RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.4
(5 votes)
Laurent, afin d'échapper à une vie conjugale des plus monotones, trouve refuge auprès de Litra, une ravissante mais ô combien perverse blonde, qui lui fait passer des épreuves sadiques afin d'entrer dans une secte satanique. Sa femme Aline est, pour sa part, abandonnée à son triste sort dans une minuscule bicoque au fond des bois. Son mari, afin de finaliser son entrée dans la secte dirigée par l'énigmatique Géziale, doit convaincre son épouse de le rejoindre. Suite à une tentative de suicide avortée et à une agression perpétrée par des maraudeurs évitée de justesse, Aline finira par suivre Laurent afin de ne plus jamais être seule. Commencera alors pour elle une série de sévices immoraux destinés à la briser mentalement afin d'en faire un médium pour Géziale, la papesse. Arrivera-t-elle à en réchapper indemne ?



Film sans équivalent dans l'histoire du cinéma, surtout hexagonal (hormis peut-être certains métrages de Jean Rollin œuvrant depuis longtemps pour ce genre de cinoche fauché et réservé à un public non néophyte), La papesse souleva protestations et indignation dès ses premières projections en 1975. Il fût ainsi descendu par les critiques probablement parce qu'il ne répondait pas à leurs attentes, le métrage étant en effet un film plus ésotérique que fantastique ou d'horreur, donc il sortait des sentiers battus et devenait ainsi quasi inclassable, l'aspect documentaire renforçant la difficulté à catégoriser cet OVNI. En même temps, on ne peut que comprendre l'accueil froid réservé à La papesse, resté peu de temps dans les salles. C'est choquant, avilissant et les viols, humiliations, orgies, messes sataniques et autres libations se suivent sans répit jusqu'à un final on ne peut plus nihiliste. En clair : tout pour déplaire au spectateur lambda trop ancré dans un conformisme judéo-chrétien imposé par la société dans laquelle il évolue.

C'est donc un véritable tour de force qu'a réalisé Mario Mercier, le scénariste et cinéaste. Il fallait en effet, à cette époque, oser sortir un film aussi singulier et hors normes où les scènes violentes et macabres s'enchaînent surtout quand on n'a pas beaucoup de budget même si son précédent opus, "La goulve", lui avait assuré un minimum de finances.

Mais pourquoi est-ce si dérangeant ? Voyons d'un peu plus près. L'histoire est celle d'un couple un peu perdu tombé sous l'emprise d'une secte dominée par les femmes, comme Iltra l'initiatrice et par une femme en particulier : Géziale, la papesse, aux pouvoirs psychiques supposés être immenses. Les hommes ont, ici, plutôt un rôle de reproducteurs occasionnels et de serviteurs (comme le très antipathique Borg), chargés des basses besognes ou de torturer les nouveaux membres, rites initiatiques oblige. Sont montrées alors à l'écran des scènes de supplices et de sexe, autour duquel d'ailleurs toutes les activités de la secte gravitent. On assiste alors impuissants à la destruction mentale et physique d'Aline, la femme de Laurent, rentrée dans la secte pour ne plus jamais être séparée de son mari et pour en découvrir l'univers. Ca commence par la flagellation, puis suivent un viol, un marquage de fesses au fer rouge, ainsi que des sabbats endiablés et des scènes de viol avec d'étranges créatures fluorescentes. Viennent également compléter le tableau : des scènes d'humiliation (Aline est condamnée comme une truie à en connaître le même sort et surtout la même nourriture), de sacrifices animaliers, de nécrophilie et de tortures en tous genres (notamment celle avec la tête enfermée dans une cage à serpents dont un est venimeux). Puis, ça finit dans un final limite psychédélique où sexe et danses tribales hystériques se mélangent jusqu'à une fin démoralisatrice à mort, c'est le cas de le dire…

Ce film jusqu'au-boutiste est sans concession et l'on discerne assez aisément ce qui a pu déplaire aux spectateurs et autres critiques acerbes parmi cet étalage de fantasmes, véritable anthologie des instincts les plus primaires enfouis en chacun de nous. C'est justement qu'ils sont cachés au plus profond de notre subconscient et ne demandent qu'à ressortir dès lors que la société dresse des interdis et édicte des lois trop liberticides. Ces fantasmes s'érigent alors comme une sorte de déni de la société et de ses règles.

Par ailleurs, en 1651, le philosophe anglais Thomas Hobbes reprenant le poète romain Plaute (1er siècle avant JC), disait que "l'homme est un loup pour l'homme" à travers la célèbre locution latine Homo homini lupus. En clair, l'homme est par nature mauvais, aime faire mal aux autres et se faire du mal. Hobbes voyait ainsi dans l'agressivité de l'homme l'effet de sa tendance naturelle à déployer sa puissance selon son désir, cette agressivité se plaçant hors du champ de la morale. Et c'est sur cette amoralité érigée en refus des codes de la société et qui est en chacun de nous (enfin c'est comme ça que je l'interprète, ça peut donc sûrement être discutable et discuté…), que Mercier va baser son film en en faisant une œuvre torturée mais ô combien hypnotique. Ce qui rend le film encore plus authentique, en plus d'être le miroir qui nous renvoie l'image de nos plus viles pensées, c'est que l'on se demande où se situe la frontière entre la fiction et la réalité. Mercier, qui a choisi comme cadre un magnifique recoin français des plus champêtres et brumeux, filme son sujet tantôt de manière non ampoulée (très peu de mouvements de caméra et d'effets de style déployés), tantôt plus expérimentale (filtres sur l'objectif, visions à travers les trous d'une cagoule façon membre du Ku Klux Klan, images et personnages colorés). Et c'est bien ça qui fascine ou bien provoque la gêne : la véracité ou non des événements relatés !

Il est aussi intéressant de préciser que Mario Mercier, le réalisateur, est un personnage bien singulier, jugez plutôt : il est à la fois écrivain, peintre et cinéaste mais également chaman ! Il a d'ailleurs publié à ce sujet, plusieurs ouvrages de référence et anime des séminaires. Il aurait, de plus, la réputation d'être sataniste. Mais bon rumeur ou pas, ce qui est vrai en tout cas, c'est qu'il se veut être le précurseur du "witch cinéma", cinéma contant des histoires de sorcières et autres maléfices. Ajoutons également qu'il a écrit "Le nécrophile" en 1970 et que côté réalisation, "La goulve" (1972), ainsi que La papesse (1975), tiennent le haut du pavé. Dommage alors pour lui qu'il y ait eu un silence radio de plus de trente ans entre son dernier long-métrage et…. Loft Story en 2006 !!!

Côté casting, ce qui contribue à alimenter la légende autour du film, c'est que la plupart des acteurs soient des non professionnels (si l'on excepte Lisa Liviane et Erika Maas qui ne s'en sortent pas si mal), donc de vrais membres de secte. Ce qui, pour certains, se voit carrément tant l'interprétation hasardeuse frise la caricature et pour d'autres, n'est pas très rassurant tellement on n'a pas envie de les croiser vu leurs agissements et surtout leurs têtes plus que patibulaires ! La papesse Géziale, pour sa part, serait une véritable prophétesse voire sorcière opérant dans la région de Nice. Tout cela donne donc au film un cachet amateur qui, renforcé par les faiblesses de la mise en scène et un montage parfois maladroit, le rend encore plus "sympathique" et plus "vrai", éléments dont on a besoin pour s'immerger encore plus, et ce, de l'intérieur, dans le monde bien particulier des sectes. Mais cela, même si le métrage est raconté comme une fiction, renforce aussi le côté semi documentaire de "La papesse" et inquiète étrangement. La secte a-t-elle existé ? Et surtout, sévit-elle encore ? Ce qui, avouons-le, fait froid dans le dos tant ses activités ne donnent pas du tout envie aux spectateurs de rallier sa cause !

La musique est, quant à elle, composée d'emprunts rappelant tantôt "One of these days" de Pink Floyd, tantôt les trames sonores des films de Fulci à qui Mercier emprunte également l'aspect onirique de ses films. Pour le reste du score, on a le droit à des incantations et chants tribaux mais également à quelques morceaux joués au synthétiseur venant renforcer l'impression surréaliste générale émanant du métrage.

Le cinéphile que je suis, a ainsi pu apprécier un climax jamais ressenti auparavant et ce, malgré l'âge avancé de la pellicule et son côté parfois cheap. Rappelons en effet que le film a la réputation d'être interprété quasi exclusivement par de vrais illuminés, ce qui, avouons-le est aussi fascinant que flippant ! Certes, voir une succession de scènes violentes et sinistres n'est pas réservé au spectateur non-averti, c'est évident. Toutefois, jamais dans l'histoire du cinéma on aura pu avoir la chance d'assister, de l'intérieur, à la vie d'une secte et c'est en cela que le film tire sa grande force : un réalisme inquiétant. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cet objet obscur et ésotérique a bénéficié d'une sortie DVD, sous le titre US "A woman possessed". Je ne peux alors qu'encourager les spécialistes de films marginaux à se le procurer via le Net, mais il va de soi qu'il n'est pas pour tous les goûts alors réfléchissez bien avant de le commander !








Du même réalisateur :