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Anthony Fraser, un jeune avocat du Ministère public de Stockton en Californie, autrement dit un membre du "Parquet" veillant aux intérêts collectifs conformément à la loi, est aux prises avec Charles Reece, un dangereux maniaque fraîchement écroué. Ce dernier a, en effet, tué froidement six personnes en les dépeçant et en se repaissant de leur sang. Fraser va alors tenter de faire éclater la culpabilité de ce tueur en série terrifiant afin qu'il soit condamné à la peine de mort. Il doit pour cela prouver que ce meurtrier vouant un véritable culte au sang de ses victimes (qu'il boit pour se purifier) est suffisamment sain d'esprit pour être reconnu coupable et responsable de ses actes au moment des faits. Albert Morse, avocat de la défense va, quant à lui, essayer à tout prix de faire reconnaître aux tribunaux que son client est un psychopathe irresponsable afin de lui épargner la peine capitale et ce, à l'aide du diagnostique du docteur Keddie, psychiatre de son état. Une question nous taraude alors l'esprit : Reece est-il vraiment fou ou est-ce un simulateur ? Suspense…



Film adapté du roman "Rampage" de William P. Wood, ancien avocat de la défense et coscénariste de l'adaptation cinématographique de Friedkin, Le sang du châtiment s'inspire de faits réels, notamment l'histoire du personnage de Charles Edmund Reece, directement calquée sur celle de Richard Case, un vrai serial killer, plus connu sous le pseudonyme du "Vampire de Sacramento". Il n'est pas très difficile de deviner que ce tueur en série qui sévit aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, doit son surnom à son goût immodéré pour le sang de ses victimes qu'il bût à de nombreuses reprises et tenta même de s'injecter !

Pour interpréter le dangereux sociopathe, les responsables du casting ont jeté leur dévolu sur Alex McArthur, acteur de seconde zone, vu dans de nombreuses séries B, voire Z, qui joue là, le rôle de sa vie. Terrifiant et pathétique, il fait vraiment froid dans le dos en interprétant un homme totalement ravagé, qui se purifie de ses meurtres en buvant le sang de ses victimes et en s'en badigeonnant le corps. Le personnage du jeune avocat, Fraser, est interprété, quant à lui, par Michael Biehn, acteur bien connu des genres qui nous intéressent ("Terminator", "Timebomb", "Cherry Falls", "Planète terreur", bref, que du bon !) campant ici un homme de loi en proie au doute quant à la nécessité et l'existence de la peine de mort. Le reste de la distribution est, sans être transcendant, de facture honnête avec son lot de visages déjà vus, mais interchangeables et facilement oubliables.

Côté score, on a sorti ce qui se fait de mieux ou presque, à savoir Ennio Morricone, que la décence, m'interdit de vous présenter ici tant le gaillard est une pointure en la matière. Il faut notamment voir la scène des scanners magnifiée par l'étrange et frémissante musique accompagnant chaque scan de cerveau, pour se rendre compte que le père Ennio sait y faire question ambiance et pas que celle des westerns !

A la réalisation, on retrouve le cinéaste ambigu qu'est William Friedkin. Ambigu car fasciné par la complexité morale, le papa du célébrissime "L'exorciste" est un grand fan de sujets tortueux à la lisière entre le bien et le mal, faisant réfléchir le spectateur. Rappelez-vous de la fin ô combien équivoque d'un de ses chefs-d'œuvre injustement conspué à sa sortie, j'ai nommé "Cruising, la chasse", film autopsiant le monde interlope des gays new-yorkais ! Outre l'intérêt qu'il a pour les ellipses, l'ambigüité de ses protagonistes, Friedkin, également adepte du deus ex machina de derrière les fagots, est souvent décrié pour ses positions et ses dénouements reflétant, finalement, l'image de thèmes sociétaux enclins à controverses. Et c'est peut-être ça qui, en définitive, dérange dans le cinéma du père William, cette authenticité, véritable miroir des maux de la société ? A ce sujet, le cinéaste américain a d'ailleurs monté deux versions de Le sang du châtiment : une pro et une anti peine de mort, afin, sans doute, de calmer certains esprits bien pensants…

Mais intéressons-nous plutôt au film. Que vaut-il vraiment ? Parce que là, je vous ai plutôt bien amené la chose, non ?

Au lieu de montrer des effusions de sang (et on était en droit d'en attendre pas mal vu la folie du serial killer), William Friedkin choisit de mettre l'accent sur l'émotion que ressentent les parents des victimes. Et c'est là que le bât blesse. On tombe rapidement dans le pathos de bas étage avec notamment Gene Tippets, ce père de famille dont l'épouse et un enfant ont été assassinés par Reece. C'est gnangnan et larmoyant au possible et ne fait pas évoluer la trame scénaristique pour deux sous. Mais ce n'est pas tout puisque Friedkin a pris soin d'ajouter maladroitement des flashbacks concernant l'avocat qui a dû, à une époque douloureuse de sa vie, choisir d'euthanasier sa petite fille de cinq ans, depuis longtemps dans le coma. Cela est censé expliquer, entre autre, pourquoi Fraser est en pleine interrogation intérieure concernant la peine de mort et la nécessité d'y recourir même s'il n'y a pas trop de rapport entre faire condamner à la peine capitale un fou coupable de crimes atroces et débrancher la prise maintenant en vie une enfant cérébralement morte ! Peut-être le fait de décider de la vie et de la mort d'autrui ? Bon passons, ne nous lançons pas dans des réflexions interminables car je vous l'avoue, ils se prennent suffisamment la tête comme ça dans le film, enfin surtout notre jeune avocat !

Autre point faible à mettre au débit de Le sang du châtiment, c'est le manque de justification du point de vue du meurtrier, hormis le fait qu'il semble entendre des voix. Pourtant, il y avait de quoi faire : c'est un fasciste fan des Nazis qui n'hésite pas à tuer un enfant et se repait du sang de ses victimes ! Sans pour autant entrer dans le subconscient du meurtrier, on aurait aimé en savoir un tout petit peu plus sur ses motivations, connaître plus son point de vue. Alors certes de nombreux métrages sur les tueurs en série à l'instar de "Henry portrait d'un serial killer" se sont passés avec brio d'explications concernant les réels desseins des assassins. Il y a avait toutefois autre chose dans ces films, comme, par exemple, la manière clinique de tuer, l'atrocité de certains crimes, j'en passe et des meilleurs. Ici, très peu de forfaits parmi ceux précités sont réellement montrés à l'écran, à l'exception de quelques scènes macabres (quand Reece marche tranquillement dans une rue, pénètre dans une maison et en tue froidement les habitants et quand la police, qui est sur ses traces, découvre son antre morbide remplie de magazines pornos, Nazis et de parties de corps humains !) qui nous laissent sur notre faim tout en nous prouvant que Friedkin pouvait faire beaucoup mieux !

Le film se perd également dans des discussions, qu'elles aient lieu au sein du tribunal, dans des commissariats de police, dans la chambre de notre héros, au domicile des parents des victimes, dans les hôpitaux ou bien encore dans les cabinets de psys, elles sont souvent inutiles et déséquilibrent le métrage rendu presque sans saveur tant il ressemble à ces feuilletons ennuyeux et prévisibles basés sur des faits réels, maintes fois vus à la télévision.

De plus (mais bon ceci est peut-être dû aux différents montages du long-métrage), le message qui transparaît avant tout c'est que les méchants de l'histoire sont les psychiatres qui protègent leurs patients avec de la glossolalie médicale afin de les faire interner et leur éviter ainsi la peine de mort. Ne s'est-on pas finalement trompé de cible ?

Ainsi, même s'il préfigure les terrifiants thrillers que sont "Le silence des agneaux" et autres "Seven", Le sang du châtiment se perd dans de longs dialogues dispensables et du mélo inutile, ce qui explique assurément son échec à sa sortie en salles. Les fans de Friedkin attendaient sûrement plus de gore et un film beaucoup plus viscéral à l'instar de "L'exorciste" et de "Cruising, la chasse". Malheureusement, ils ont eu à la place un mièvre documentaire sur les arcanes du procès d'un tueur sanguinaire qui n'atteint jamais la puissance des chefs-d'œuvre mentionnés précédemment. A éviter donc sous peine d'être plongé dans un profond ennui pouvant rapidement se transformer en coma abyssal !