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Un enquêteur est retrouvé décapité. L'arme du crime est une excavatrice. L'inspecteur Peretti se charge de l'enquête et tente de mettre la main sur le chauffeur de l'engin. Ce dernier est retrouvé pendu dans un hangar. Suicide ? Peretti démontre qu'il a affaire à une simulation de suicide et que le conducteur de l'excavatrice a été assassiné. Bientôt, de nouveaux crimes sont commis et Peretti découvre qu'une ancienne affaire de kidnapping d'enfant pourrait être à l'origine de la folie meurtrière de l'assassin…



Tonino Valerii s'est spécialisé dans le western au début de sa carrière de réalisateur, en 1966. Il faut dire qu'il a été à bonne école puisqu'il fut assistant réalisateur sur "Pour une Poignée de Dollars" et sur "Et pour quelques Dollars de plus" du grand Sergio Leone. Il change un peu de style en 1970 avec un mélodrame érotique avant de s'attaquer au giallo en 72 avec ce "Folie Meurtrière". Il reviendra ensuite à ses premiers amours avec deux nouveaux westerns, dont l'excellent "Mon nom est Personne" avec Terence Hill avant de se lancer dans le polar ou le film d'action.

En 72, Dario Argento a déjà bien balisé le domaine du giallo avec sa trilogie des animaux, "L'oiseau au plumage de cristal", "le chat a neuf queues" et "quatre mouches de velours gris". D'autres se sont bien évidemment lancés à sa suite, comme Sergio Martino avec "l'étrange vice de Mme Wardh" et "La queue du scorpion" ou Umberto Lenzi avec "Orgasmo", "Si douces, si perverses" , "Paranoia" et surtout "Le tueur à l'orchidée". Le giallo est un genre florissant et son succès contribuera à faire apparaître d'autres œuvres pendant les années suivantes, comme "Nue pour l'assassin", "Torso", "Spasmo" ou encore "Les Frissons de l'Angoisse" par exemple. Cela n'empêche pas Tonino Valerii de livrer un giallo plus qu'honnête avec "Mio Caro Assassino", baptisé en France "Folie Meurtrière", qui se révèle être un véritable puzzle dont chaque découverte faite par l'inspecteur Peretti est une pièce de plus qui permet de faire progresser l'enquête et de mettre à jour les terribles rouages qui conduisent le meurtrier à se livrer à ses incessants massacres.



Je vais avant tout répondre à vos deux interrogations principales, à savoir "Y a-t-il de l'érotisme ?" et "Les meurtres sont-ils sanglants et sont-ils commis par un assassin vêtu de noir et ganté ?" ce qui, je m'en aperçois, fait trois interrogations.

Passons rapidement sur la présence d'éléments érotiques dans le film. Il y en a très peu, on aperçoit néanmoins la poitrine dénudée de deux actrices, Patty Shepard et Marilu Tolo. Mais ce sera tout. On ne peut pas dire que Tonino Valerii ait réalisé un giallo porté sur cette notion d'érotisme, il a plutôt favorisé le déroulement de l'enquête et surtout le machiavélisme de celle-ci, ce qui n'est pas un mal. Il y a par contre une séquence très choquante, malsaine même, qui montre une très jeune fillette entièrement nue, devant servir de modèle à un artiste, ce dernier étant en pleine discussion avec l'inspecteur quant elle fait son apparition dans la pièce. On se rappelle alors les paroles prononcées un peu plus tôt par un domestique sur cet artiste, "qui était un peu trop proche" de la fillette retrouvée morte après son enlèvement. La notion de pédophilie nous vient directement à l'esprit et il n'est pas sûr qu'une telle scène puisse être tournée à notre époque, même si tout est suggéré, voire interprété de notre part. Comme le dit Roberto Leoni, scénariste et assistant réalisateur sur ce film, "on a eu plus de problème à l'époque concernant les seins nues des actrices que pour la vision de la fillette nue". Ce ne serait sûrement plus dans cet ordre aujourd'hui.

Concernant la tenue vestimentaire de l'assassin, rien à redire ! Imperméable de cuir noir, gants noirs, chaussures noires, tout est là. Ajoutons une ténacité et une volonté sans pareille à mettre hors d'état de nuire toutes personnes pouvant s'avérer être un danger pour lui, et également une efficacité redoutable, n'hésitant pas à étrangler une victime en plein jour, dans un lieu assez peuplé, et ce, sans se faire prendre, et on obtiendra un parfait tueur, méthodique, sans pitié, déterminé, vouant une haine totale envers certaines personnes, haine qui l'amènera jusqu'à assassiner une petite fille. Enfin parfait, presque parfait dira-t-on, puisqu'il finira quand même par être démasqué par l'inspecteur Peretti.



En ce qui concerne les meurtres, on a connu plus sanglant, mais il faut néanmoins souligner leur originalité. On démarre d'ailleurs le film avec une séquence devenue culte, qui plonge le spectateur directement dans l'action, avec la fameuse décapitation par un excavateur. On est réellement impressionné par cette scène, puisque c'est un vrai cascadeur qui est saisi par les mâchoires de l'engin au niveau du cou et élevé au-dessus du sol ! Un ingénieux système empêchant les mâchoires de se fermer complètement a été mis au point mais quand même ! Le cascadeur cédera sa place à un mannequin pour la décapitation mais le tout est tellement bien filmé qu'on ne voit pas la différence, si ce n'est qu'on devine la fausse tête lorsque celle-ci roule sur le sol (et heureusement pour le cascadeur !). En tout cas, pour une scène d'introduction, elle est diablement efficace !

Les autres meurtres sont de facture plus classique, avec la traditionnelle strangulation, présente dans bien des gialli ou la présence d'un rasoir, arme classique également. On retiendra surtout le meurtre de la pauvre institutrice jouée par Patty Shepard, massacrée à la scie électrique, arme "choc" qui servira sur l'affiche du film, et également sur le visuel de la VHS sortie en France. Afin de ne blesser personne, la lame d'acier a été confectionnée en papier aluminium mais à l'écran, l'illusion est totale. Dommage que ce ne soit pas Tom Savini aux FX, ça nous aurait valus de belles déchirures rouge sang. Là, on voit nettement que la lame n'entaille pas les chairs mais qu'importe, la scène est réussie et fait son petit effet, l'actrice rendant parfaitement la notion de peur panique qu'on peut avoir si on se fait agresser par un individu armé d'un tel engin !

Bref, hormis un érotisme fort sobre, nous avons là tous les codes réunis pour faire de ce giallo un très bon film. Mais parfois, le résultat n'est pas à la hauteur des espérances malgré le fait que tous les éléments soient réunis. On pensera par exemple à "Nue pour l'assassin", qui était tout juste moyen. Rassurez-vous, Tonino Valerii a fait un très bon travail et "Folie Meurtrière" est franchement très bon. La réussite est due en partie au casting, avec notamment la présence de George Hilton dans le rôle charismatique de l'inspecteur Peretti. George Hilton, on l'a déjà vu dans "La queue du scorpion" ou bien dans le western culte de Lucio Fulci, "Le Temps du Massacre". Pour incarner son personnage dans "Folie Meurtrière", il a du s'enlaidir un peu, sa beauté naturelle contrastant très bien avec les décors et l'histoire dans les westerns, mais pas dans ce giallo. Mais même avec sa petite moustache il reste fort charismatique et se révèle particulièrement bon acteur et campe un inspecteur fort crédible. Les autres membres du casting, comme Salvo Randone, William Berger ou Patty Shepard par exemple, sont également forts à leur aise et apportent une vraie contribution à leurs personnages.



Mais ce qui fait bien sûr la grande force du film, c'est son scénario, son intrigue, son suspense. Tonino Valerii se révèle un excellent réalisateur de thriller et parvient réellement à maintenir un intérêt constant pour le spectateur, grâce à l'apport régulier de nouveaux indices qui nous permet de mener l'enquête en même temps que l'inspecteur Peretti, de se faire son propre raisonnement, de trouver quel personnage peut s'avérer être le coupable. D'autant que celui-ci connaît apparemment bien ses victimes, comme l'institutrice qui lui ouvre la porte sans s'inquiéter par exemple. L'intrigue se resserre, les suspects potentiels semblent être tous réunis par leur connaissance de la petite fille kidnappée et assassinée avec son père, tous deux retrouvés mort dans un sordide bunker. Et quel rapport lie le dessin de la petite fille trouvé lors d'un meurtre à l'assassin ? Tout un ensemble de question digne d'un scénario d'Agatha Christie, et le final nous rappelle d'ailleurs les meilleures conclusions des histoires d'Hercule Poirot, l'inspecteur Peretti ayant réuni tous les tueurs potentiels dans une même pièce et se lançant dans une longue explication mettant en relief les motifs du tueur et nous dévoilant là où il a commis une erreur, tout comme a l'habitude de le faire le célèbre détective privé belge.

Au final, on a vraiment pris plaisir à regarder le film, on ne s'est pas ennuyé, et on a surtout été tenu en haleine par l'intrigue. "Folie Meurtrière", même si son titre français est un peu exagéré, est donc un film que je vous conseille vivement, pour qui aime les enquêtes policières où il faut deviner qui est le coupable. Même si le film n'a pas connu un grand succès public à l'époque de sa sortie, certains critiques de cinéma n'ont pas hésité à qualifier Tonino Valerii de digne successeur de Dario Argento après avoir vu ce film. On peut trouver pire comme comparaison non ?

Ah oui, pour l'anecdote, le film a eu de nombreux détracteurs de par son sujet (kidnapping et meurtre d'une fillette) car au moment où il sortit sur les écrans, une affaire du même ordre avait eu lieu quelques temps auparavant en Italie et des journalistes "langue de pute" ont trouvé là, le moyen de rédiger un article à sensation, critiquant les scénaristes du film, les traitant de "charognards", croyant qu'ils s'étaient servis de ce fait divers macabre pour concevoir le scénario. Evidemment, il n'en est rien, puisque ce dernier avait été rédigé au moins un an auparavant, la réalisation d'un film ne se faisant pas en quatre mois, chose que ces journalistes avaient sûrement oublié avant de déverser leur encre putride dans les journaux…

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