RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.3
(3 votes)
Isa et Antoine viennent de se marier. Isa désire rendre visite à ses cousins. En arrivant au village où ceux-ci résident, elle apprend qu'ils sont morts. Elle décide néanmoins de se rendre dans leur demeure, un somptueux château. Les jeunes mariés sont accueillis par deux servantes, qui leur proposent une chambre pour la nuit. Durant celle-ci, Isa va faire connaissance avec Isolde, une reine vampire et découvrir que ces cousins sont eux aussi devenus des créatures de la nuit…



Le vampirisme a toujours attiré Jean Rollin, considérant ce thème comme l'un des plus intéressants du cinéma fantastique. Ce n'est donc pas étonnant si ses premiers films sont basés sur des histoires de vampires. Dès 1968, Jean Rollin commence une série de films vampiriques, avec "Le Viol du Vampire", qui sera suivi de "La Vampire Nue" en 1970, puis de "Le Frisson des Vampires" et "Requiem pour un Vampire" en 1971. Il abandonnera quelques temps ce thème de prédilection pour y revenir par la suite, avec des films comme "Lèvres de Sang", "Fascination" et plus récemment "Les Deux Orphelines Vampires" ou "La Fiancée de Dracula".

Avec "Le Frisson des Vampires", son troisième film, Rollin va réaliser une œuvre à contre-courant, qu'il définit lui-même comme un film "Dada", en référence au dadaïsme, mouvement de contre-culture qui éclata entre 1916 et 1923. Le dadaïsme était un mouvement intellectuel et artistique, qui remettait en cause les contraintes et les conventions, aussi bien dans le milieu du cinéma, que littéraire ou politique. Ses principales caractéristiques étaient le rejet de la raison et de la logique, l'extravagance, la dérision et l'humour. Ses adeptes recherchaient la plus totale liberté de création et ne s'encombraient pas des schémas logiques ou classiques imposés par les anciens. C'est un mouvement provocateur, où l'absurdité n'est pas un défaut mais un atout majeur. De nombreux artistes peuvent être rattachés au mouvement dada, qu'ils soient peintres, cinéastes, musiciens, comme Jean Cocteau, Louis Aragon, Erik Satie, Man Ray, Jean Arp, Paul Eluard, René Clair, Béatrice Wood et bien d'autres encore…

On trouvera donc dans "Le Frisson des Vampires" des séquences totalement hallucinées, surréalistes, la plus célèbre d'entre-elles étant bien sûr l'apparition d'une femme vampire dans une horloge, séquence culte souvent citée par les fans du film, tout comme celle où cette même femme vampire descend du conduit de cheminée la tête en bas. Mais il y a bien d'autres éléments qui font de ce film une œuvre décomplexée et extravagante.

Parmi ceux-ci, le look des deux oncles, qu'on croirait sortir tout droit d'un "Austin Power" des années 70. Les vêtements de ces deux énergumènes relèvent des modes hippies, avec des couleurs flashy et pimpantes. Leur façon de parler également est assez étrange, emmenant le film vers une sorte de théâtralisation des gestes et de la parole, se coupant sans cesse ou terminant les phrases de l'autre, ce qui rendra le spectateur amusé ou agacé. Anciens chasseurs de vampires, les oncles d'Isa se sont vus piégés par Isolde, reine vampire, celle là même qui aime apparaître dans les horloges. Entièrement sous la domination de leur maîtresse, ils vont tout tenter pour convertir leur nièce à leur condition de vampire, tâche qui sera rendue difficile par l'amour que porte Antoine à sa femme, et qui n'est pas prêt à la laisser devenir une créature de la nuit.

On pourra aussi noter les différents éclairages des murs du château, chaque sortie la nuit se déroulant dans une couleur différente. Ou bien encore cette séquence où la caméra tourne à 360° autour des protagonistes. Comment ne pas citer non plus cette incroyable conversation entre Isa et Isolde, cette dernière étant à l'intérieur de son cercueil fermé à cause du jour et des rayons du soleil, cercueil se trouvant on ne sait pas pourquoi à l'extérieur du château sur un vieux divan !!

En clair, on a un véritable catalogue de séquences où le sens et la rationalité n'est pas de mise.

Mais le plus stupéfiant dans "Le Frisson des Vampires" reste bien sûr la musique qui accompagne ses images. Imaginée et composée par le groupe Acanthus, cette bande originale emmène le long métrage dans une dimension psychédélico-rock du plus bel effet, renforçant l'onirisme des situations et le délire visuel présent à l'écran. Franchement, ce film ne serait pas le même sans cette BO. Un pur bonheur, mais je peux comprendre qu'on puisse ne pas accrocher et la trouver vraiment trop décalée.

Au niveau de l'érotisme, car qui dit Rollin+vampires = érotisme, l'ensemble reste assez soft mais suffisant. Isolde est une reine vampire lesbienne, les deux servantes, dont la charmante Marie-Pierre Castel, sont souvent dénudées ou drapées de lingerie de soies colorées mais néanmoins transparentes. Ni trop peu, ni trop plein, il y a juste ce qu'il faut.

On notera aussi quelques trouvailles fort ingénieuses, comme le sang d'un pigeon qui coule sur un cercueil, réveillant son occupante, ou bien encore le procédé avec lequel Isolde tue, ses deux seins recouverts de pics qu'elle plonge dans le corps de sa victime lors de l'étreinte fatale.

Les acteurs font ce qu'ils peuvent pour jouer correctement, et ça marche plutôt bien en fait, puisque le film se veut volontairement drôle et décalé.

Bref, "Le Frisson des Vampires" est un film hors norme, une œuvre majeure de son réalisateur, dont on tombera sous le charme ou non. Ceux qui l'apprécieront pour son côté délirant et psychédélique, ce qui est mon cas, en feront peut-être le meilleur film de son auteur dans leurs classements personnels. Ou tout du moins le plus intriguant et le plus original. Une expérience unique en tout cas dans le cinéma français. Merci monsieur Rollin pour cette petite perle. Les consommateurs de substances illicites doivent sûrement se passer le film en boucle durant leurs délires, l'effet doit être assez spectaculaire !