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A Séoul, en Corée du Sud, les Park tiennent un snack au bord de la rivière Han où de nombreux touristes et riverains viennent se prélasser. Hee-bong Park est le patriarche de cette famille atypique et plutôt indigente, au sein de laquelle Gang-du, le fils ainé narcoleptique a du mal à gagner en maturité, Nam-joo, la benjamine est championne de tir à l'arc mais fait preuve d'une malchance inouïe et le cadet Nam-il est un jeune diplômé au chômage car il n'arrive pas à trouver du travail. Bref, les Park forment une smala un peu ratée, heureusement, Hyun-seo, la fille de Gang-du représente l'unique espoir de réussite de la famille jusqu'au jour où elle se retrouve enlevée par un monstre aquatique engendré par des rejets toxiques reversés dans la rivière. Toute la lignée des Park décide alors de partir à sa recherche et ce, quelles qu'en soient les conséquences…



Film sud coréen présenté à Cannes en mai 2006 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, The host ou "Gwoemul" dans la langue originale (pouvant se traduire par "monstre") est singulier à bien des niveaux. Déjà, il faut savoir que c'est le plus gros succès sud-coréen en termes d'audience avec 13 millions d'entrées, ce qui est plutôt un sacré gage de qualité pour un film de genre, non ? C'est également un formidable brûlot contestataire perçu comme une critique contre la présence de troupes américaines en Corée du Sud. C'est par ailleurs, un métrage inspiré d'un fait réel : un entrepreneur de pompes funèbres travaillant pour les forces américaines en Corée aurait ordonné en 2000 le déversement de formaldéhyde dans la rivière Han qui traverse Séoul. Il aurait été condamné à deux ans de suspension et mis en liberté sous caution. Pourtant, selon Bong Joon-Ho le réalisateur (déjà auteur du formidable "Memories of murder"), "ce n'est pas un film anti-américain" et pour preuve, la première personne à s'attaquer au monstre marin n'est autre qu'un soldat américain en permission en terre coréenne !

Mais la force de Bong Joon-Ho est d'avoir pu faire de son film non pas un pamphlet contre l'occupation des soldats de l'oncle Sam et du comportement servile du gouvernement sud-coréen, mais plutôt une ode formidable à la famille qui se ressoudera ici, dans l'épreuve.

Bong Joon-Ho ne s'arrête pas là et montre qu'il représente avec Park Chan-wook ("Oldboy") et Kim Ji-woon ("Deux sœurs") le cinéma coréen de demain et surtout nous prouve qu'il est capable de mélanger tous les genres dans un film tel un virtuose sans jamais se brûler les ailes et s'écarter de la voie qu'il s'était fixée dès le départ, chapeau bas monsieur ! Ainsi, il fait un film de monstre au contenu politique évident à l'instar du "Godzilla" de 1954, mais arrive également à nous faire peur (cf. les scènes dans le repaire de la créature), nous faire rire sans jamais tomber dans la parodie (voir la trahison du meilleur ami du second fils de la famille Park) mais aussi à nous émouvoir sans jamais verser dans le pathos (notamment la dernière scène entre le père et le grand-père).

Film énormément reconnu et récompensé mondialement, The host confronte ainsi quotidien et imaginaire puisque la bestiole aquatique apparaît sur les berges de la rivière Han, lieu très fréquenté par les habitants de Séoul et synonyme de sécurité pour la population qui le côtoie. Le cinéaste choisit dès lors de faire de cette rivière familière et populaire un lieu étrange et dramatique après l'apparition du monstre. Et la présence d'événements contemporains accompagnée de personnages suscitant l'empathie, de l'apparition d'une menace dans un site des plus tranquilles ont assurément contribués au succès du film puisqu'ils posent un cadre réaliste auquel les spectateurs peuvent plus facilement s'identifier. Pour vous donner une idée, c'est un peu comme si un calamar géant sortait de la Seine et commençait à embarquer dans sa gueule tous ceux qui s'aventureraient d'un peu trop près lors d'un Paris plage ensoleillé ! Enfin moi je le vois comme ça !

Côté casting, on retrouve en tête d'affiche Song Kang-ho déjà présent dans "Memories of murder" en père de famille complètement immature et en proie à des crises de narcolepsie aigues. Cet acteur est tout bonnement incroyable tant sa palette d'émotions est faramineuse. Apparaissant au début du métrage comme un personnage pathétique et inconscient à souhait (notamment quand il propose de la bière à sa fille !) et ce, depuis que sa femme n'est plus là, il saura tout au long de sa quête (la recherche de la fillette) se montrer sous un autre jour et devenir l'adulte qu'il aurait dû être depuis le début. Les autres acteurs (que ce soit le grand-père, la petite-fille ou bien le frère et la sœur) sont également très justes et chacun (dans des scénettes individuelles très bien filmées et très révélatrices quant à la psychologie des protagonistes) verra sa vie transformée par cette très difficile épreuve.

Et la bête me direz-vous ? Ben le monstre (sorte de batracien mutant gigantesque) est très bien fait et on le voit très souvent, ce qui dans les films de genre n'est pas toujours bon signe. Mais rassurez-vous, ici, Joon-ho Bong a su très bien s'entourer en confiant la réalisation des effets spéciaux à "The Orphanage". Créée par d'anciens membres d'ILM, cette société a déjà eu l'occasion de faire parler d'elle en travaillant sur des succès au box-office comme : "Hellboy", "Sin City", "Harry Potter et la coupe de feu ou bien encore "Superman Returns". De plus, pour donner vie à la créature, les techniciens se sont basés sur une maquette réalisée par Weta Workshop, la société néo-zélandaise à qui l'on doit notamment les effets spéciaux de la trilogie du Seigneur des anneaux et de "King Kong". On le voit donc, les SFX sont dignes d'Hollywood et le rendu à l'écran est stupéfiant.

La grande réussite de "The host" est donc de réunir tous les genres (l'horreur, le comique et le dramatique), de les partager avec les spectateurs avides de telles sensations fortes tout en en faisant une véritable peinture sociale des laissés pour compte sud-coréens dont le gouvernement semble être trop tributaire des USA. Les scènes d'action sont réalisées avec un énorme talent et nous emmènent là où on ne s'y attendait pas, mais en plus on voit très souvent la créature qui est très bien faite. Alors pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, allez l'acheter, d'autant que le DVD comprend de nombreux bonus pouvant encore prolonger votre plaisir de dévoreurs de films de genre !






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