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Fidel à son habitude Shock-O-Rama nous délivre un micro budget plaqué or. Certifié Misty Inside Lilith ne peut pas avoir d'enfant. Elle a beau essayer tout ce dont elle en retire, sont de violentes disputes avec son mari, et des crises de dépression. Puis un couple s'installe dans l'appartement d'à côté. Elle est enceinte et lui est enseignant, un parfait petit couple. L'exact opposé du ménage de Lilith. Alors que le bonheur s'installe à deux pas de sa porte, la belle Lilith va sombrer dans la folie, se fantasmant un ventre arrondi de femme enceinte, un enfant, une nouvelle vie.



"Tout ce que Lilith a jamais voulu… appartenait à quelqu'un d'autre."
Bien évidemment le nom de Lilith n'est pas anodin. En plus d'être la première succube, favorite de Lucifer, elle représente une femme refusant le joug de l'homme (en l'occurrence celui d'Adam). Refusant (entre autre) le missionnaire car postant la femme dans un statut inférieur, Lilith était aussi réputée à refuser de voir son corps déformé par les grossesses, pratiquant peut-être même l'avortement. Voilà qui n'est pas sans rapport avec le thème du film.
En avançant un peu plus loin dans le mythe de Lilith, l'on arrive à des thèmes utilisés en psychologie concernant le relationnel de femme à femme, la grossesse, la fécondité opposée à la stérilité. Enfin, la rivalité de femme à femme, Lilith étant la rivale d'Eve.
Ce sont là les lignes principales du film de Tony Marsiglia, réutilisant le mythe de Lilith pour en réaliser une transposition contemporaine. Ainsi les relations qui unissent Lilith et le jeune couple qui s'installe dans l'appartement d'à côté, sont une référence constante à la rivalité entre Eve et la succube.



Après cette introduction, et cette petite leçon de choses, passons au sujet de cette critique, le film lui-même. Tony Marsiglia, n'en est pas à son premier essai chez Ei Cinéma, puisqu'il a déjà monté, écrit et réalisé quelques films pour la compagnie du New Jersey.
Sinful est donc sa quatrième réalisation pour la firme. Celle-ci renvoie au spectateur l'impression d'un cinéaste pas totalement mature, mais bien loin d'être immature. Tony Marsiglia mélange un peu les styles de réalisation, semblant se chercher, ça et là. La mise en scène n'en est pas pour autant totalement incohérente, alternant le sain et le malsain, la tranquillité et l'agitation. Les partis pris pour une mise en scène d'une propreté incroyable que viennent troubler les délires de Lilith, ne s'avèrent pas toujours satisfaisants.

Si les crises et divagations de la jeune femme s'accommodent parfaitement de l'aspect vidéo, car compensé par des filtres, et éclairages déformant l'image, les parties dites "paisibles" ont un impact amoindri par cet aspect télévisuel. De ce fait, on a l'impression que le cinéaste jongle maladroitement entre deux styles, qu'il maîtrise cependant entièrement.

Le montage / démontage rend lui aussi un effet mitigé. Il plonge tantôt dans la folie qui suinte de chaque once de pellicule, tantôt dans la gratuité, comme simple effet de style.



Les thèmes traités étant assez glissants, c'est avec plaisir que l'on assiste aux pirouettes de Tony Marsiglia, qui s'en sort somme toute assez bien. Le film est travaillé, voir léché, et malgré les maladresses on sent facilement les qualités de mise en scène.
Tout au long du film, les personnages sont "enfermés" non seulement dans le cadre apporté par la caméra, mais aussi dans des espaces clos, réduits aux minima. Des pièces étroites, des toilettes, des couloirs. Cet emprisonnement physique constant dénote ainsi un carcan duquel ils ne semblent ni pouvoir ni vouloir échapper. Chaque protagoniste n'étant capable que d'incarner son rôle propre, enfermé dans son personnage. Ce cloisonnement contribue à accentuer la folie de Lilith, et ses crises et hallucinations n'en sont que plus difficiles à supporter. S'y ajoute un magnifique usage de couleurs violemment tranchantes comme le rouge et le blanc, ou au contraire malsaines comme ce filtre jaunissant la pellicule. Le résultat est saisissant d'efficacité.

En outre, l'une des qualités de Sinful est de ne pas s'étendre en longueur. Son format temps est parfait, en une heure le sujet est traité, le spectateur est conquis, et on n'en parle plus. C'est là d'une grande intelligence de la part du réalisateur, quelques minutes de plus, auraient été en trop, le thème est effectivement exploré en son entier.



Les acteurs sont, quant à eux, plutôt bons dans l'ensemble. Misty Mundae a quelques légères défaillances dans son rôle de jeune femme frustrée et psychotique, mais rien de contrariant pour la qualité du film. Seul son mari fictif semble un peu atterrir d'une autre planète.
Cependant les deux actrices sont en symbiose, de par le sujet du film, mais aussi de par leur physique et leur jeu. Toutes deux sublimes, leurs personnages n'en sont en fait qu'un seul et unique humain. Ce duo d'actrice est tout simplement ravageur, au physique complémentaire, au rôle antagoniste et pourtant si proche, un chassé croisé entre les deux identités tracera le fil conducteur du film. Chacune disposant en outre d'un code de couleur personnelle, sublimant l'image et rappelant parfois les travaux de Monsieur Argento.
N'ayons pas peur des mots, Tony Marsiglia réussit un challenge où la barre était placée très haut, et les deux doigts dans le nez. Il y a du progrès et de la maturation à obtenir, mais qu'importe, le meilleur est là, et le spectateur ne peut que s'en satisfaire.








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