement à travers son timbre. C'est dommageable car très réducteur au niveau empathie qu'on éprouve normalement vis-à-vis d'un individu qui pourrait être nous car commun, mais qui ici, n'est personne car à couvert. En revanche, Peter Stormare (vu dans "Fargo" et dans la série "Prison Break") est très bien exploité en patron hyperactif à l'égo surdimensionné cabotinant et bondissant sans cesse. On ne souhaite qu'une chose, c'est qu'il meurt atrocement ! Leslie Hope (vue dans la série "24") et Nina Garbiras (quel décolleté !) viennent compléter le casting en incarnant les deux épouses diamétralement opposées des personnages précités sans pour autant crever l'écran.


Pour ce qui est de la musique, notons qu'en plus de Donald Rubinstein, Romero a fait appel au groupe rock "The Misfits", qui a composé deux chansons. Mais le score est à l'image du reste : pas très inspiré et assez superficiel.
Dans l'ensemble, on a donc l'impression d'avoir affaire ici au moins bon des Romero. Pourtant, le film n'est pas si raté que cela. Le père George sait toujours manier sa caméra avec maestria. On en veut pour exemple le plan de Jason Flemyng partant à son travail, ou bien encore celui des masques peints accrochés à des buissons jouxtant la villa de Milo Styles. Beauté et efficacité sont alors au rendez-vous, mais c'est faible car peu abondant et surtout cela reste très sage si on se remémore un peu les geysers d'hémoglobine de la trilogie "zombiesque" la plus connue !

Venant après plusieurs années de projets avortés, cette histoire de vengeance sociale fait ainsi peine à voir tant elle est poussive et paraît éculée. Certes, ça ressemble à un honnête téléfilm fantastico-policier mais voilà, on reste sur notre faim et c'est indigne d'un Romero des grands jours. Ne serait-il bon qu'avec des zombies le bougre ? Débutant pourtant de manière originale malgré un scénario empruntant ici et là, le film sombre peu à peu dans la mollesse et la platitude. Visuellement raté, le métrage est pourtant bon psychologiquement parlant : mettre en scène les tourments intérieurs d'un être désirant extérioriser sa rancune à la suite de la perte de sa personnalité pouvait être prometteur, seulement voilà, par manque de moyens sans doute mais aussi d'inspiration, Bruiser se révèle au final, loupé. Heureusement, les fans de zombies ont pu se rattraper en 2008 avec "Diary of the dead", une très bonne satire de la médiatisation et véritable retour aux sources pour son réalisateur grand amateur de critiques acides envers une société percluse de maux !