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Réalisation
Andrey Iskanov

Scénariste
Andrey Iskanov

Date de sortie
2006

Genre
insolite

Tagline


Cast
Igor Anikin
Alexandra Batrumova
Yukari Fujimoto
Andrey Iskanov...


Pays
Russie / Etats-Unis

Production


Musique
Alexander Shevchenko

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 5
(8 votes)
Voilà la seconde offrande de la filmographie officielle d'Andrey Iskanov. Après avoir reçu une bonne claque avec "Nails", voici de quoi vous achever : vous n'avez encore rien vu. Le scénario. Là, ça va poser problème dans la mesure, où en ce qui me concerne je n'ai pas retenu grand-chose du scénario. Vous comprendrez pourquoi, à mesure de votre lecture de la critique. Le personnage principal fait des cauchemars dès qu'il se met à pleuvoir. De violents fantasmes qu'il ne comprend pas totalement. Son téléphone étant hors service, il va chez son voisin pour lui demander s'il peut appeler le réparateur de chez lui. Le vieil homme, suspicieux, finit par le laisser rentrer. Il le mettra alors en garde. Des démons, aussi appelés vampires, peuvent passer la frontière entre leur monde et la réalité, lorsqu'il pleut. Ils pénètrent alors dans l'inconscient des endormis pour les arracher à ce monde, et les traîner dans le leur. Va alors se mettre en place un terrible marathon contre le sommeil. Il vaudrait mieux ne pas s'endormir, ce serait la mort assurée...



En découvrant "Nails", je découvrais aussi Andrey Iskanov, un cinéaste russe à l'incroyable talent. Celui-ci semble en effet capable de parler directement avec des parties inconscientes de son public grâce aux visions fantasmagoriques qu'il réussit à mettre en image.
"Nails" m'avait donc paru très brutal, visuellement et psychologiquement parlant. Un film qui parlait directement à mon corps, sans vraiment s'embarrasser de communiquer avec mon intellect. Pour Andrey, il ne s'agissait que d'un échauffement. Le bonhomme se crachait simplement dans les mains, se préparant à nous coller une violente torgnole, une de celles qui décollera vos rétines, et fera tomber vos méninges dans le fond.

Ainsi, Visions of Suffering va au-delà de l'horreur expérimentale, et offre au spectateur exactement ce qui lui est promis : des visions de la douleur. Des images violentes qui se frayeront un chemin tout droit là où ça fait mal. Pourquoi ? Parce que la plupart d'entre elles ne sauraient être interprétée immédiatement. Le schémas que suit le film est le suivant : il présente des images qui, à première vue, n'ont pas de signification, mais qui mises bout à bout ne forment rien d'autre qu'un cauchemar de deux heures. Deux heures bien éprouvantes pendant lesquelles on se fait tabasser les mirettes à coup de marteau pilon surréaliste, tout droit sorti de vos pires cauchemars.

Par conséquent si vous êtes une âme sensible, sujet à des vertiges ou épileptique, évitez de vous infliger cette bobine russe, ça pourrait vous faire du mal.



Le principal reproche que l'on pourrait émettre à l'encontre de Visions of Suffering, est la présence d'une séquence dans une boîte de nuit quelque peu difficile à regarder. Au delà de son contenu parfaitement halluciné, le réalisateur a choisi d'y appliquer un effet de stroboscope, particulièrement désagréable pour votre rétine. La scène n'étant pas brève, je me suis retrouvé avec les deux yeux larmoyants, ce qui est loin d'être appréciable (sauf pour les aquariophiles oculistes, et vice-versa).

Le reste du métrage est lui aussi découpé de façon très vive, très rapide, mais avec beaucoup de fluidité. La scène de la boîte de nuit semble donc être un faux pas anecdotique dans le métrage. En résulte donc une succession de plans hallucinants d'une efficacité redoutable. L'effet est tel que le film semble se muer en une sorte de sulfateuse cinéphilique, immense machine de guerre fantasmagorique.
Le problème, et il n'est pas des moindres, est l'aspect belligérant de la chose. Visions of Suffering vous rentre clairement en pleine face, et n'a de cesse que de vous lessiver deux heures durant. Il réussit à forcer le spectateur à sombrer dans un délire psychotique si total que ç'en est presque angoissant. Ses images finissent par vous hanter, tant et si bien que vous y reviendrez immanquablement une seconde fois. Plus peut-être.

En ce qui me concerne, les trois visions du film n'ont pas suffi à m'en lasser, ni à me satisfaire.



Si le film marche si bien, c'est – évidement – grâce à l'immense talent du cinéaste russe. Il a su trouver le point de rupture entre vision et suggestion. Le spectateur interprète plus qu'il ne voit.
Pas uniquement du fait de la rapidité de certains plans, mais plutôt de par l'aspect hautement fantasmatique de ce qui se déroule à l'écran. Tout est distordu, étrangement complexe, et pourtant nul besoin d'explication.
Le secret, c'est que Andrey Iskanov nous entraîne dans les méandres de son esprit, indéniablement tordu. Visions Of Suffering pourrait être issu des sécrétions acides d'un cerveau malade. L'un des amateurs de cet OVNI russe ira même jusqu'à dire que ce métrage est comparable à l'expérience qu'il a eue des substances psychotropes.

De fait, les visions de souffrances sont assez fulgurantes. L'imagination du cinéaste est débordante pour vous torturer l'esprit, jusque dans la post production, lors de l'application de filtres déformants. C'est principalement l'usage de filtres de couleurs qui frappe la vision. L'image tend très fortement vers les sépias, lors de certaines hallucinations. Au delà de ce traitement, dans le cinéma d'Andrey Iskanov, l'usage d'incrustation est légion. Ainsi le premier plan est régulièrement détaché des autres (un visage, un objet couvre soudainement le champs visuel du spectateur).
Il en est de même pour cette pluie rajoutée à l'aide d'un filtre (on retrouve ce filtre sur les logiciels de montage grand public). Elle voile l'image de manière fort étrange. Dans tout autre film elle aurait été qualifiée de faute de goût, pas ici. Elle ajoute une touche supplémentaire à la surréalité ambiante.



Comme tout métrage expérimental qui se respecte, la musique va de paire avec les images. Les notes se font tour à tour violentes et planantes, mais ne s'écartent jamais de l'étrange, utilisant parfois des sonorités glauques à souhait. Etant donné le budget du film, c'est de l'électro qui rythme le tout. Le résultat est bluffant, et la symbiose est parfaite entre les images et la bande originale.

Voilà donc une sacrée surprise, tout particulièrement pour ceux qui ne connaîtraient pas le travail du maître. Plus mature, plus douloureux et deux fois plus long que Nails, Visions of Suffering est à voir absolument. Excepté la scène au stroboscope, c'est un quasi sans faute. Sa densité nécessite plusieurs visions, ce qui peut être un bémol pour ceux qui manquent de temps, ou qui n'ont pas envie de se prendre la tête pour s'arracher les cheveux. Les grincheux pourront encore la ramener et dire que c'est parfois un peu serré niveau budget. Certes, ce n'est pas une superproduction, mais quel talent pour nous jeter de la poudre aux yeux.

Si Hollywood était capable du quart de ce que Andrey Iskanov réussit haut la main, les esprits des spectateurs seraient alors très violements maltraités ! Ne rêvons pas, ce n'est pas encore pour tout de suite.