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Réalisation
Jean Rollin

Scénariste
Jean Rollin

Date de sortie
1972

Genre
fantastique poetique

Tagline


Cast
Françoise Pascal
Hugues Quester
Natalie Perrey
Mireille d'Argent


Pays
France

Production


Musique
Pierre Raph

Effets spéciaux



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Moyenne: 4.3
(4 votes)
Lors d'un repas de mariage, un homme tombe sous le charme d'une jeune fille. Ils se revoient le lendemain pour un pique-nique et une idylle naît entre eux deux. Voulant trouver un endroit calme et reposant, le garçon emmène la fille dans un gigantesque cimetière. Ne voyant pas le temps passé, nos deux tourtereaux se retrouvent enfermés dans cet endroit dédié aux morts. Une longue nuit commence alors pour eux…



Cinéaste atypique, un peu anarchiste sur les bords, déclarant ouvertement qu'Orson Welles n'est qu'un sous-expressionniste et qu'Alfred Hitchcock est loin d'être un dieu, spécialiste du courant "érotico-vampirique" en France, écrivain, Jean Rollin ne laisse pas indifférent. Souvent rejeté par les autres réalisateurs, critiqué et malmené par les spectateurs, pour qui son cinéma n'est prétexte qu'à dévêtir les actrices. Cette accusation n'est d'ailleurs pas totalement non fondée, Jean Rollin ayant toujours déclaré son amour pour les belles femmes dénudées et laissait entendre que le métier de réalisateur lui permettait en plus de les filmer.

Mais cantonner Jean Rollin à ces simples accusations serait faire l'impasse sur les qualités certaines de la plupart de ses œuvres de genre fantastique. Parce que si le but principal de son cinéma n'était que de filmer des nanas déambuler devant la caméra à poil, il se serait contenté de faire des films pornographiques, comme il y en a tant dans sa filmographie.

Les films fantastiques de Jean Rollin répondent souvent aux mêmes critères : Budget réduit. Amateurisme des acteurs. Rythme lent, voir lancinant. Ambiance gothique, avec utilisation de châteaux, de cimetières. Photographie souvent très belle, participant à créer l'ambiance d'étrangeté dans laquelle baignent ses films. Et surtout une notion de poésie que ses détracteurs peinent à lui accorder.

Cette notion de poésie, elle est pourtant bien présente dans ses films, et surtout dans celui qui nous intéresse ici : "La Rose de Fer". Amateurs de blockbusters américains, de films au rythme trépident, de scénarios machiavéliques, passez votre chemin, vous ne trouverez pas votre bonheur dans "La Rose de Fer". Amateurs de lecture romantique dans des cimetières, fans de Baudelaire ou d'Egar Poe, amoureux de films contemplatifs où il ne se passe quasiment rien, venez avec nous découvrir "La Rose de Fer". Vous ne le regretterez pas.



A l'origine du scénario de "La Rose de Fer", on trouve un écrit de Jean Rollin lui-même, une nouvelle intitulée "La nuit du Cimetière" et parue dans le magazine L'Impossible numéro 11. A la lecture du résumé de l'histoire, on conviendra que le scénario est d'une simplicité à toute épreuve. Un couple d'amoureux se retrouve enfermé pour la nuit dans un cimetière. Point. Aux spectateurs de se demander ce que va pouvoir nous montrer Jean Rollin sur une durée d'une heure et vingt minutes. Va-t-il y avoir des phénomènes surnaturels dans ce cimetière ? Des morts-vivants peut-être ? Des vampires cachés dans des cryptes ? Au risque de vous décevoir, vous ne trouverez rien de tout ça dans le film !

Comme je vous le disais, "La Rose de Fer" est avant tout un film poétique. La poésie surgit grâce aux décors, bien réels, de l'intérieur du cimetière. Un cimetière absolument splendide, aux pierres tombales de différentes formes, de différentes tailles, entourées d'arbustes et de statues (bien souvent des chérubins) vieillies par le temps, ainsi que par des clôtures en fer forgé, où s'entremêlent des ronces et des feuillages. Le cimetière, personnage à part entière du film, devient, une fois la nuit tombée, un microcosme coupé du reste du monde, véritable labyrinthe pour nos deux amoureux qui ne parviennent pas à trouver le chemin les menant vers la sortie, tournant et retournant sur eux-mêmes, retrouvant sans cesse les mêmes endroits, comme cette crypte dans laquelle ils ont choisi de consumer leurs brûlants désirs.

Le fantastique provient également du cimetière, car les deux héros se retrouvent absolument seuls une fois la nuit tombée et le temps semble s'arrêter. Cette impression est renforcée par la manière de filmer de Jean Rollin. Tout est lent, et le réalisateur s'attarde longuement sur les actions des personnages, sur leurs étreintes, sur leurs poursuites amoureuses dans les allées du cimetière mais également sur les pierres tombales, les cryptes, les statues. On a l'impression d'être dans un lieu intemporel, où toute sortie se révèle impossible.

On notera également lors des scènes de jour que ce lieu accueille des personnages pittoresques, comme ce clown venu déposer des fleurs sur la tombe d'un autre clown (on le devine au chapeau blanc bien connu des enfants et des grands). Le personnage du clown est un élément récurrent dans le cinéma de Rollin, on le trouve dans de nombreux films, comme "Requiem pour un vampire" ou "Les démoniaques" par exemple.



Le cimetière semble également avoir une sorte de pouvoir surnaturel, qui va s'exercer sur la jeune femme, jouée à merveille par la séduisante Françoise Pascal, qu'on reverra par la suite dans un autre film de Rollin, "Les Raisins de la Mort". Réticente au départ à entrer dans ce lieu funeste et reposant, ne voulant pas descendre dans la crypte, paniquant lorsqu'elle se rend compte qu'ils sont perdus et ne parviennent pas à trouver la sortie, son comportement se met à changer au fur et à mesure de leurs pérégrinations. Petit à petit, c'est elle qui trouve l'endroit charmant, c'est elle qui prend son temps, qui observe les stèles, qui demande à rester, qui cherche à savoir pourquoi son amoureux est désireux de quitter cet endroit, de "rejoindre les autres". Les comportements des deux protagonistes s'inversent et augmentent l'atmosphère onirique du film. On en arrive même à se poser des questions sur la jeune femme : est-elle en fait un fantôme, une âme errante qui ne pourrait plus quitter sa crypte et dont les murs du cimetière seraient sa prison ?

Le cimetière a également une influence sur le jeune homme. Amoureux transi au départ, il en vient à devenir violent envers sa dulcinée, à se disputer pour de futiles raisons, à la frapper. D'un personnage détendu, calme, il devient énervé, criard, stressé par le comportement étrange de son amoureuse, comportement qu'il ne parvient pas à s'expliquer, comme lors de la scène où elle se saisit d'un crâne et le porte à son visage comme un masque. Sa peur de la mort, elle l'a transférée à son compagnon, et elle s'est découverte une attirance morbide pour ce lieu et ce qui l'entoure.

On peut réellement penser que la rationalité a quitté la personnalité de la jeune femme au cours de cette longue nuit. S'est-elle fait posséder par un esprit, une âme perdue ? On ne le saura pas, mais le sort qu'elle réserve à son amoureux, sans éprouver la moindre émotion, trouvant même cela normal, nous fait nous poser la question. Un sort tragique, où elle va l'enfermer dans la crypte et déposer une rose de fer sur les portes du tombeau, portes qui laisseront s'échapper les cris du malheureux, manquant de plus en plus d'oxygène.

L'idée que la jeune femme appartient désormais totalement au cimetière est renforcée par la scène finale, où elle-même, alors que le jour s'est levé et que les portes se sont ouvertes pour laisser entrer les visiteurs, décide de s'enfermer dans cette crypte, telle une Juliette allant retrouver son Roméo dans la mort.



Ah oui, petite précision pour les fans de filles dénudées et de gore : niveau hémoglobine, c'est le zéro absolu. Niveau filles nues, vous verrez l'actrice entièrement nue se promener sur la plage de Dieppe, lieu fétiche de Jean Rollin. Mais ces visions érotiques sont vraiment très minimes et risqueront même de décevoir les fans du réalisateur venus dans le seul but de pouvoir reluquer des seins ou des paires de fesses.

"La Rose de Fer" est donc une sorte de voyage poétique au bout de la nuit pour deux êtres qui se sont fait attraper par l'envoûtante atmosphère du cimetière. Un voyage amoureux, qui se clôt à la manière d'une tragédie.

Bien sûr, comme énoncé plus haut, le rythme du film fera que bon nombre de spectateurs n'adhéreront pas à sa vision et compareront "La Rose de Fer" à un puissant somnifère. Mais les amateurs de poésie morbide, de macabre, d'ambiance gothique et onirique y trouveront largement leur compte. Personnellement, j'ai été envoûté par ce beau film, à l'atmosphère poétique vraiment poussée, qui n'a rien d'un film d'horreur ou d'épouvante, et qui vous berce de belles images.






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