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Un homme se réveille dans l'obscurité la plus totale, blessé au ventre. Outre l'absence de lumière, l'endroit en question est particulièrement confiné, et s'y faufiler n'est pas chose facile. Amnésique, l'homme décide de découvrir la raison pour laquelle il se trouve prisonnier de ce labyrinthe, où il connaitra les pires horreurs…



Voilà huit ans que les distributeurs français semblent avoir coupé le cordon avec l'œuvre de Shinya Tsukamoto, dont la patte destroy connue quelques changements au début de ce 21ème siècle.
Bien que trimballé de festival en festival, le curieux "Snake of June" ne connaitra pas les honneurs d'une sortie cinéma ou d'une sortie vidéo dans notre pays. Une œuvre souvent décriée alors, puisque Tsukamoto y abandonne son univers ultra-violent, pour livrer une œuvre sensuelle plus posée, plus lente. Il remet cependant le couvert avec "Vital", au propos nettement plus glauque.

A t-on perdu l'ancien Tsukamoto ? Celui qui nous parlait de cités-monstres déshumanisantes et de mutations déplaisantes aussi mentales que physiques ? Pas sûr, surtout à la vue de ses deux derniers films, et plus particulièrement ce "Haze" tout aussi perturbant qu'un "Tetsuo".
Court-métrage ne dépassant pas la demi-heure, "Haze" atteint cinquante minutes sur sa version dvd : la version courte faisant ainsi partie d'une anthologie de courts-métrages tournée en DV, "Digital Short Films by Three Filmmakers", où Tsukamoto est rejoint par Sogo Ishii et Joon-ho Bong.
C'est évidemment la version director's cut (la plus longue donc) qui est critiquée ici.



"Haze" est le genre de film fait pour le cinéma, le lieu parfait pour retranscrire toute la claustrophobie qui suinte de part et d'autre de cet Ovni malade et éprouvant. Alternative extrême de "Cube", rappelant même un peu l'hallucinant "Corridor", le film de Tsukamoto tient cependant du jamais vu sur bien des aspects, se disputant le prix du film le plus claustro de l'histoire avec le tout récent "The descent".
Acteur décidément très actif dans le cinéma nippon actuel, Tsukamoto incarne lui-même le personnage principal, goûtant amèrement aux pièges réservés par cette mystérieuse structure cauchemardesque, dont on ne saura strictement rien (et dont je souhaite vous en apprendre le minimum).
Une nouvelle vision de l'enfer ? Une métaphore sur le monde urbain terrassant ? Mystère…



C'est peut-être là la faiblesse du film : à savoir une dernière partie confuse et tout de même assez "autre" qui apprendra hélas peu de choses au spectateur. Ceux qui adorent se trifouiller le cervelet y trouveront sûrement un intérêt certain et y débusqueront peut-être la clef de cette aventure terrifiante…peut-être.

On se rassurera cependant sur les nombreux grands moments que réserve le moyen-métrage : tantôt allongé, tantôt debout, le pauvre héros se retrouve par exemple littéralement collé à un long tuyau d'acier, l'obligeant à longer le mur, les dents accrochées au morceau de fer interminable et rouillé. Attention, ça fait très mal…



Surgissent également des hallucinations quasi-lynchiennes, et quelques visions hystérico-sanguinolentes typiques de son auteur, lorsque le héros assiste impuissant à un massacre perpétré par on ne sait quelle force, étrange ballet de barbaque et de corps poisseux, se tordant de douleur dans les ténèbres de ce labyrinthe de métal et de béton.

Le Cronenberg nippon est bel et bien de retour !