RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5
(1 vote)
"Homme. Femme. CISEAUX." annonce le poster de Nowhere Man, barbouillé de citations élogieuses des plus grands quotidiens américains. Conrad et Jennifer forment un jeune couple modèle. Ils s'aiment, et justement lui, vient de faire sa demande en mariage à sa jeune future épouse. Le lendemain, sur le paillasson, une cassette vidéo rouge. Le jeune homme l'insert dans son magnétoscope, et toute sa vie s'écroule. Sur la VHS, un film porno dans lequel sa femme a tourné quelques années avant de le connaître. Pour lui, il n'est plus question de mariage, ni même de vie commune. Il tente de faire sortir Jennifer de sa vie, mais celle-ci persiste. Porté par la rage, il la viole à même le sol avant de lui sommer pour la énième fois de disparaître. Pour la jeune femme s'en est trop. Un soir, elle s'introduit dans la maison, et alors que Conrad dort, elle lui coupe le pénis et s'enfuit avec. Pour lui, il n'est pas question de vivre sans pénis, et la seule greffe envisageable, est celle de son propre membre.



Nowhere Man n'est pas qu'un film de plus à la filmographie de la délicieuse Debbie Rochon, icône féminine du cinéma indépendant. Il s'agit avant tout d'un thriller habile, grinçant et surtout déjanté.

Ici il n'est question de sauver personne, ni de résoudre des énigmes tirées par les cheveux. Le héros s'est tout simplement fait amputer de son pénis, et part à sa recherche, assoiffé de vengeance. Malgré son héros castré aux ciseaux, le film est un thriller couillu, un véritable hard boiled.

Tous les éléments nécessaires à un métrage de qualité sont rassemblés. L'intrigue est épaisse, et offre de multiples zones d'ombre à découvrir. Le scénario donne un véritable volume au métrage, que l'on aime le style ou non, il est d'une efficacité indéniable. Non content d'être palpitant, Nowhere Man jette au passage une pluie de vitriole sur le format linéaire qu'est le thriller.
Usant et abusant des poncifs du genre, il s'en sert pour pousser les murs étroits du genre. En effet, le ton est définitivement acide, sans pour autant sombrer dans le grotesque. Le pitch décalé annonce la couleur à lui tout seul ; nous en reparlerons au cours de la présente analyse.



Le développement scénaristique n'est pas le seul élément éloquent du métrage. La présence de Debbie Rochon est à elle seule un gage de qualité. En effet la belle est, ce que l'on pourrait appeler, une activiste du cinéma alternatif indépendant. Non contente, de produire, scénariser, jouer, elle est aussi rédactrice à Fangoria Radio. Une pierre angulaire du genre.
La belle s'est consacrée toute entière à sa cause, et tous les projets auxquels elle participe s'en ressentent. Sa présence apporte, en plus d'un crédit indéniable, une certaine spontanéité. En effet Debbie Rochon semble tout prendre très à cœur, et agir en conséquence.

La suite du casting n'est pas en reste. Ainsi Michael Rodrick campe un homme dépouillé de ce qu'il avait de plus cher, avec une énergie, et une justesse admirable. Sa prestation transpire la haine, sa tension en est presque palpable. Le point fort de l'acteur est, au-delà de son physique altier, ses expressions de visages, toutes délectables.
Aussi à l'affiche un acteur porno qui incarne un acteur porno, un véritable rôle de composition. Et pourtant, là encore pas de faute de goût, l'homme joue aussi bien que son sexe est réputé gros. Son look gangsta-rap ne fait que renforcer le charisme de son personnage, en lui conférant un côté mauvais garçon touchant.

Et puis il y a Lloyd Kaufman qui campe un sexologue. Il ne fait qu'une apparition dans Nowhere Man, mais la prestation du père de la Troma, est à son image : déglinguée et énergique. Il n'est nullement étonnant de le voir ici, l'homme qui prit Debbie Rochon sous son aile dès ses débuts, celle-ci lui renvoie l'ascenseur. En outre Lloyd est passé maître des seconds rôles dans les séries B.



Tim McCann nous sert un métrage à la réalisation transparente. L'homme a filmé sans briser les cadres, s'en tenant à une mise en scène plus efficace qu'originale. En effet on n'est jamais très loin de "8 mm" et autres thrillers légèrement plus agressifs que la moyenne. C'est particulièrement flagrant lors des champs / contre champs montrant le visage de l'homme se décomposant et le film qu'il regarde.

Heureusement, le métrage de McCann ne s'arrête pas là, y injectant un humour acide. Nowhere man c'est aussi, et surtout un film pertinent et drôle sur la communication entre les sexes. Les deux partis en prennent pour leur grade, déformés par des protagonistes caricaturaux. Les traits sont certes grossis, il n'en demeure pas moins que les tares essentielles et propres aux deux sexes sont là. Le réal nous les secoue sous le nez, nous montrant tel le cul ravagé d'hémorroïdes d'un chimpanzé honteux, combien femmes et hommes sont différents… et ne se comprennent pas.

Pour Jennifer l'amour est au centre de sa relation, alors que pour Conrad l'honneur et la virilité entre très fortement en ligne de compte. Dès lors qu'il apprend que son ex-future-épouse a tourné des pornos, tous ses sentiments s'effacent, et il est offusqué, blessé dans son amour propre. La jeune femme pour se venger de l'humiliation porte atteinte directement à la virilité de son compagnon, frappant donc là où ça fait le plus mal.



Nowhere Man, c'est un peu "Les homme viennent de Mars, et les Femme de Vénus" porté à l'écran par un David Fincher fauché et ayant abusé de cigarettes qui font rire. Le propos est tellement acide, et critique des relations homme/femme, qu'il ne manquera pas de faire mouche. Le message colporté par le film semble être le suivant : "Femme calme tes ardeurs, et cesse d'être mesquine, quant à toi, homme, apprend donc à modérer ton amour propre et à assouplir ta prétendue virilité."

Une belle leçon de chose, menée de main de maître par Tim McCann, qui a monté, réalisé et écrit le métrage. Au final, Nowhere Man s'avère un divertissement diablement efficace, qui n'a pas oublié d'être intelligent. Et pourtant il manque un petit quelque chose, et pas seulement entre les jambes du héros. Le métrage ne part probablement pas suffisamment en couille, ce qui est un comble pour une histoire de "course au pénis." Toutefois, il serait dommage de rater cette série B de très bonne facture.








Du même réalisateur :