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Cinq jeunes gens (deux filles et trois garçons) partent faire les zouaves sur des skis dans une région éloignée des stations norvégiennes. Et là, c'est le drame (le premier du moins) : un des boys se fracture la jambe (ouverte même qu'elle est la fracture, on voit l'os et tout !). Evidemment, ils sont trop loin pour faire demi-tour et les téléphones portables ne passent pas (ben tiens). Mais oh miracle : un vieil hôtel abandonné depuis des lustres (non pas des lampes) se trouve à portée de luges. Ni une, ni deux (ni trois, ni quatre, ni Pi), ils s'y rendent avec entrain (celui de 20 h 18 probablement) pour y passer la nuit (car celle-ci tombe, c'est fou comme elle tombe vite la nuit dans les films d'horreurs d'ailleurs, faudrait faire une thèse dessus). Après avoir soigné le blessé à l'ancienne (une des donzelles refermant la plaie ouverte avec de la colle super glue, heureusement que c'était pas de la "Uhu" ! ), ils vont rester peinards jusqu'au petit matin et repartir vers la civilisation en emportant le gisant qui va être bien soigné et ils eurent beaucoup d'enfants. Nan, c'est pas vrai, en fait à la surprise générale de ceux qui n'ont jamais vu un slasher de leurs courtes vies, ils vont être attaqués, brisés, massacrés et tués par un tueur (évidemment) fou (évidemment aussi) qui réside depuis plus de 30 ans dans les lieux et qui a déjà sévi sur moult couillons et couillones qui, tout pareil, se sont retrouvés dans cet hôtel maaaaaléfique. Le massacre des innocents peut commencer.



Comme vous avez pu le noter avec le sens aigu qui vous caractérise, le pitch n'est pas d'une originalité confondante. Rassurez-vous la suite ne le sera pas non plus.
Tous les clichés et les codes du slasher-movie sont là et rien, jamais ne fera dans l'originalité.
Sans déflorer outre mesure l'intrigue (quitte à déflorer quelque chose, autant que ce soit une personne), on sait d'entrée de jeu qui sera celui ou celle qui survivra, on sait quelle est l'identité du tueur, on sait comment cela va finir.

On est donc devant une production vide de sens et d'inventivité, sauf que sa vision est loin d'être désagréable et procure un réel plaisir par nombres d'atouts.



Le premier et le principal se trouve dans la beauté des décors, des éclairages et de la photographie. Les scènes en extérieur sont, à ce titre, splendides, la vision des étendues de neiges norvégiennes procure un vrai sentiment d'abandon, de vide et de froid intense que le réalisateur ne se prive pas (à juste titre) d'utiliser. La gestion de l'espace à l'intérieur de l'hôtel est, elle aussi, rendue oppressante par sa taille, ses multiples pièces et des différences d'éclairages marquées entre le rez-de-chaussée où le soleil bas donne une couleur spécifique aux images et les couloirs où une lumière crue envahit l'écran. Une très juste utilisation des contrastes qui contribue grandement à la crédibilité et à la tension progressive de l'histoire.

Le second atout provient de la longue phase d'exposition des personnages et de l'endroit où ils se retrouvent. Loin de plonger directement dans l'horreur dès les premières minutes, " Cold Prey" prend son temps (presque autant que dans " Wolf Creek"). Trois bon quarts d'heure avant que le tueur ne fasse son apparition, voilà qui va paraître long à certains et pourtant c'est dans ce laps de temps que l'on peut faire amplement connaissance avec les futures victimes, apprendre à les trouver sympathiques (ou antipathiques), prendre conscience de leur humanité en somme.



Encore faut-il pour cela, pouvoir donner corps aux protagonistes et de ce côté-là c'est ma foi fort réussi. Même si nos cinq jeunes adultes sont caricaturaux (un couple qui se cherche, un nouveau couple, un laissé pour compte, un rigolo, une femme forte etc.), ils semblent crédibles dans leurs attitudes, de vraies personnes qui n'ont pas seulement envie de boire, fumer, baiser et faire des blagues de potaches comme dans quantité de slashers récents ou anciens.
Pas de bombasses refaites des pieds au tétons, pas de capitaine d'une équipe de foot américain, bref des personnes que l'on pourrait sans problème connaître.
Une forme de symbiose, d'empathie va alors s'installer entre les personnages et le spectateur, rendant cruel ce qui va inévitablement leur arriver.

Et c'est là que se trouve une autre force de " Cold Prey", sa capacité à créer une vraie tension croissante, le malaise s'installant de manière durable, on en vient à trembler pour les protagonistes qui vont, dans la dernière partie, être consciencieusement débités en tranches par un tueur énigmatique.
Un tueur qui ressemble à d'autres du même genre : il est immense, il est fort, il n'a aucune pitié, il est silencieux, il représente à la fois le mal à l'état pur et le croquemitaine qui punit ceux et celles qui s'éloignent des sentiers battus, car comme dans tout slasher, une forme de conservatisme primaire est à l'oeuvre (jeunes ! oui toi ! fais comme tout le monde, ne cherche pas à être libre ou différent, reste dans les sentiers battus, sinon tu risques de te retrouver les tripes à l'air !). Le slasher préserve donc l'ordre établi de manière métaphorique, et c'est bien !



Préférant prendre appui sur le gibier plutôt que sur le tueur (que l'on voit finalement peu et qui n'est pas un héros iconique façon Jason Voorhees ou Freddy Krueger), ne surchargeant jamais les mises à mort avec des effets gore, préférant l'atmosphère au sang, Roar Uthaug fait dans le "old school", donnant un côté survival à son slasher basique.

Sans originalité, mais diablement efficace tout de même. Ne boudons donc pas notre plaisir !








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DAGMAR, L'AME DES VIKINGS