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Une personne est retrouvée emmurée vivante au sein d'un monastère de Lorraine, le corps dans la même position que le Christ sur la croix. Pour le commissaire Pierre Niemans, chargé de l'enquête, ce meurtre, lié à de mystérieux rituels religieux, n'est pas le fruit d'un assassin ordinaire. A quelques pas de là, le capitaine de police Reda découvre une personne, ressemblant comme deux gouttes d'eau au Christ, agonisant sur le pavé d'une église. Amené d'urgence à l'hôpital, l'homme affirme, tétanisé, que les anges de l'Apocalypse arrivent sur Terre. Pendant ce temps, les meurtres se multiplient dans la région et les deux enquêteurs vont vite se rendre compte que leurs deux affaires ne font en réalité qu'une…



Après le succès de "les rivières pourpres" de Mathieu Kassovitz, thriller horrifique qui a montré que les français pouvaient faire aussi bien, voire mieux, que les américains dans ce registre, une suite est d'ores et déjà annoncée par le producteur Alain Goldman ("1492 : christophe colomb", "xxl", "vatel", "les rivières pourpres", "le pacte du silence", "la môme"…).
Il faudra donc attendre l'année 2003 pour que le tournage de ce deuxième opus commence, soit trois ans après le premier volet. Très attendu par le public français, le film sort en salles en février 2004 et fait 2 090 248 entrées dans l'Hexagone, s'illustrant ainsi parmi les films les plus regardés au cinéma durant le premier trimestre de cette année 2004. Et pourtant, le challenge était de taille comme nous le verrons dans cette critique…

Réalisé par Olivier Dahan ("déjà mort", "le petit poucet", "la vie promise", "la môme"…), qui succède ainsi à Mathieu Kassovitz, "les rivières pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse" n'est pas le fruit de l'imagination de Jean-Christophe Grangé, comme c'était le cas du premier opus. En effet, en panne d'inspiration, l'écrivain ne réussit pas à écrire une suite à son œuvre. Par chance, Alain Goldman rencontre le réalisateur Luc Besson ("le dernier combat", "le grand bleu", "nikita", "léon", "le cinquième élément", "taxi", "le transporteur", "arthur et les minimoys", "hitman"…) et lui fait part de son envie de produire un deuxième opus des "rivières pourpres". Trois semaines plus tard, le talentueux réalisateur le recontacte pour lui proposer une idée de scénario pour cette suite. Le projet ravit Alain Goldman qui lui propose alors d'être le scénariste du film, chose qu'accepte Luc Besson qui proposera par la suite de distribuer le long-métrage par le biais de sa société EuropaCorp.



Concernant le casting du film, nous retrouvons avec plaisir l'acteur français de renommée mondiale Jean Reno ("le grand bleu", "nikita", "léon", "les visiteurs", "le jaguar", "ronin", "godzilla", "da vinci code"…), toujours dans le rôle du commissaire Pierre Niemans, un enquêteur rigoureux et talentueux qui n'hésite pas à prendre des risques si l'enjeu est de taille. Une interprétation toujours aussi soignée par le plus américain des acteurs français. A ses côtés, le personnage Max Kerkérian, jeune voyou devenu lieutenant dans la police (joué par Vincent Cassel dans le premier opus), cède sa place au capitaine Reda, interprété par Benoît Magimel ("la vie est un long fleuve tranquille", "les voleurs", "déjà mort", "le pianiste", "nid de guêpes", "les chevaliers du ciel", "truands"…). Malgré la frustration des fans du premier opus de ne plus retrouver notre cher Vincent Cassel dans ce rôle qui lui allait si bien, force est de constater que Benoît Magimel s'en sort plutôt bien, même si sa prestation demeure nettement inférieure à celle de son prédécesseur. Le capitaine Reda incarne, à la manière d'un lieutenant Max Kerkérian, la jeunesse, la vivacité et le courage mais également l'impatience et le manque d'expérience en la matière (malgré une formation à l'école de police avec comme professeur, entre autres, Pierre Niemans). Ce film est l'occasion pour Olivier Dahan de retrouver Benoît Magimel qu'il avait dirigé cinq ans plus tôt dans "déjà mort".
D'autres acteurs se distinguent dans le film d'Olivier Dahan : c'est le cas du grand Christophe Lee ("Frankenstein s'est échappé", "le cauchemar de dracula", "dracula, prince des ténèbres", "le chien des baskerville", "les trois mousquetaires", "sleepy hollow, la légende du cavalier sans tête", "charlie et la chocolaterie" ou encore les trilogies de "star wars" et "le seigneur des anneaux"…) qui joue le rôle du ministre délégué aux affaires culturelles et religieuses du gouvernement de Berlin, un personnage imposant, mystérieux et ténébreux qui colle à merveille avec le faciès de l'acteur. On remarquera également l'acteur Serge Riaboukine ("le mari de léon", "comme elle respire", "la tour montparnasse infernale"…) dans le rôle de l'intrigant et méfiant père Vincent : la meilleure interprétation après celle du commissaire Pierre Niemans selon moi… Notons aussi la présence d'une actrice encore inconnue du nom de Camille Nata, jouant une experte en rites religieux, Marie, venue en aide aux enquêteurs pour élucider certains mystères. Enfin, on remarquera la participation de Johnny Hallyday dans un petit rôle sans grande importance : l'occasion pour lui de jouer une scène dans un film avec l'un de ses grands amis, Jean Reno.
Un casting qui tient donc très bien la route et qui réussit à donner du charisme au film. Les dialogues sont quant à eux bien plus perceptibles que dans le premier opus, la musique étant bien plus douce quand Mathieu Kassovitz n'est pas à la réalisation! RIRES! Cependant, certains petits passages paraîtront difficiles à suivre, notamment les explications historiques (dur dur de suivre l'arbre généalogique : Lothaire, Lothaire 2, Charlemagne…) mais, rassurez-vous, beaucoup n'est que futilité!

Parlons à présent du scénario à proprement dit. Comme je l'ai signalé avant dans ma critique, Luc Besson est passé aux commandes au détriment de Jean-Christophe Grangé. Pour être franc, cela se ressent cruellement : le réalisateur français étant plus tourné vers les films d'action que vers les thrillers et les intrigues policières, le film en pâtit cruellement. Alors que "les rivières pourpres" bénéficiait d'une histoire rondement bien menée, gardant le terrible secret jusqu'au dernier quart d'heure du film, "les rivières pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse" nous offre une histoire bien moins complexe et raisonnée et nous ouvre toutes les portes avant même les 60 premières minutes du film. Un résultat assez frustrant au final pour les adorateurs du premier volet qui, pour la plupart, avaient dû revoir le film une deuxième fois pour bien tout comprendre! Aucun doute là-dessous : le film souffre beaucoup trop de la comparaison avec son aîné, la faute à un scénario trop simpliste. D'ailleurs, le terme "rivières pourpres" perd tout son sens dans ce film : encore aujourd'hui, je ne comprends pas pourquoi avoir donné ce nom à ce deuxième opus (pour vendre?) alors que le sujet est tout autre (même si l'on retrouve vaguement l'idée du nazisme…).
Même si l'histoire n'est plus la même, certaines séquences nous rappellent instinctivement le film de Mathieu Kassovitz : la scène de bagarre (ici Reda aux prises avec un dealer tandis que dans le premier volet on retrouve Kerkérian et des skinheads), la voiture de police dans laquelle on retrouve notre jeune policier (Reda ici et Kerkérian dans le premier opus) entouré de deux crétins en uniformes, les deux affaires qui se rejoignent, le même début en fanfare avec un meurtre et l'arrivée de Niemans sur le lieu du crime, une femme qui vient en aide aux deux enquêteurs… Ces similarités flagrantes sont-elles voulues par le scénariste? Quoiqu'il en soit, elles ne gênent en aucun cas mais traduisent plus selon moi de petits (voire gros) clins d'œil au premier volet. En tout cas, une chose est sûre, Luc Besson s'est inspiré clairement du film de Russel Mulcahy intitulé "resurrection" (avec Christophe Lambert, 1999) qui narre les méfaits d'un psychopathe qui assassine atrocement des personnes portant le même nom et ayant le même métier que les douze apôtres.
Enfin, en contrepartie d'un suspense qui n'est plus trop de la partie, on retrouve avec bonheur ces petites touches d'humour propres au premier opus (chose pourtant pas facile dans le film de Mathieu Kassovitz quand on veut maintenir un suspense haletant). Je me suis amusé à vous en retrouver certaines qui font mouche durant le visionnage du film :

(Jean Reno toque à la porte du monastère pour enquêter sur la personne emmurée vivante, l'un des moines demande qui est là)
- C'est pour les étrennes mais on passe un peu plus tôt cette année! (Jean Reno)

(Une voiture de police vient de percuter l'homme ressemblant à Jésus, les policiers sortent du véhicule)
- Hé Jésus, faut rester dans les clous! (un policier)
- C'est pas un clou, c'est du 9 mm! (Benoît Magimel après avoir examiné la victime)

(L'accidenté est amené à l'hôpital, arrive alors l'experte en rites religieux qui se présente auprès de Niemans et Reda)
- Bonjour, je m'appelle Marie. (Camille Nata)
- Ca tombe bien, j'vous présente Jésus! (Benoît Magimel)



En ce qui concerne le rythme du film, comme je l'ai dit juste au-dessus, Luc Besson étant spécialisé dans les films portés sur l'action, "les rivières pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse" nous gratifie d'une cadence effrénée (nous n'en sommes toujours pas à la dixième minute de films que nous avons déjà 2 morts). Contrairement au premier opus, ce second volet n'hésite pas à nous montrer les assassins en pleine action (je pense surtout à la scène de l'aéroport au début du film où un douanier se fait clouer au mur de son bureau avec une grande violence, ou encore la séquence du supermarché où trois assassins attrapent méthodiquement leur proie dans un rayon : certainement la meilleure scène du film…), le tout dans des mouvements brusques de caméra dans le but de nous faire vivre pleinement l'action. Une bonne chose que ces petites séquences je trouve : cela nous renseigne bien plus sur la furie et la sauvagerie des assassins. Toujours en terme d'action, on retrouve à nouveau dans cet opus une course poursuite à pieds assez spectaculaire par moments, l'assassin n'hésitant pas à traverser des appartements en passant par les fenêtres! Une bonne séquence qui rappelle une fois encore une certaine course poursuite sur un stade où Kerkérian, à bout de souffle, n'avait pu rattraper l'assassin d'un ophtalmologue.

Passons à présent à l'aspect visuel de "les rivières pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse". Le film a été tourné en majeure partie en Lorraine, sur la ligne Maginot (on notera notamment certains passages dans les galeries de l'époque). Seules certaines scènes ont été filmées dans le Fort de Fermont et dans le monastère d'Auvergne, qui a subi une petite cure de Jouvence pour l'occasion. De plus, les scènes se déroulant dans le commissariat ont été tournées dans un grand bâtiment situé à la frontière luxembourgeoise. Les décors sont donc très divers dans ce film (monastère, église, commissariat, hôpital, appartement, cabane sur un lac…) et, contrairement au premier opus qui se passait majoritairement dans les montagnes enneigées, nous sommes ici en plein automne (les sols sont jonchés de feuilles mortes, notamment dans cette scène où la voiture de Niemans explose…).
Les jeux de lumière sont encore une fois bien maîtrisés. On navigue de lieux obscures en lieux obscures (les galeries de la ligne Maginot, la cabane de l'étang…), le tout immortalisé dans des couleurs sombres parsemées de jeux de lumières blanches et jaunes agrémentés de nuances verdâtres pour renforcer cette idée d'humidité et de vétusté de certains endroits visités par nos enquêteurs (les sous-sols du monastère notamment).

Comme bon nombre de thrillers horrifiques, les cadavres font leur apparition à divers moments du film. Là encore, même si l'esthétisme des corps n'atteint pas le niveau de ceux du film de Mathieu Kassovitz (on se souvient de ces somptueux jeux de lumières sur les corps autopsiés), les maquilleurs s'en sortent bien et nous offrent des meurtres bien gratinés : arrachage d'yeux, démembrements, corps poignardés à la dague ou empalés à l'arbalète…



Enfin, finissons comme à l'accoutumée avec la bande originale du film. Celle-ci est réalisée par le compositeur Colin Towns ("embrasse-moi vampire", "double zéro"…). Comme dans tout bon thriller horrifique qui se respecte, le violon tient une place importante dans la liste des instruments utilisés pour confectionner la musique du film. En effet, les passages dénués d'action sont orchestrés soit au violon seul (qui permet de renforcer le peu de suspense qu'il y a dans le film), soit au violon accompagné de cuivres et de percussions.
Par contre, concernant les séquences dynamiques, diverses musiques et sonorités sont utilisées. La scène de course poursuite à pieds, par exemple, se fait sous des percussions et du violon. Au contraire, la scène de bagarre chez le dealer débute sur un morceau à l'harmonica pour finir sur une musique très rythmée et bien connue des fans de notre cher Iggy Pop : "I wanna be your dog" (certainement son meilleur morceau avec "the passenger", "candy" et "in the death car"). A signaler que l'on retrouve à nouveau un morceau des Stooges (et donc de ce cher Iggy Pop), le classique "No fun", en guise de musique de générique de fin…
Une bande originale plus intéressante que celle du film de Mathieu Kassovitz et surtout moins forte et moins prenante. Un plus donc pour ce volet en comparaison avec son aîné (même si le but n'est pas de les comparer mais plutôt de prendre le film comme un tout).

Au final, et je risque peut-être d'en décevoir plus d'un je pense, "les rivières pourpres 2 : les anges de l'Apocalypse" est un honnête thriller horrifique mais qui ne fait pas du tout le poids face à la concurrence, à commencer par "les rivières pourpres" premier du nom. Malgré un bon casting, de bons effets spéciaux, des bonnes doses d'action et une bonne musique, le film ne réussit pas à se hisser sur un quelconque top10 de thrillers horrifiques, la faute à un scénario trop faiblard qui tire sur toutes les ficelles bien avant la première heure de film. On reste frustrés face à cette histoire simpliste et cette fin si banale (Luc Besson serait-il fan d'Indiana Jones?), malgré le bon jeu des acteurs qui font de leur mieux pour essayer de combler ce gros manque d'inspiration… Un film tout juste moyen qui sera suivi toutefois d'une deuxième suite intitulée "les rivières pourpres 3 : les armes de l'ombre" de Florent Emilio Siri, comme c'était le souhait du producteur Alain Goldman…








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