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Entre 1932 et 1945, le Japon impérial mit en place une "unité de recherche" en Mandchourie récemment conquise par ses troupes, dans le but de créer des armes chimiques et bactériologiques. Cette unité prit le nom devenu "fameux" de Camp 731 et fut dirigée par un scientifique tout autant compétent que dévoué à la propagande extrémiste de son gouvernement, Ishii Shiro (nommément cité dans le film). Ce camp ne fut en fait qu'une gigantesque boucherie organisée de manière toute scientifique et militaire s'étendant sur des milliers de mètres carrés, plus d'une centaine de bâtiments et " employant" au plus fort de son activité des milliers de personnes. D'après les sources, on estime à environ 3 000 le nombre de morts dans cette unité et ce de manière ignoble, succombant à diverses tortures qui n'ont rien à envier dans l'horreur aux expériences des médecins nazis dans les camps de la mort européens. Prisonnier chinois, mais aussi coréens et russes seront traités comme de vulgaires rats de laboratoire afin de tester la résistance humaine au froid, au chaud, aux maladies, à la dépressurisation, et à la douleur en général. Andrey Iskanov va donc s'échiner sur plus de quatre heures à nous faire "partager" et à nous disséquer par le menu l'enfer vécu dans ce sinistre lieu. Bienvenue en Enfer !



"Dieu a créé le Paradis, l'homme a créé l'Enfer", nous avertit un des visuel du film et arrivé au bout de celui-ci, on ne peut que souscrire à la seconde assertion.
Si l'histoire et les exactions du Camp 731 avaient déjà fait l'objet d'un film choc, éprouvant et pour certains discutable, sorti en 1987 sous le titre "Men behind the sun" (qui engendrera d'ailleurs trois séquelles toutes plus ou moins sur le même mode), Philosophy of a knife s'emploie à aller plus loin dans le rendu de la violence, de l'horreur et de la cruauté. Bien plus qu'un film de genre lambda, il dynamite la structure classique du film d'horreur pour en faire une oeuvre autre, différente, jusqu'au-boutiste, dans le double but évident de dépasser les limites de ce qui est montrable à l'écran et de proposer une vision sans concession du genre humain.




Mélange d'images d'archives de cette époque, d'interview d'un docteur Russe (traducteur militaire et ayant participé au procès des docteurs japonais du camp à Khaborovsk en URSS) et de " reconstitution" in situ des exactions commises, Philosophy of a knife impose sur la durée un montage rythmée et une forme d'hypnotisme malsain par sa manière de mettre en images les différentes expériences scientifiques. Là n'est pas le moindre des mérites du réalisateur que de réussir à maintenir l'attention sur une si longue période, à la condition toutefois de pas avoir l'envie naturelle de détourner le regard ou d'aller chercher un sac à vomi.

Car Iskanov va loin, très loin dans sa démonstration. Ne laissant jamais la place à un quelconque hors-champ, la moindre des ignominies infligée aux cobayes nous est montrée en long, en large et en travers.
Arrachage une à une de dents, césarienne pratiquée sur une femme vivante et sans anesthésie, inoculation de la rage ou de la peste, amputations diverses, résistance au grand froid, insertion d'insecte dans un vagin, rien ne semblait rebuter les "médecins" de l'époque et rien ne rebute le réalisateur, infligeant au spectateur de longues minutes de sévices en gros plans. Ne le cachons pas, c'est extrêmement pénible à regarder. D'autant plus que ne l'oublions pas, tout ceci s'est réellement passé.
Techniquement, on n'est pas loin d'une forme de perfection dans l'esthétisation de la barbarie, montage haletant, bande-son stridente et morbide renvoyant en échos les cris et les pleurs des victimes, utilisation d'un noir et blanc saturé et pellicule volontairement ternie, salie et tâchée afin tout à la fois de renforcer l'impression de réalité des images proposées, mais aussi probablement de permettre aux spectateurs un certain recul (tout relatif) sur ce qu'il voit (ce qui à mon sens n'aurait pas été possible avec une utilisation de la couleur).



La recherche artistique que l'on devine quasi-systématique dans chaque plan, chaque scène tournée renvoie immanquablement à celle de ses précédents films ("Nails", "Visions of suffering"). Iskanov est un formidable cinéaste d'un strict point de vue formel.
Maintenant doit-on saluer, par delà la stricte qualité du travail technique, la mise en chantier d'un tel film ?
On en revient finalement à de vieux questionnements qui font florès dès qu'il s'agit de cinéma déviant : Peut-on et doit-on tout montrer ? Jusqu'où ? Dans quel but ? Est-il normal de s'infliger quatre heures d'horreurs absolues les fesses bien calées dans son fauteuil ?

Philosophy of knife se montre louable dans sa dénonciation et son rappel de crimes monstrueux dont les grands responsables n'ont pour la plupart jamais été condamnés. Il montre, documents et interviews à la clef, les connivences internationales entre les criminels et les grandes puissances issues de la Seconde Guerre Mondiale. Mais fallait-il y mêler des reconstitutions aussi brutales à ce qui n'aurait pu être qu'un vaste documentaire ?
Certains jugeront le projet en lui-même démagogique, d'autres le trouveront courageux.



En tout état de cause, si vous êtes en mal de sensations (très) fortes, que l'histoire vous intéresse un tant soi peu et que vous êtes capable de saisir la beauté formelle au-delà de l'abjection des images, alors tentez l'expérience unique de Philosophy of Knife, vous en sortirez probablement différent et vous porterez un jugement sans concession sur le genre humain, définitivement capable d'actes dépassant l'entendement.
L'homme est un loup pour l'homme.

Il existe deux éditions DVD, les deux en zone 1 avec sous-titres en anglais uniquement.
L'une simple avec le film et l'autre en édition limitée à 3000 exemplaires avec force bonus plus qu'intéressants et à un prix plus que correct.
Disponible évidemment sur le site de Sin'art.