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Un beau jour et sans raison manifeste, tous les enfants du monde entier qui n'ont pas encore atteint les neuf ans sont plongés simultanément dans un état catatonique. Dix années plus tard, le constat est lourd et ô combien pessimiste quant au renouvellement des générations : ces enfants "légumes" ont grandi mais sont restés dans le coma et ont tous, deux fois par jour, des crises d'épilepsie inexpliquées au même moment alors que les gouvernements mondiaux ont opté pour des lois anti procréation afin d'éviter des accouchements de nouveau-nés souffrant tous des mêmes symptômes. C'est dans ces tristes conditions qu'un beau jour, dans un village indéterminé du New Hampshire, aux Etats-Unis, Tom Russell revient, à sa sortie de prison, voir sa famille. L'accueil que lui réservent sa femme et son frère, lui-même papa d'un enfant touché par le fléau, n'est pas des plus amicaux. C'est aussi à ce moment-là qu'une nuit, les adolescents catatoniques décident de se réveiller et deviennent inexplicablement violents envers quiconque n'étant pas de leur âge. S'organise alors une terrible lutte pour la survie des derniers adultes…



Avant que je ne déverse tout mon fiel de cinéphile frustré sur ce métrage, il sera de bon ton pour moi de préciser certaines choses quant à la genèse du second film de l'inconnu Masonberg, réalisateur du encore moins connu "Mrs. Greer" en 1994. Le long-métrage adapté d'un roman éponyme de Clive Barker (le papa de la saga "Hellraiser", notamment) et non pas l'oeuvre de notre cher Stephen King, n'est pas celui que nous aurions dû voir tel quel. Après une guerre de clochers entre producteurs, réalisateur et scénaristes, le film (alors qu'il était achevé !) a totalement été déstructuré par la production ayant décidé de reprendre tout en charge en ne conservant plus grand chose du travail précédent y compris celui fourni par Clive Barker à qui pourtant le titre français fait drôlement allusion ! Cette nouvelle ébauche ne reflète donc pas les longues heures de travail fournies par l'équipée originelle réunie par Hal Masonberg. On a donc affaire ici à un producer's cut comme cela arrive malheureusement souvent dans le monde impitoyable de la cinématographie. Ceci dit, Hal Masonberg après avoir été évincé du projet, s'est débrouillé avec de fidèles amis et avec les moyens du bord (un Mac, une Super 35) pour concevoir de son côté, son director's cut, mais les fonds manquent encore pour sa diffusion. C'est pourquoi, Hal a fait appel aux fans afin de signer une pétition pour que le distributeur du film sorte le montage d'origine. Vous en saurez plus ici : http://www.horreur.com/nouvelle-1598-peste-soit-du-studio-s-cut-.html
J'attends donc de voir le writer's & director's cut ultérieurement et je vous donnerai un avis plus éclairé et juste afin de savoir si le film est vraiment bon. En attendant, je vais vous parler de la version que j'ai vue.

Eh bien, le moins que l'on puisse dire, c'est que je suis déçu et spolié car on sent trop que le film est passé de mains en mains ce qui lui donne ce petit côté "conglomérat de n'importe quoi". Pourtant, l'idée de base est bonne : des enfants restés dix ans dans le coma se réveillent un beau jour et décident sans aucune raison apparente de se débarrasser de tous les adultes. Le casting est plutôt pas mal avec en tête James Van Der Beek en antihéros sortant de prison qui va prendre le leadership de la lutte pour la survie du peu d'adultes restant. Personnage s'apparentant, si on extrapole légèrement, au protagoniste principal du roman "Les raisins de la colère" de John Steinbeck, qui sort également de prison, regagne un univers miséreux et qui peu à peu va trouver espoir dans une possible rédemption pouvant compenser les horreurs passées, mais pour ça, il va falloir se battre. Cela nous change de Dawson, le gentil puceau fan de cinéma ! Le score est, pour sa part, plutôt réussi car basé avant tout sur la combinaison entre l'absence de son d'ambiance pour rendre la ville déserte et l'utilisation d'une musique synthétique neutre assez proche de l'univers de Carpenter. On a également à notre crédit : un assez large body count puisqu'il y a pas mal de morts dans le film, une bonne part de gore (des coups de couteau, des membres brisés, des morsures et autres coups de fusil explosifs), de bons maquillages (les enfants sont assez flippants et leur côté imprévisible les rend très intéressants) et surtout une incroyable scène d'ouverture, que je ne dévoilerai pas ici car c'est peut-être le meilleur moment du film. Alors qu'est-ce qui ne va pas dans ce long-métrage ? "Parce que pour l'instant, tout ça a l'air assez appétissant" me direz-vous, sortis de votre catatonie.

En fait, c'est à partir du moment même où les enfants sortent de leur léthargie profonde que le métrage devient mauvais. Puisque c'est à cet instant précis que l'histoire passe du film angoissant sympa au film de zombies rempli de clichés (actes stupides de la part de certains protagonistes, barricades dans des refuges de fortune mais comme on est trop bien dedans, on va chercher un autre endroit afin qu'il y ait des morts pendant notre nouvelle expédition désespérée, etc.) et surtout aux événements inexpliqués (pourquoi y-a-t-il eu ce fléau ? Pourquoi les enfants de moins de neuf ans ? Pourquoi deux enfants sont-ils mystérieusement épargnés par l'épidémie ? Pourquoi les adolescents éprouvent-ils soudainement le besoin de dévorer les adultes, d'ailleurs les dévorent-ils vraiment ? Sont-ils de vrais zombies ? apparemment pas puisqu'ils ne sont pas morts…). Ainsi, en ne donnant aucune raison, et peu de renseignements sur le background des protagonistes et surtout des tenants de l'histoire, on a l'impression que ce qui arrive n'est pas plausible, car c'est trop soudain et arrive comme ça, de manière allusive sans que l'on sache trop pourquoi. Et la plausibilité, est la clé de voûte de tout raconteur d'histoires et c'est, pour nous, la marque de la séparation entre la première demi heure du film, qui était plutôt bonne et l'heure qui suit, qui n'est franchement pas terrible.

L'autre gros problème du long-métrage, c'est la fin : totalement confuse et quasi incompréhensible, d'ailleurs si quelqu'un a vraiment compris, je suis preneur ! Alors certes, c'est bien beau de ne rien expliquer, toutefois l'ellipse finale est celle de trop et elle laissera les spectateurs totalement désemparés devant tant d'incohérence. En tout cas, c'est comme ça que je me suis retrouvé devant ma télé !

Tous ces petits problèmes font que le film peine à trouver un véritable rythme : c'est mou, bizarre et parfois on décroche. On a l'impression en fait d'assister à un épisode moyen de la série "X-files" : ça sent un peu le réchauffé, mais ça se laisse regarder. En parlant de réchauffé, on peut dire que Le fléau selon Clive Barker version cut est un malhabile dosage entre : "La nuit des morts-vivants" (pour le côté horde de zombies), "Le village des damnés" (pour les enfants décidant soudainement de se débarrasser des adultes), "L'invasion des profanateurs" et "Bodysnatchers" (pour l'esprit collectif animant les ados). Pourquoi malhabile ? Et bien parce que l'on ne sait plus très bien où se situer. Film fantastique ? D'horreur ? Survival ? Nous n'avons pas de réponse claire et cela ne nous dérangerait pas si les références parcimonieuses aux grands classiques suscités ne donnaient pas l'impression d'un travail bâclé. Mais bon on sait bien que finalement, c'est presque le cas : rarement les films qui sont passés entre plusieurs mains deviennent des réussites cinématographiques, la preuve puisque cette œuvre métissée aux géniteurs multiples est un énième direct to video !

Verdict final: sorte de fourre-tout grossier mélangeant à mauvais escient les genres et les influences, Le fléau selon Clive Barker possède tout de même son lot de bonnes séquences, une certaine ambiance dépressive et un casting de bonne facture. Ce n'est toutefois pas suffisant pour en faire un film culte, la faute à un parti pris de ne rien dévoiler pesant et à une fin hyper transversale voire pour certains, incompréhensible. Cette version remaniée manque ainsi cruellement de caractère et sera vite oubliée après son visionnage. Mais attendons donc de voir le writer's & director's cut et après, on pourra véritablement comparer.








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