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Nous sommes dans les années 80, des meurtres atroces envers la communauté homosexuelle sont commis à Los Angeles et Jack, l'assassin, semble éprouver un malin plaisir à observer aux jumelles les flics découvrant les corps de ses victimes cruellement torturées et souillées dans des terrains vagues. Raymond Vates, un jeune agent fraichement nommé au poste d'inspecteur de police, est chargé de l'enquête et doit pour ça, faire équipe avec Tom Ellis, un vieux briscard à qui on ne la fait pas et assez peu enclin à la venue du petit bleu. Au fur et à mesure que les indices s'accumulent et que l'enquête progresse, on apprend que Raymond devient volontairement Ramon la nuit, quand il va draguer des mecs dans les bars. Une fois la relation inéluctable consommée entre Jack et Raymond ayant fini par se rencontrer, un étrange jeu du chat et de la souris s'instaure entre eux. La souris va-t-elle se faire manger ?



Sur la jaquette du DVD distribué par nos amis du Chat qui fume, on peut lire : "Plus perturbant et malsain que Seven et Le silence des agneaux réunis" dixit William Friedkin himself. Effectivement, presque 30 ans après son "Cruising" qui, à l'époque, avait fait couler beaucoup d'encre, et auquel on a longtemps comparé le long métrage de John Huckert, on comprend que le réalisateur, surtout connu pour "L'exorciste", se soit permis une telle remarque. Hard est vraiment un film choc avec sa dose de scènes glauques. Mais Hard serait, pour ma part, plutôt un condensé de "Cruising" et de "Henry, portrait d'un serial killer" avec une description glaciale et effrayante de l'univers d'un tueur en série opérant dans le milieu gay. La peinture de cet environnement est d'ailleurs froide, clinique, comme la sécheresse d'un diagnostic médical. D'une précision horrible donc…

Ayant vu et le film de Friedkin et celui de Huckert et les ayant adorés tous les deux, je serai souvent amené au cours de cette chronique à les mettre en parallèle, sans jamais en critiquer un plus que l'autre. Même s'ils paraissent semblables, puisque tous deux tirés de faits réels quasi identiques (entre 1973 et 1979 plusieurs crimes analogues dans le milieu gay ont été commis à New York pour "Cruising" et dans les années 80, la police de Los Angeles est incapable de mettre la main sur le coupable de meurtres sadiques et homophobes pour Hard), les deux métrages sont distincts dans leur traitement.



Si dans "Cruising", on devinait les intentions du tueur même si amenées de manière elliptique et si l'on ne connaissait pas l'identité du meurtrier au début, très tôt dans Hard, au contraire, on est mis au fait des choses. En effet, Jack est un trentenaire bien bâti, sûr de lui mais voilà il drague de jeunes lascars afin de les occire de manière atroce. Jack est un serial killer, mais est-il homophobe ? Il semblerait que non puisqu'il tue des hommes, de préférence jeunes, après avoir forniqué avec eux, bon la plupart du temps il les viole, surtout ! En revanche, on ne saura jamais quelles sont ses motivations. Mystère et boule de gomme. Ce manque de motifs explicites pour justifier les meurtres constitue un élément qui, comme dans "Henry, portrait d'un serial killer", n'enlève rien à la qualité du métrage. Hard comme son illustre ainé précité est un thriller sombre tourné avec une maestria rarement égalée dans le registre des films dits "malsains".

Si à travers "Cruising", on a dit que Friedkin avait fait un film pas très représentatif de la communauté gay de l'époque puisque la plupart des scènes avaient lieu dans le milieu sadomasochiste, dans le film de John Huckert, en revanche, le serial killer s'attaque à de jeunes prostitués rencontrés ça et là, à des types dragués dans des bars homos et autres auto-stoppeurs qui ont le malheur de croiser sa route. Autrement dit, ça fait plus réaliste et moins éloigné de notre environnement, du moins c'est beaucoup plus tangible que le milieu SM et ses hommes moustachus affublés de panoplies de cuir noir. Le serial killer est partout et n'a pas forcément besoin de lieu de prédilection pour commettre ses méfaits.

Si dans "Cruising" encore, un flic hétéro de base était missionné, moyennant avancement, d'aller enquêter dans le milieu gay tout en se faisant passer pour un homo, dans Hard il en va tout autrement. Le flic en question, ici, vient d'être récemment nommé à un nouveau poste, il mène une enquête sur la série de meurtres perpétrés par un tueur en série et surtout, il est gay, mais il n'a pas encore fait son coming out au sein de la profession. Et pour cause, les collègues de notre rookie sont plutôt homophobes et leur avouer qu'il a un faible pour les messieurs à moustaches constitue sa plus grande peur. Il faut dire aussi que le scénario s'inspire, comme on l'a précédemment signalé, de faits réels relatifs à des assassinats d'homos perpétrés à Los Angeles et devant lesquels les flics ont longtemps fermé les yeux en classant les dossiers sans suite. En clair, les keufs de LA ne sont pas des pédés mais plutôt l'inverse ! Il faut d'ailleurs voir comment réagissent les collègues de Raymond à son encontre après qu'il soit sorti de son placard pour s'assurer des sentiments qu'ils éprouvent face à la communauté homo !



Tourné pour un budget dérisoire de 100 000$ et financé par Huckert, le coproducteur John Matkowsky et l'un des deux acteurs principaux, Noel Palomaria, Hard a failli cependant ne pas voir le jour. En effet, plusieurs laboratoires ont refusé de développer le film qu'ils jugeaient trop pornographique et obscène. Les scènes d'embrassades entre hommes ont, à ce titre, été jugées plus choquantes que celles de crimes ! Ah, qu'est-ce que vous voulez, c'est ça le puritanisme américain ! Sous couvert de mœurs ascétiques, la contrée de l'oncle Sam censure à fond mais n'en demeure pas moins l'un des plus gros fournisseurs de films pornos à l'année ! Mais ces obstacles n'ont, malgré tout, pas empêché le film de se faire. Tourné en pas moins de 32 jours, celui-ci d'aspect pseudo documentaire lorsqu'il nous expose les usages et les procédures de la police, est criant de réalisme. La collaboration d'un agent du LAPD (police municipale de Los Angeles) en tant que conseiller technique y est sans nul doute pour beaucoup. D'ailleurs, petit clin d'œil de l'histoire, cet agent, Mitchell Robeson, qui a été l'un des premiers à avoir révélé son homosexualité à ses collègues, interprète un petit rôle de flic dans le film.

Même si le film ne lésine pas sur les scènes de violence (notamment un jeune homme torturé dans le repère du psychopathe que l'on peut voir sur la jaquette du DVD français) et de sexe (on pense, entre autres, à la fin d'une scène entre notre flic de service et un amant de passage où l'on voit un sexe en érection arborant une capote), pas mal de jeunes hommes pris en autostop sont torturés et assassinés hors écran, ce qui ajoute une tension psychologique intense et beaucoup plus que l'image, l'imagination faisant le reste.

Particulièrement sombre et réaliste, ce thriller est une réussite totale autant d'un point de vue scénaristique que psychologique. En effet, point de vue scénario, quatre mains s'y sont collées avec l'aide d'un consultant, ancien flic à LA, pour nous pondre un sacré pitch avec pour toile de fond une poursuite entre un jeune flic et un meurtrier, évoluant chacun de leur côté mais amenés à se rencontrer. Si d'un côté le tout récent inspecteur tisse peu à peu des liens d'amitié solides avec son partenaire bourru, tout en draguant les soirs de déprime, de l'autre, le psychopathe réussit à se fait héberger au sein de la famille d'un de ses amants dont il ne tardera pas d'ailleurs à peloter le jeune fils. Point de vue plus psychologique maintenant, la relation entre le flic et le tueur est extrêmement dérangeante. L'inspecteur éprouve un mélange d'attraction/répulsion pour Jack le psychopathe, à la fois mâtiné de désir, de frustration et de violence. A ce sujet, le film de Huckert nous rappelle "Le sixième sens" ("Manhunter") de Michael Mann où la symbiose entre le serial killer et le flic était palpable, mais nous fait aussi penser à "Furyo" de Nagisa Oshima dans lequel la relation entre la victime et le bourreau était également ambiguë. Toutefois, John Huckert va beaucoup plus loin puisque l'attirance entre les deux hommes se concrétisera par une scène de sexe bercée par une chanson de George Michael !

L'une des autres richesses de Hard, c'est l'habile alternance entre un vrai message social (l'homosexualité au sein de la police et la façon dont certains de ses membres y répondent) et une enquête versant dans le malsain avec des scènes chocs et effrayantes. Une m'a tout particulièrement marqué car justement empruntée au célèbre cas Jeffrey "Dahmer" (connu pour être nécrophile et avoir assassiné pas moins de 17 jeunes hommes entre 1978 et 1991), c'est celle où Jack est arrêté au volant de son pick-up par des flics en service qui ne prennent pas au sérieux les bleus et le sang sur le visage du jeune passager que le meurtrier prétend ramener chez lui car ivre mort !).

La formidable mise en scène est également à mettre au crédit de Huckert qui alterne séquences filmées caméra à l'épaule, avec d'autres plus soignées, ce qui renforce le côté documentaire dont nous avons déjà vanté les mérites par ailleurs et surtout stimule le récit. Certains spectateurs seront d'ailleurs étonnés de découvrir que Hard a été tourné en 1998 tant son 16 mm crasseux, sa musique synthétique (avec Huckert lui-même aux commandes et tout une bande-son affiliée à "Frankie goes to Hollywood") et ses acteurs méconnus à la limite de l'amateurisme lui donnent un aspect très eighties.



Le casting est très sérieux, avec un Noel Palomaria très crédible en jeune inspecteur rookie homo, anciennement marié et père de famille qui noue une étrange relation avec Jack le psychopathe et en proie aux vexations de ses collègues homophobes. Charles Lanyer, l'équipier acariâtre au début qui deviendra le seul soutient de Raymond par la suite, est également très bon. Mais la véritable révélation, c'est Malcolm Moorman, interprétant Jack de manière monstrueuse. Il joue avec conviction, presque comme "habité" par le personnage, et bien que l'on n'apprenne jamais comment il est devenu un tel monstre, il arrive à nous faire croire qu'il peut exister, ce qui fait froid dans le dos (sans jeu de mot aucun), avouons-le ! Son interprétation est tellement saisissante qu'on dirait que ce rôle a été écrit pour lui, il est d'ailleurs dommage qu'il n'ait fait que très peu d'apparitions cinématographiques depuis. Peut-être que ce rôle, celui de sa vie, lui a brûlé les ailes trop tôt, qui sait ?

Hard, pour toutes les qualités louées ci-avant, est un film indépendant ne volant pas son statut de film culte et même s'il n'est pas à l'abri de certaines maladresses et baisses de rythme, jamais le film ne verse dans le ton moralisateur primaire et ne nous noie sous une abondance de scènes crues inutiles. De plus, le scénario est excellent puisqu'il entrecroise habilement plusieurs histoires ayant toutes un rapport entre elles, les acteurs sont convaincus et convaincants et enfin le métrage est authentique et parle du milieu gay sans fard ni paillettes. Seul petit bémol me concernant, une fin qui verse dans le grand guignol pas vraiment utile.

Autant vous prévenir maintenant, vous ne ressortirez pas indifférents du visionnage de ce film. Soit vous adorerez, soit vous détesterez. Il semblerait qu'ici, le juste milieu ne soit pas de mise. Racoleur et voyeuriste pour les uns, réaliste thématiquement et visuellement parlant pour les autres, Hard suscite des émotions et c'est bien pour ça qu'il faut se procurer le DVD !

Disponible en dvd chez ; http://www.lechatquifume.com






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