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Réalisation
George A. Romero

Scénariste
George A. Romero

Date de sortie
1977

Genre
Vampire

Tagline


Cast
John Amplas
Lincoln Maazel
Christine Forrest
Elyane Nadeau
Tom Savini


Pays
Etats-Unis

Production


Musique
Donald Rubinstein

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5.8
(18 votes)
Dans un train de nuit, à destination de Pittsburgh, Martin, un jeune homme de 17 ans, cherche une victime. Il la trouve, l'endort au moyen d'un produit contenu dans une seringue, lui ouvre les veines avec un rasoir pour s'abreuver de son sang.Le vieux cousin, un religieux fanatique qui l'héberge, semble croire que Martin est un authentique vampire. Il l'appelle Nosferatu, empli sa demeure de gousses d'ails et autres crucifix et souhaite ardemment mettre fin à la vie de son neveu. Martin se rit de lui, mais semble peu à peu se convaincre de son vampirisme.



Romero est, probablement, l'un des cinéastes américains issus des années 60/70 dont l'œuvre, vue dans son ensemble, a et garde la plus grande cohérence.
Il livre peut-être ici son film formellement le plus abouti, mais qui hélas, à cause de son manque d'action en tant que tel et de par son manque de scènes chocs et gore, ne rencontra pas le public auquel il aurait eu pourtant droit.
Prenant appui sur le cinéma fantastique américain des années 40 et 50, il y injecte, en renouvelant celui-ci et en le plongeant dans le monde actuel, sa propre vision de la société en pointant du doigt la situation des exclus, des précaires, des rejetés en tous genres de la société, de ceux qui sont différents. Equilibre instable, mais maîtrisé, mêlant fantastique et gore à une réflexion métaphorique personnelle du monde qui l'entoure.



Quatrième film de l'oeuvre de Romero (après "La nuit des morts-vivants", "The Crazies" et "Season of the Witch" ), réalisé chez lui à Pittsburgh avec un budget et une équipe dérisoires, Martin nous conte l'histoire d'un homme en apparence jeune (mais qui en fait aurait plus de 80 ans), qui se nourrit de sang humain tel un vampire.
Vampire il l'est pour son oncle, qui s'appuyant sur la tradition et l'histoire familiale emplies de religiosité et de vielles légendes, n'a pas d'autre but que de l'exorciser et de le supprimer. Vampire il ne l'est pas pour lui et pour sa nièce, seulement victime d'une maladie rare l'obligeant à ingérer du sang à période régulière.
Romero utilise l'archétype fantastique par excellence, le vampire, pour en faire un être rejeté, à la marge, à cause de sa maladie. La mythologie devenant pathologie, le rêve américain devenant cauchemar.



En effet, Martin, c'est le symbole des habitants de la ville de Romero : Pittsburgh l'industrieuse, ruinée dans les années 70 par la fermeture de ses usines, dévastée par le chômage, oubliée de la glorieuse Amérique où l'ouvrier devient invisible : une ville de zombies ! Ici filmée dans toute sa crasse, sa décrépitude, un endroit qui donne envie de se suicider, une ville fantôme, peuplée de morts-vivants attendant sans vraiment y croire, le miracle qui n'arrivera jamais : la réouverture des usines.

Martin, anti-héros typique Romérien est un exclu du fait de sa différence et cette exclusion a des conséquences psychologiques sur son comportement. Haï par son oncle pour ce qu'il croit qu'il est, un vampire, il se verra incapable de ressentir de l'empathie pour autrui, incapable de faire l'amour à une femme autrement qu'en ayant recours aux drogues, incapable d'aimer.
Un handicapé de la vie en somme, à l'image des habitants de cette ville, handicapés du "rêve Américain".

Oscillant sans cesse entre la réalité et le présent tantôt filmé en couleurs et le passé (réel ? Onirique ?), tantôt filmé en noir et blanc (dont le grain et la manière de filmer ressemblent étonnement aux scènes d'épouvantes de "Carnival of Souls", œuvre matricielle d'un grand nombre de cinéastes de cette époque), souvent au ralenti et avec une bande-son assourdie comme dans un songe. Romero ne donne jamais de réponses, ni d'espoir à son personnage, sur son âge réel, sur sa vie passée, pour finir sur une touche de cynisme cruel et absurde propre au cinéaste où "la punition" s'abattra sur Martin au moment où un semblant d'espoir commençait à le gagner.



Une bien belle leçon de cinéma, tourné tel un documentaire au montage et à la bande-son chaotiques comme pour mieux étayer les personnalités opposées de Martin et de son oncle, chacun restant jusqu'au bout prisonnier de ses convictions et de ses préjugés erronés.

Un film méconnu de George A. Romero, mais qui, bien que la thématique en soit différente, marque une étonnante continuité avec sa tétralogie des morts-vivants et sa manière de faire du cinéma. A (re)découvrir de toute urgence.

On ne saurait que trop recommander le double DVD édité chez Wild Side.