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Dans une ferme familiale du Kansas, le jeune Matthew, pris de folie passagère, tue volontairement son père avec une machine agricole, mais ne pouvant arrêter l'engin, il saute et perd accidentellement sa main gauche, sectionnée par les pales de la moissonneuse-batteuse devenue incontrôlable. Après des années d'internement dans un établissement spécialisé, il ressort, à peine majeur, avec une prothèse ou plutôt un crochet métallique en guise de main et les idées plus claires, du moins en apparence… Sitôt rentré au bercail, il découvre que sa chère et tendre maman pour qui il éprouve un sincère mais inconvenant amour, a refait sa vie avec Monsieur Parsons, un brave type du terroir. Devant une telle horreur à ses yeux, Matthew se fait rattraper par ses vieux démons : il sombre alors dans une folie macabre allant crescendo le catapultant dans une cavale éperdue et plus que meurtrière à travers les petites villes de l'Amérique profonde. Pourra-t-on l'arrêter ?



Ancêtre direct de "Maniac" de William Lustig, avec qui il semble partager le même final granguignolesque et haut en couleurs, Le manchot est un des précurseurs des films de psycho-killer, autrement dit des métrages avec des assassins dérangés du ciboulot. Ce petit film d'exploitation fait partie de ces séries B indépendantes qui pullulaient au début des seventies, à l'instar de "Pigs les monstres sanglants". Tout comme dans "Massacre à la tronçonneuse", on y retrouve une atmosphère poisseuse à souhait prenant lieu et place dans une Amérique rurale génitrice des tares les plus dévastatrices.

La pellicule de Marc B. Ray, dont ce sera-là le second film en tant que réalisateur, se focalise avant tout sur son tueur, un infirme à prothèse répondant au doux prénom de Matthew. Ce dernier est un jeune homme perturbé avec une coupe de cheveux des plus tragiques (regardez un peu les photos !) mais surtout obnubilé par l'amour inconditionnel qu'il éprouve pour sa mère et qui le pousse à occire les gens qu'il rencontre, notamment ceux qui contrecarrent volontairement ou pas ses noirs desseins, ce qui frise carrément le complexe d'Œdipe mal digéré avouons-le !

Le long-métrage est donc avant tout centré sur la psychologie hautement dérangée de Matthew, ainsi que sur les faits et gestes qui en résultent. Ayant assassiné son beau-père parce qu'il avait épousé sa "môman" chérie qu'il tue d'ailleurs accidentellement, notre manchot de service parcourt les routes des Etats-Unis et assassine toutes les personnes qu'il rencontre à cause des visions qu'il a de sa génitrice venant le hanter outre-tombe. Un beau jour, dans un village côtier, il fait la rencontre de Vera, une artiste peintre vivant de ses toiles mais vendant également ses charmes aux hommes pour combler les fins de mois difficiles. Il ne tardera donc pas à prendre la jeune hippie prostituée pour sa mère tout en désirant la ramener dans le droit chemin quitte à : tuer encore plus pour punir ceux la souillant et aussi offrir un habitat digne de ce nom à Vera, voler des gens de passage afin de lui payer de quoi manger, se vêtir et peindre, puis finalement la séquestrer pour qu'elle ne soit plus qu'à lui et rien qu'à lui. Paradoxalement, Matthew est terrifié par les femmes puisqu'il ne prend pas son pied sexuellement mais en dominant sa captive psychologiquement et physiquement. On s'en aperçoit lorsque Vera, qu'il s'autorise à appeler Daisy, le prénom de sa mère, prend un bain et se dévêt devant lui : il devient alors comme tétanisé, incapable de la regarder. C'était donc ça, sa faiblesse ! En même temps, on comprend que le pauvre bougre n'ait pas dû s'auto satisfaire souvent vu l'état de sa main gauche ! Nous avons donc affaire-là à un pervers refoulé et immature, chose somme toute assez récurrente dans ce genre de métrage. Matthew désire juste une figure maternelle capable de l'écouter et de se consacrer entièrement à lui. Bien sûr il souffre d'un traumatisme lié à l'enfance le poussant à tuer tous ceux qui lui rappellent : l'amour entre un homme et une femme, le sexe mais également le visage de sa mère, image prédominante de toutes ses hallucinations. C'est sur ce postulat que Marc B. Ray base son métrage, filmant les meurtres sanglants du jeune déséquilibré œdipien aux visions fantasmagoriques, le long de son périple transaméricain.

Film assez trash des années 70, Le manchot a pris un sérieux coup de vieux. Les meurtres (11 au total plus celui d'un chien, hors écran, Dieu merci !) sont certes assez sanglants mais très souvent hors cadre et souffrent d'un budget ridicule ce qui explique leur côté amateur (on pense, entre autres, aux effets distordus de caméra lorsque notre désaxé est hanté par des visions de ses précédentes victimes). L'histoire, quant à elle, pâtit de quelques invraisemblances scénaristiques et aussi d'une deuxième partie à la "Misery" voire "Etrange vengeance" assez ennuyeuse. La musique, par moments non inspirée, n'aide pas non plus le film à reposer sur de bonnes bases (pourtant à ce sujet, il semblerait que le score de "L'au-delà" soit utilisé dans l'édition vidéo française, que ce soit chez VIP ou Proserpine, quel honteux plagiat !). Quant au jeu des acteurs (à part peut-être Leigh Mitchell qui joue Vera et semblant plus pro que les autres), il est très creux, les personnages étant de toutes façons peu profonds voire superficiels (pourquoi Matthew est-il vraiment comme ça ?). Enfin, le final psychédélique et infernal traduisant-là la folie pure de Matthew est pour le moins brouillon et limite hors propos (bien vue l'image de la rédemption christique !) mais surtout tombe comme un cheveu sur la soupe genre "je vais finir mon film avec une pirouette car je n'ai plus d'idées !".

Malgré cela, Le manchot dégage un charme certain et possède des atouts qui raviront vite les fans de psycho-killers. C'est tout d'abord l'ambiance malsaine qui émane du film qui peut séduire. En effet, voir l'épopée meurtrière d'un jeune infirme amoureux de sa mère, à la fois monstre aux yeux des autres mais aussi véritable puits de méchanceté, le tout sur fond poisseux d'Amérique rustique, n'est pas très reluisant pour le spectateur lambda, mais ô combien réjouissant pour nous autres, amateurs de cinéma déviant que nous sommes !

Mais désirer voir périr le meurtrier à tout moment est vraiment glauque de la part du spectateur, c'est pourtant un sentiment qui nous anime devant notre écran, et ce, des le début. Ce tour de force du réalisateur, qui pour le coup, a eu un bon directeur de casting, est grandement dû au visage déplaisant de Frank Holbert, dont ce fût l'unique film. Portant véritablement le long-métrage sur ses épaules ou plutôt sur son faciès semblant marqué par de douloureux traumatismes, il arrive à la fois à inquiéter grandement son auditoire car il semble pouvoir exploser à tout moment et aussi à se rendre détestable au possible, nous donnant vraiment envie d'assister à son exécution immédiate que l'on souhaite atroce. Rarement depuis le personnage de Norman Bates on avait vu pareil protagoniste halluciné, capable de passer d'un état de quiétude contrôlé à un état de surexcitation intense en un clin d'œil. Vive les schizophrènes !

Par ailleurs, certaines scènes sont tout de même bien réussies car involontairement cocasses, notamment celle de la lutte entre Matthew et Madame Anatole, une vieille dame avec des canes, personne âgée dont il veut usurper la maison afin d'impressionner Vera, en lui faisant croire qu'il est fortuné et habite dans une grande demeure. Il faut voir la mamy le laminer avec ses béquilles, un pur moment de bonheur !

Notons également qu'Angus Scrimm (le Tall Man de la série "Phantasm") vient cachetonner dans cette petite production en endossant le rôle du docteur venu faire une visite de routine à Madame Anatole, ce qui avouons-le, est assez original pour être signalé.

Certes, depuis, on en a vu des tonnes des films comme celui-là, et des dix fois mieux en plus ! Pourtant, par son côté relique historique à l'origine de nombreux slashers et autres films de ce genre béni par certains, Le manchot vaut la peine d'être visionné au moins une fois, afin de peaufiner sa culture cinématographique mais également si l'on veut voir l'un des plus antipathiques visages de psychopathe jamais vu sur nos écrans. Cela étant, on peut tout aussi bien s'en passer et regarder à nouveau une valeur sûre (genre "Massacre à la tronçonneuse") pour se faire un petit plaisir. "Alors choisis ton camp camarade !"








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