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" The Slaughter " ou comment verser dans l'humour potache en s'inspirant (librement) des écrits de Lovecraft. Une bande de six jeunes retape des maisons pour gagner de quoi payer les frais de scolarité exorbitant d'une quelconque faculté américaine. Cette fois la bicoque est dans un sale état, et recèle une étrange atmosphère. Pour ne rien arranger, le propriétaire des lieux et sa secrétaire sont là pour chaperonner les apprentis ouvriers. En mettant de l'ordre dans la cave, l'un des amis trouve le Necronomicon accompagné d'un carnet de note permettant d'en déchiffrer le contenu. Bien sûr un des six brillants post ados trouvera intelligent de lire la chose à haute voix. Et devinez quoi ? Des faits paranormaux vont commencer à se manifester dans la maison, annonçant l'arrivée de Chtulha, la démone (qui accessoirement se promène passablement dénudée – dis m'dame la démone, c'est des faux tes nichons ?). Comment faire quand on est jeune et con, et qu'on vient de déclencher la plus puissante malédiction du monde ? Les six compères réussiront-ils à empêcher la réalisation des rites d'invocation ? Ah les jeunes, ils ne comprennent vraiment rien à la vie.



Fans de Lovecraft, ce film n'est pas pour vous. Ou alors seulement pour les plus tolérants d'entre vous, ceux dont le cœur et l'esprit ont été blindés par des années d'entraînement à l'autodérision.
Ami adolescent boutonneux, dont la seule vue d'un scooter suffit à t'émouvoir et à gonfler de fierté ton slip trop grand, ce métrage est pour toi. Si en plus tu penses que Scary Movie et American Pie constituent les meilleures franchises que le septième art ait enfantées, alors tu es ici en terrain connu. Sache aussi que la brigade de contrôle du savoir vivre cinématographique vient d'être contactée, et qu'elle sera à ta porte d'ici… Ah, ça y est.

The Slaughter commence comme un film d'horreur classique, tous les éléments étant rassemblés pour. Les six jeunes décérébrés, leur infâme patron et sa secrétaire idiote, la baraque croulante où ont eu lieu quelques meurtres irrésolus, et un livre d'incantation. L'indice qui devrait mettre la puce à l'oreille (ou le doigt dans l'œil, c'est selon votre goût) est l'aspect outrageusement caricatural des protagonistes en présence. Jay Lee a travaillé ses stéréotypes, et ça se sent. De l'intellectuel révolutionnaire (sorte de Che en culotte courte dopé à l'informatique et à la culture déviante), au couple de crétins enivrés d'hormones sexuelles, prêt à sauter tout ce qui bouge, en passant par le gentil couple raisonnable-bien-comme-il-faut. Sans oublier, l'immanquable drogué de service, toujours là pour faire rire.

A la vue d'un groupe pareil, je me demande réellement si j'ai raté ma jeunesse, où si ce n'est qu'aux Etats-Unis que les groupes d'amis sont systématiquement composés de la sorte.



Le problème avec les stéréotypes c'est que bien souvent, ils sont infects, et le spectateur peut s'en sentir rabaissé. A force de se faire servir la même daube indigeste, le public finit par être écoeuré, voir par vomir de dégoût comme c'est ici le cas.
Heureusement que ces crétins en prennent très cher pour leur grade, de façon totalement gratuite. Il est indiscutablement présent de voir des étudiants stéréotypés de la sorte se faire maltraiter par les forces du mal, non sans un certain humour. De ce fait Jay Lee ne se prend absolument pas au sérieux, et se moque non des films de genre, mais plutôt de leurs parodies serviles et inutiles. Il se permet même d'aller jusqu'à citer Star Trek ou le Magicien d'Oz et de faire un petit clin d'œil politique.

Se voulant hautement référentiel et destiné à un public plutôt jeune, The Slaughter se lance dans un découpage dynamique de l'action. Pour donner un coup de fouet au tout, la bande son se permet quelques incursions bienvenues dans le Punk et le Metal.
Pour toutes ces raisons, et pour ses sorcières à la plastique de rêve, impossible de ne pas penser au film "Le couvent" de Mike Mendez ! Seule différence, Jay Lee s'en sort beaucoup moins bien que son aîné.

Peut-être le cinéaste a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre lors de l'écriture du métrage. Du coup, le résultat final sent le bricolage à deux sous. Toutefois, ne crachons pas dans la soupe, l'ambition et la persévérance du réalisateur devraient lui permettre de ne pas s'arrêter là. D'autant plus que l'on ne peut pas retirer au film d'être drôle – cela bien que l'aspect parodique soit plutôt douteux au cours du premier quart d'heure.



Ainsi, la première chose qui dérange à la vision de The Slaughter c'est son aspect vidéo. En effet le piqué de l'image est particulièrement insipide et renvoie trop souvent à un mauvais téléfilm. Or le sujet traité ne s'accommode pas de ce format bancal et inesthétique. Pour ne rien arranger, les trucages numériques sont souvent aussi foireux que la couche d'un enfant en bas âge nourrit au flageolet. Autant dire que ça colle aux bords ! L'exemple le plus flagrant est le gommage en post-production des tétons de l'actrice incarnant Chtulha. Le résultat est parfaitement hideux, et l'est sûrement outrageusement plus que les dits tétons de l'actrice sus citée.

Ce ratage est d'autant plus vexant, que certains effets digitaux sont parfaitement maîtrisés, et en mettent plein la vue. Et pour redonner un peu de crédit à l'aspect formel de The Slaughter, il faut avouer que la photographie de certaines séquences est particulièrement belle.
En effet la scène du bain est impeccablement éclairée, et est une belle réussite esthétique à elle toute seule.



Jay Lee est une personne qui, à n'en pas douter, est adepte du cinéma de genre. En effet les références qui parsèment le métrage sont parfois peu évidentes, et ne se contentent pas de verser dans la gaudriole stupide en s'acharnant à attaquer les poncifs du genre. J'en veux pour preuve, une conversation particulièrement délectable sur comment tuer un zombie, en fonction de s'il est de l'ancienne école (George "Zombie" Romero) ou plutôt de la nouvelle vague (Zak "L' armée des morts" Snyder).

C'est d'ailleurs par là même que le métrage pèche : trop référencé pour ne s'adresser qu'au béotien, mais trop adolescent pour s'adresser au fan pur et dur. De même pour l'usage de Lovecraft en référence principale, elle sera probablement trop irrévérencieuse envers les travaux du maître pour attirer les adeptes de ses écrits.

Un métrage qui s'avère donc trop ambitieux et maladroit, mais qui fonctionne pourtant, bon gré, mal gré. A réserver à ceux qui veulent se marrer en regardant des jeunes se prendre une hilarante raclée par une démone lubrique et assoiffée de sang.
Une petite rareté, à voir par curiosité, car celui là, je suis sûr Chtulha jamais vu !








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