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Mark & Caleb sont deux frères jumeaux. Leur mère est morte assassinée sous les yeux de Caleb. Si Mark s'est juré de veiller sur lui, il a fini par y renoncer devant le tournant que prenait son frère. En effet celui-ci est, au fil des ans, devenu un être marginal à tendance psychotique. Pour Mark, son jumeau n'est que tourments. Il ne semble pas lui pardonner d'avoir été le favori de leur mère, et le blâme même de la mort de celle-ci. Si en apparence les chemins des jumeaux semblent parfaitement antagonistes, ils sont en réalité inextricablement liés. Quand Mark va faire la rencontre d'un étrange groupe d'individus, ce qui l'unit à Caleb va apparaître comme une fatalité.



Quand je me suis engagé à faire la critique de ce métrage, je m'attendais à une version fauchée de "Maniac" ou de "Henry : Portrait d'un Serial Killer". En fait Mobius relève plus d'un David Lynch agressif et sans moyen que d'un film de psychopathe classique.

"Möbius", voilà un titre intriguant. Il emprunte à un mathématicien et astronome allemand répondant au nom de August Ferdinand Möbius, connu pour avoir étudié la géométrie, et plus particulièrement les topologies. Sans se lancer dans une explication de cette discipline impénétrable – et dont la place n'est sûrement pas ici – il est toutefois important de comprendre ce qu'a fait ce scientifique Allemand, puisque c'est là la base du film.
Ainsi Möbius est le père du très célèbre "Ruban de Möbius" par lequel il démontra un paradoxe spatial. En effet ledit ruban ne dispose que d'une seule face : en glissant le doigt sur la surface, on en parcourt l'envers et l'endroit. La création de l'objet et très simple puisqu'il suffit de découper une bande de papier que l'on tord à demi afin de la vriller. Ensuite, en joignant les deux bouts on obtient le ruban en question (il en existe plusieurs variantes, dont le signe "infini").

Quel est donc le rapport entre ce mathématicien allemand du début du XIX siècle, et le film de Joaquin Montalvan ? A priori pas grand-chose, puisque le long métrage de l'américain n'est ni une biographie de Möbius, ni une analyse de ses travaux. Le lien se situe en fait au niveau de la trame psychologique du film, construite comme le ruban de Möbius. Difficile à imaginer ? Alors à comprendre, pensez donc !

Möbius s'apparente à une relecture psychotique d'Alice Au Pays des Merveilles à laquelle se serait attelé un David Lynch fauché.



Le sujet central du film est donc la gémellité, et les obsessions des deux frères en présence. Ici l'approche du sujet se fait par le ruban de Möbius : deux faces, qui n'en sont en fait qu'une seule et unique lorsque l'on tente d'en définir les limites. Effectivement, Mark et Caleb semblent, au départ, être deux individus clairement distincts. Pourtant alors que le film nous entraîne plus avant, les frontières entre les jumeaux semblent plus confuses, plus ténues.
C'est ainsi que chaque face du ruban est différenciée par l'usage d'une colorimétrie différente. Mark jouit d'un traitement parfois proche des tons sépia, l'image est alors inondée de couleur ocre et ambrée, quant à Caleb, il apparaît dans un noir et blanc souvent légèrement surexposé.

Lors de ses déambulations, Caleb rencontre ponctuellement un vieil amérindien qui lui donnera les clés de son apaisement par quelques tirades philosophico énigmatiques. Le vieux sage va donc le guider sur son chemin de croix. Alors que son frère semble refaire surface, Mark, qui jusque là semblait le plus équilibré des deux, semble sombrer. En effet ses pensées ont été empoisonnées par un groupe d'étranges personnages, un peu trop curieux à son propos. Sa vie semble alors glisser inextricablement de l'autre côté du ruban.



A la vision de Möbius, le spectateur se trouve face à un film aux contours pas toujours très clairs. Ce n'est pas le signe d'une maladresse de réalisation, mais plutôt d'un parti pris de la part du cinéaste.
Le métrage de Joaquin Montalvan, est en effet à la frontière du film de genre, mais ne bascule jamais complètement. On y retrouve pourtant des éléments significatifs, la présence de protagonistes hallucinés, de visions diverses…
Quant à la trame narrative, elle emprunte, lorgne du côté de David Lynch, se permettant parfois quelques libertés, tendant à semer le doute chez le spectateur. "Est-ce un fantasme ? Quel est le personnage de référence ?" Le métrage fonctionne donc un peu comme un rêve, tour à tour limpide et nimbé.

Möbius rappelle aussi le cinéma de Jodorowsky, dans son usage des icônes – et des personnages iconographiques comme le vieil indien – et son fonctionnement métaphorique. Le métrage ne s'ingère pas en une lecture unique et superficielle, mais nécessite de se plonger entre les lignes, d'en décoder le sens profond. Le fantôme du génie mexicain plane, et se fait ressentir lors de la dernière moitié du métrage où l'usage d'un langage purement iconographique remplace toute autre forme d'expression.



Musicalement parlant, le film montre ses limites, lors de la scène au cours de laquelle Mark rencontre ces étranges personnages qui le droguent à son insu. La partition semble tout droit sortie d'un synthétiseur midi de qualité passablement douteuse. Le style est en plus, assez indigeste, entre jazz et easy listening.
Mais Möbius fait amende honorable en proposant un score dépouillé, d'une beauté simpliste, et d'une extrême efficacité dans ses dernières minutes.

Joaquin Montalvan fait donc un carton presque plein avec son second long métrage. Si l'image souffre parfois des défauts dus à la vidéo, et que certains cadrages pourraient être améliorés, n'en demeure pas moins que le résultat final est de très grande qualité. Pour ne rien gâcher, certains plans sont d'une très grande qualité. Enfin l'acteur principal transcende son rôle et sublime le métrage ; la réalisation met son jeu et son physique en valeur.

Encore une pépite du cinéma indépendant américain.








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