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Lors de son séjour à Rome, un écrivain américain est témoin d'une tentative de meurtre. Ainsi, les premiers soupçons de la police se portent sur Sam Dalmas, contraint de prolonger son séjour dans la capitale italienne. La ville est alors ensanglantée par des meurtres de jeunes femmes. Une course contre la montre va se jouer entre Sam et le tueur, qui va tenter de s'en prendre à ce témoin, qui semble en savoir plus que sa propre mémoire.



La mise en chantier de "L'oiseau au plumage de cristal" ne fût pas de tout repos pour le jeune Dario Argento. En 1969, celui qui va devenir une des références du film d'horreur transalpin, n'était alors qu'un critique de cinéma et un scénariste en herbe ("Il était une fois dans l'ouest"). Difficile pour lui de trouver des producteurs pour son giallo, librement inspiré d'un roman de Frederic Brown ("The screaming mimi"). Il est amusant avec le recul que le temps a donné à ce film de constater à quel point les préjugés concernant la capacité de Dario Argento à réussir paraissent bien ridicules. A tel point qu'il s'est fallu de peu qu'un autre réalisateur plus confirmé ne soit appelé en remplacement. Au vu de l'oeuvre qui a si bien traversé le temps, il aurait été dommage!



Visuellement, "L'oiseau au plumage de cristal", permet de véritablement lancer une vague de gialli (ces policiers horrifiques caractérisés le plus souvent par des meurtres commis pas un tueur ganté), tout en s'inscrivant dans la démarche esthétique de Mario Bava, le père spirituel d' Argento. Car, il est plus qu'évident que le jeune réalisateur puise son inspiration dans les deux gialli de Bava, que sont "Six femmes pour l'assassin" et "La fille qui en savait trop". Tout en se réappropriant les codes des films précités, Dario Argento arrive à distiller une ambiance gothique. Voir Rome sous un brouillard n'est pas chose courante. Son utilisation n'est pas anodine permettant au tueur de pouvoir s'en prendre à un témoin gênant, un américain Sam Dalmas, en arrivant à le surprendre. Si Sam devient la cible d'un tueur dont l'identité restera secrète jusqu'au bout (le suspense sur son identité est vertigineux), c'est parce qu'il a assisté à une scène où sa mémoire lui donnera l'illusion de ne pas avoir discerné l'identité du tueur. Or, comme dans tout giallo qui se respecte, Sam Dalmas, a enfoui un élément primordial pour l'enquête.


Ce premier volet de la trilogie animale de Dario Argento (suivront "Le chat à neuf queues" et "Quatre mouches de velours gris") est aussi le plus abouti scénaristiquement, tout en gardant une identité propre. Les objets du décor jouent un rôle dans l'intrigue (notamment un tableau macabre, dont tout indique qu'il a un rôle dans les motivations du tueur). Argento joue aussi habilement avec les architectures et les zones de pénombres et d'obscurités, ce qui nous fait perdre nos repères, tout en restant subtile et n'appuie pas trop sa démonstration par des trouvailles de mise en scène. Deux scènes notamment symbolisent à merveille ce jeu de l'illusion: 1) la première agression à laquelle assiste Sam Delmas, et qui se retrouve bloqué entre deux vitres. Cette impression de transparence trompe le spectateur l'emprisonnant dans une intrigue plus complexe qu'à l'accoutumée; 2) la seconde scène est celle où une jeune femme monte des escaliers, et se trouve ensuite plongée dans l'obscurité, avant d'être assassinée dans un ascenseur par le tueur armé d'un rasoir. Ces deux scènes inspirèrent le "Pulsions" de Brian de Palma. Argento ne serait pas donc un simple suiveur mais un créateur à part entière contrairement à ce qu'affirment ses détracteurs (oui, il y en a!).


Loin de ses effluves sanglantes qui suivront et feront la réputation de Dario Argento, "L'oiseau au plumage de cristal", ne délaisse pas son enquête au profit de scènes purement gores. Les amateurs de séquences chocs peuvent être désarçonnés, mais ils auraient tort de passer à côté d'une oeuvre parfaitement interprétée et à laquelle la musique d'Ennio Morricone apporte une touche fantastique.
On se trouve ainsi dans un film à la frontière entre plusieurs genres (un passage purement policier lorsque Sam Dalmas est poursuivi par un tueur armé d'un revolver).








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