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Réalisation
Fernando Arrabal

Scénariste
Fernando Arrabal

Date de sortie
1973

Genre
insolite

Tagline


Cast
George Shannon
Hachemi Marzouk
Emmanuelle Riva
Marie-France


Pays
France

Production


Musique


Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(3 votes)
Recherché pour le meurtre de sa mère, Adan se réfugie dans le désert pour échapper aux forces de l'ordre. Il y rencontre Marvel, petit homme au physique ingrat vivant seul dans cette immensité de sables, en compagnie de ses chèvres. Profondément pacifiste, rieur et même doué de pouvoirs magiques, le nain devient le meilleur ami de cet homme civilisé, qui souhaite à présent lui montrer son monde : la ville.



On ne remerciera jamais assez Cult Epics d'avoir pu sortir les trois premiers films de Fernando Arrabal du néant, et ceci en Zone All et avec leur piste française d'origine (autant mettre une croix sur les VHS françaises, quasi-introuvables). Pas besoin donc d'attendre une éventuelle sortie chez nous : tout est mit en œuvre pour qu'on puisse les découvrir sur n'importe quel lecteur de salon…et sans être spécialement anglophone !




Loin des retombées de la guerre civile Espagnole, Arrabal nous livre avec "J'irai comme un cheval fou" une œuvre infiniment plus légère et plus "comique" que "Viva la muerte", ce qui ne l'empêche pas de conserver sa verve trash et son imaginaire aussi répulsif que fascinant.
On retrouve une fois de plus cet anticléricalisme latent, un intérêt certain pour la passion oedipienne et violente du héros pour sa mère (allant sans doute plus loin que dans "Viva la muerte") et ce déferlement de visions barbares et scatologiques, sans doute héritées d'un certain Topor (avec qui il avait fondé le mouvement Panique).

Ce sont les informations d'un JT imaginaire, ou presque, qui ouvrent le film : famine, avancées technologiques effarantes, marée noire, fait divers sordide ; plus loin, Arrabal nous dresse le portrait d'un monde moderne délavé, pollué, surpeuplé.
Aujourd'hui, rien n'a changé. Glauque…



Ledit fait divers sordide, c'est le meurtre d'une femme par son propre fils, Adan, sans doute trentenaire, apparemment vieux garçon. A bord de sa Jeep, il part se cacher dans le désert avant de retrouver la civilisation avec un nouvel ami sur les bras : Marvel, mystérieux "homme-enfant" ne connaissant rien de notre monde.
Norman Bates des villes, Adan semble avoir vécu une enfance dès plus malsaine auprès de sa mère ; chose que le spectateur sera amené à comprendre au fil de l'histoire par des scénettes "so shocking". Le procédé était alors identique dans "Viva la muerte", sauf qu'ici aucun effet vidéo quelconque ne vient troubler ces séquences hésitant entre fantasmes, cauchemars et souvenirs. Le poète fou n'y va pas de main morte avec castration d'enfant en gros plan, éjaculation faciale, verge brûlée, langue arrachée ou cloutée, nécrophilie, gamin fusillé…
Avec un maelstrom d'horreurs pareilles, le film passera forcément un sale quart d'heure auprès de la censure : bien que selon Fernando Arrabal, Jacques Duhamel – alors ministre de la culture à l'époque – avait adoré le film !

Ce n'est d'ailleurs pas l'affiche qui contredira le caractère sulfureux du film : "La commission de contrôle a le devoir d'avertir le public que les thèmes de ce film sont symbolisés ou illustrés par des séquences de pornographie, de scatologie, d'atrocités physiques et mentales". Ça vaut encore pour aujourd'hui, quoiqu'on se demande bien où ils sont allés chercher de la pornographie !



Nombreuses, ces "visions" ont une portée fortement symbolique, pas bien compliqué à dégager d'ailleurs : mère castratrice, mort de l'enfance, relation amour/haine…
Playboy à l'esprit torturé, Adan ne connaît aucune relation stable avec les rares femmes traversant le récit, faisant resurgir des pulsions particulièrement violentes. Misogyne, peut-être homosexuel, ce n'est pas l'amitié qui le lie à Marvel, mais bel et bien l'amour avec un grand A, bien que les deux personnages ne s'uniront jamais sexuellement parlant. Arrabal se complaint à escamoter cet image de jeune homme bien propre sur lui, le faisant commettre des actes déplacés ou allant jusqu'à lui faire porter des sous-vêtements féminins : on ne saura que peu de choses cependant à propos de Marvel, nabot immortel propulsant le névrosé dans une série d'aventures picaresques.

Autre élément majeur de "J'irai comme un cheval fou" : l'opposition entre le monde urbain, mortifère (visions de squelettes, de chat mort ou de poule décapitée gisant sur le sol), irrespectueux vis-à-vis de la nature (arbre coupé, consommation d'animaux morts, pollution…), quasi-déshumanisant (religion et société, source d'étouffement et de tourments) et le monde de Marvel, la nature dans toute sa splendeur.
Arrabal va jusqu'à conclure dans le gore le plus cradingue possible, avec l'une des plus impressionnantes scènes de cannibalisme de l'histoire du cinéma. Très surprenant.
Un poème déjanté et grandiose, et sans aucun doute ce qu'Arrabal fit de mieux avec son "Viva la muerte". Hautement recommandable pour les amateurs de surréalisme donc, mais à ne pas mettre entre toutes les mains.








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