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Sur la terre du milieu, "la Comté" est un havre de paix où le temps qui passe semble ne rien changer au mode de vie des ses habitants les "Hobbits". Le monde extérieur, son histoire, ses problèmes ne semblent pas les concerner. Pourtant un d'entre eux (Bilbon Sacquet) a, jadis, fait un grand voyage et vécu de merveilleuses aventures desquelles il a ramené, notamment, un anneau qui a le pouvoir de le rendre invisible quand il le passe à son doigt. Alors que l'on prépare le 111 ème anniversaire de sa découverte, le sorcier Gandalf a la confirmation de la preuve des réels pouvoirs de l'anneau. C'est l'anneau unique, celui qui pourrait mener le monde à sa perte, forgé par Sauron le seigneur ténébreux et dont le but est de pervertir et d'asservir toutes les races de la Terre du milieu. Une communauté va devoir se former afin de détruire l'anneau. L'aventure de Frodon et de ses compagnons commence. Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier Au Pays de Mordor où s'étendent les ombres



Quand la nouvelle d'une adaptation du roman de Tolkien parvint aux oreilles de ceux qui depuis 50 ans se sont plongés avec engouement et plaisir dans les pages de ce livre à nul autre pareil, le ressenti a dû osciller entre une attente fiévreuse et une inquiétude sourde.
Après des projets non aboutis (les Beatles notamment voulaient le porter à l'écran), une tentative partielle et peu convaincante (en 1978 par Ralph Bakshi), aura-t-on enfin droit à une adaptation à la mesure du roman ?
D'autant plus que ce pharaonique projet était confié à un quasi-inconnu du grand public (mais pas des amateurs de films d'horreur évidemment), Peter Jackson.
C'est donc avec une immense circonspection que je me rendis voir "la chose" sur grand écran et que j'en ressortis totalement bluffé par le travail accompli, à la fois (presque) fidèle et cinématographiquement en adéquation avec le merveilleux et le grandiose que le roman distillait.

Bien sûr, mais c'est inévitable, rien ne saurait remplacer la profusion de détails historiques, géographiques, linguistiques, généalogiques que possède le livre. Rien ne peut, pas même une adaptation convaincante faite avec respect et connaissance intime de l'oeuvre, rendre totalement justice au charme et à la puissance romanesque qui se dégage de la moindre page, d'où la minutie du détail se juxtapose sur une intrigue à la richesse confondante. Un "roman-monde", œuvre de toute une vie, dont le but était, chez son auteur, de proposer ni plus ni moins qu'une "mythologie pour l'Angleterre !", ramifiée à loisir et développée dans ses autres oeuvres renvoyant toutes au " Seigneur des anneaux".



Une fois cela dit, il n'en reste pas moins que Peter Jackson peut être plus que fier de son bébé.
Il a su, à mon sens, marier avec talent les pures scènes d'actions à grand renfort d'effets spéciaux et l'étude de caractère des personnages qui font le sel (mais aussi le poivre, une pointe d'estragon pour le goût) du livre.


Les décors sont sublimes, qu'ils soient naturels, nous dévoilant les magnifiques paysages néo-zélandais, ou totalement reconstruits en images de synthèse, comme les formidables Mines de la Moria par exemple.

Si Peter Jackson, dans la communauté de l'anneau, s'applique à suivre pratiquement à la lettre le roman, il prend néanmoins parfois quelques libertés avec le texte.

Le départ de Frodon dans sa quête suit immédiatement la disparition mystérieuse de Bilbon (alors qu'il s'écoule quinze années dans le livre), dans le but évident de dynamiser le récit. Le rôle D'Arwen, elfe immortelle et fille du seigneur de Rivendell Elrond et incidemment fiancée d'Aragorn, prend une plus grande importance afin d'apporter une touche féminine (et diablement sexy !) à une histoire quasi exclusivement masculine.

Et puis surtout et curieusement, l'adaptation passe sous silence plusieurs épisodes pourtant importants pour juger de la quête qui s'annonce et qui se situe entre la première rencontre avec les cavaliers noirs et l'arrivée à Bree. Sont donc omis : la famille Magotte, la vieille forêt et la capture de Merry et Pippin par le vieil homme Saule et surtout la rencontre des Hobbits avec Tom Bombadil, personnage allégorique de la Nature avec un grand N et qui a pour singularité d'être insensible aux pouvoirs de l'anneau unique (il ne disparaît pas, en le mettant à son doigt). Peter Jackson jugea-t-il qu'un tel passage était bien trop différent de la tonalité du reste du métrage ? Possible, mais cela tranche avec la volonté de fidélité à l'oeuvre et empêche également les auteurs (par souci de chronologie et de vraisemblance) de mettre en images le chapitre situé dans les "Hauts des Galgals", ancienne nécropole d'un des vieux peuples de la Terre du Milieu et des anciens rois et qui aura pour conséquences de ramener à la vie certain Hobbits, de leur donner leurs premières épées, lançant véritablement la quête de la destruction de l'anneau. Un passage empreint d'une poésie à la fois macabre et existentielle dont il est bien dommage de s'être démarqué.
Un " oubli" plus que regrettable mais qui peut-être considéré comme le seul accroc au niveau de l'adaptation en elle-même.





Au-delà de la puissance visuelle qui se dégage de " la communauté de l'anneau" (et qui prend tout son sens dans une salle de cinéma et nulle part ailleurs), le premier opus du seigneur des anneaux, que ce soit au cinéma ou dans le livre, repose sur sa capacité à dépayser tout en déployant de vastes concepts archétypaux. Souvent métaphorique, presque toujours manichéen, il prend appui sur des bases mythologiques nordiques pour retranscrire une certaine vision du monde cher à Tolkien. Certains n'y verront que les calembredaines d'un homme conservateur, d'autres se laisseront emporter par la vague.

L'ouverture du long métrage donne le ton en montrant le rôle central des anneaux de pouvoirs et de celui, unique, qui symbolise à lui seul, la soif et la dangerosité du pouvoir et de ses excès. Sauron le forgea pour asservir les créatures de la Terre du Milieu, une fois dans d'autres mains il corrompt (et pas seulement au Nord) les coeurs, les chairs et les âmes de ceux qui le détiendront. Métaphore de l'attraction irrésistible que procure le pouvoir, mais aussi fatale prédestination qui engendre son excès. Seuls les plus sages sauront s'y soustraire, les plus faibles tomberont du côté obscur et l'utiliseront pour engendrer le mal. Manichéen, mais juste, surtout s'il l'on considère le moment où le récit fut écrit (au milieu des années 1950) , entre réminiscence d'une dictature passée (le nazisme) et d'une autre qui s'installe sur l'Europe (le communisme).



Parmi les nombreuses races et territoires qui peuplent "la communauté de l'anneau", c'est sur les Hobbtis et leurs manières de vivre que s'attardent longuement ce premier opus. La Comté et ses habitants n'étant, dans l'esprit du romancier (et cela est impeccablement retranscrit, au moins visuellement), qu'une vision idéale de l'Angleterre éternelle, un pays de Cocagne qui n'existe déjà plus. Les habitants y aiment les choses simples (la nourriture, l'herbe à pipes, la culture des fleurs), s'occupent de leurs affaires tout en restant fermement attachés à leur famille et leur communauté. Ils semblent faibles et égocentriques, mais sont capables d'une grande force de caractère dès qu'il s'agit de défendre ce à quoi ils tiennent.
Ce monde rural et communautaire ressemble à l'Angleterre des siècles passés. L'industrialisation et le progrès font voler en éclat ce modèle, Tolkien le déplore et ne s'en cache pas. Jackson parvient au travers de décors et de personnages à rendre totalement crédible ce petit pays perdu au milieu d'un vaste monde dangereux et hostile.
Un petit pays d'où sortira la plus improbable des créatures qui changera à jamais l'Histoire de la Terre du milieu.

" La communauté de l'anneau" prépare le terrain d'une vaste quête initiatique, où la mythologie nordique le dispute à l'Héroic fantasy et où la volonté, la sagesse, l'amitié et la bravoure défieront le Mal à l'état pur.
Dans le cadre étroit et souvent vicié du blockbuster mondial, Peter Jackson livre une adaptation convaincante en respectant l'esprit du roman, et c'est déjà beaucoup !
L'aventure ne fait que commencer...