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La psychiatre Jane Morton se rend sur une petite île au nord de l'Irlande pour étudier le cas d'une jeune adolescente, Dorothy Mills, accusée de tentative de meurtre sur un bébé dont elle avait la charge pendant l'absence de ses parents. Mais Jane se rend vite compte que Dorothy est atteinte du syndrome de la personnalité multiple et que la jeune fille ne parvient pas à contrôler ses faits et gestes, habitée par des esprits plus ou moins pacifiques… En prise avec ses propres démons, Jane va tenter d'élucider les mystères que semble cacher cette petite île et plus particulièrement cette communauté de gens qui y habite, très portée sur la religion et dont la venue d'une personne du continent semble perturber.



Réalisé par une certaine Agnès Merlet, spécialiste française des court-métrages dans les années 80 et réalisatrice de "Artemisia" (avec Michel Serrault) nominé aux Golden Globes, "Dorothy" fait partie de ces nombreux films qui traitent de paranormal et plus particulièrement de possession. Une catégorie filmique qui commence à s'essouffler, offrant de moins en moins de nouveautés au spectateur et cherchant bien souvent à se référer à des classiques du genre ("l'exorciste" en 1973, "the omen" en 1976 …). Mais nulle question ici de parler d'exorcisme ou de Diable (même si l'on y fait un petit peu référence à un moment), comme c'est bien souvent le cas dans ce genre de production, il s'agit ici de vivre le quotidien d'une jeune fille aux prises avec des esprits dont elle ne parvient pas à maitriser les réactions.
Plus qu'un film paranormal à tendance horrifique, nous avons ici affaire à un film dramatique mêlant phénomènes surnaturels (la possession, la vision de personnes décédées) et naturels (syndrome de la personnalité multiple, schizophrénie).

L'idée de Dorothy est venue à la réalisatrice Agnès Merlet suite à des lectures de comptes-rendus médicaux sur une jeune fille du nom de Doris Fisher : "J'ai découvert le syndrome de la personnalité multiple à travers le cas Doris Fisher, une jeune fille qui vivait dans la région de Philadelphie au tout début du XXe siècle. Son histoire, fascinante, m'a convaincue que l'occulte et la psychiatrie ont parfois des liens insoupçonnés."
Etudié par le docteur W.-P. Prince et par le docteur Hyslop, le cas de Doris Fisher, 20 ans, n'est pas passé inaperçu dans le premier quart du XXe siècle. En effet, cinq personnalités occupaient alternativement le champ conscientiel de la malade (la première suite à un choc alors qu'elle n'avait que 3 ans). Le cas de cette jeune fille avait été auparavant considéré comme désespéré par d'illustres psychiatres (on parlait alors de "démence précoce"). Pour expliquer le cas de Doris Fisher, le Docteur Hyslop s'était placé sur le terrain de la philosophie métapsychique et avait conclu : "la dissociation de la personnalité est certaine mais à cette dissociation peut être superposée et mêlée une intervention spiritique".



Ayant bénéficié d'une sortie cinéma en 2008 très médiatisée sur la toile, "Dorothy" fait toute fois partie de ces œuvres qui divisent les opinions. Souvent qualifié de "film mou et ennuyeux" ou encore de "film convenu, prévisible", le long-métrage d'Agnès Merlet ne fait pas l'unanimité auprès du public friand de ce genre de spectacle audiovisuel. D'autres, au contraire, trouveront dans ce film des qualités indéniables, notamment dans la qualité du casting ou dans les décors qui se marient très bien avec le style de l'histoire qui nous est contée.

Certes, le scénario ne brille pas par son originalité mais a le mérite d'être compréhensible (la plupart des mystères sont levés et ce sans se creuser la tête) tout en gardant une petite part de mystère comme on l'aime tant dans ce genre de production (nous poussant ainsi à méditer encore quelques minutes après la vision du film, chose pas forcément désagréable et permettant ainsi de se forger sa propre perception des petits détails laissés sans réponse une fois la fin du film prononcée).

Quant au rythme, en effet il peut paraitre lent aux yeux de certains (très peu d'action, beaucoup de bavardages…) mais les dialogues se suivent relativement bien et dévoilent petit à petit des éléments menant à l'éclaircissement de l'intrigue. Les scènes de changement de personnalité de Dorothy sont remarquables et suffisamment dispatchés au sein du récit pour tenir en haleine le spectateur. Certaines scènes sont certes assez ennuyeuses (je pense principalement à la scène de l'église au début du film ou à certaines scènes entre la psychiatre et Dorothy) mais sont suffisamment courtes pour que l'on reste attentif au bon déroulement de l'intrigue.



En ce qui concerne le casting, nous touchons là l'un des points fort du film d'Agnès Merlet. Les deux premiers rôles sont de très bonnes factures : Carice Van Houten dans le rôle de la psychiatre et Jenn Murray dans la peau de Dorothy.

Carice Van Houten est une actrice populaire en Hollande, sur petit écran, sur scène et depuis 2001 sur grand écran également ("minoes", "black book", "Valkyrie"…). Un succès que l'on comprend aisément en voyant son interprétation dans le film d'Agnès Merlet : calme, posée, une femme dont le professionnalisme est une vertu mais qui peut se montrer déstabilisée et troublée en présence de la communauté masculine insulaire peu accueillante ou lorsqu'elle est confrontée à ses anciens démons.

A ses côtés, une jeune actrice prometteuse du nom de Jenn Murray fait ses premiers pas au cinéma dans le rôle phare de Dorothy. Une interprétation remarquable en tout point : cela faisait plusieurs années que nous n'avions pas vu une actrice aussi performante dans un rôle de ce genre (en fait, presque depuis notre chère Linda Blair en 1973… Espérons que notre chère Jenn ne finisse pas comme elle). Un personnage qu'elle maitrise de bout en bout, d'autant plus difficile qu'elle doit jouer cinq personnalités : Dorothy (une adolescente fragilisée par ses tourments spiritiques et par la communauté qui s'en sert comme vecteur entre le monde des morts et celui des vivants), Mimi (Dorothy enfant, petite fille joyeuse et épanouie), Mary (une adolescente dévergondée, cousine de Dorothy et spécialiste des fugues et des beuveries, qui ne pense qu'à draguer la gente masculine), Duncan (la version masculine de Mary, en plus téméraire et bagarreur : l'esprit le plus diabolique en quelque sorte) et enfin Kurt (un adolescent sensible mais courageux, venant au secours de Dorothy quand celle-ci est confrontée aux esprits de Mary ou Duncan). Les scènes où Dorothy est habitée par les esprits de Mary ou Duncan sont bluffantes et changent radicalement notre jeune adolescente toute chétive en une boule de nerf, grossière et provocatrice. La scène du début où elle maltraite le bébé fait vraiment froid dans le dos (elle prend le biberon et lui enfonce dans la bouche à maintes reprises en répétant "c'est mon bébé, c'est mon bébé…" avec un regard terrifiant).

Notons également la présence de l'acteur Gary Lewis ("petits meurtres entre amis", "california sunshine", "my name is Joe", "gangs of New York", "Eragon"…) dans le rôle du pasteur, un être énigmatique que l'on rapproche volontiers d'un gourou d'une secte : un personnage froid et campé dans l'ombre qui tient toutefois une place importante dans le film car c'est de lui que vient cet amour pour l'Eglise et les coutumes religieuses auxquelles se prêtent les gens de la communauté habitant cette petite île au large de l'Irlande. L'Eglise tient une place importante auprès du village insulaire : prônant la parole de Dieu, le pasteur est seul décisionnaire d'actions à entreprendre et veille à la bonne santé des villageois. Une barrière religieuse qui crée radicalement un fossé entre le monde du continent et celui de cette petite île, barrière que Jane Morton tente de forcer à plusieurs reprises, se sentant montrée du doigt, voire presque désignée comme étrangère par la communauté. Un climat peu favorable pour guérir une jeune adolescente aux prises avec des esprits et souffrant de syndrome de pluri-personnalités.



Le film a été tourné dans la région de Wicklow, juste au sud de Dublin. "Une région magnifique et sauvage qui offre des décors très diversifiés" explique Agnès Merlet. Des paysages et des scènes plus larges ont également été tournés à l'extrême nord-ouest, dans la région du Donegal, une région peu connue de l'Irlande mais qui offre des panoramas de toute beauté. On reconnait en effet très bien ce qui fait le charme de l'Irlande dans ce long-métrage, notamment ses falaises aux sommets verdoyants.

Pour créer une atmosphère inquiétante et triste à la fois, Agnès Merlet souhaitait tourner en mars car ce mois de l'année est propice aux ciels plombés. Cependant, le tournage a été repoussé car les castings pour trouver l'interprète du rôle clé, Dorothy, ne donnaient rien. C'est donc en fin juin que le tournage a débuté mais "heureusement, dira la réalisatrice, il n'a pas fait beau et j'ai eu l'ambiance dont je rêvais !"
Ne vous attendez surtout pas à une ambiance à la William Friedkin : comme dit plus haut, "Dorothy" n'est pas un film à tendance horrifique mais doit être vu comme un film dramatique. Ce sont donc des paysages tristes (des ciels couverts, des villages meurtris par la pluie et la vétusté…) qu'est venu chercher Agnès Merlet sur sa pellicule et sur ce point je ne peux qu'acquiescer : le résultat est convaincant. Ajoutons à cela quelques morceaux de musiques douces et sinistres à la fois et nous obtenons là une très bonne alchimie.

Certes, "Dorothy" reste un film très convenu, assez prévisible avec ses flashbacks de temps à autres durant le film, mais demeure tout de même un bon film sur le dédoublement de la personnalité (cinq personnalités en fait). On retiendra surtout du long-métrage d'Agnès Merlet une actrice prometteuse du nom de Jenn Murray qui réussit le pari de donner vie au personnage de Dorothy avec énormément d'intensité. Un film que je me permets de vous conseiller si vous êtes friand de ce genre de cinéma, entre le drame et le paranormal.








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