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Croquemort dans une petite ville brésilienne, Zé est un être malfaisant et diabolique, narguant sans cesse les villageois qui l'entourent. Brillant par son sadisme et ses méthodes brutales, il se moque des croyances religieuses, et assassine à tour de bras. Si la police ne l'effraie pas outre mesure, les vengeances d'outre tombe, elles, ne sont pas impossibles…



Zé do Caixao, c'est un peu le Freddy du Brésil, le Dracula d'Amérique du Sud : un personnage mythique, de nombreux produits dérivés et des films ayant suffisamment marqués le box-office local…et la censure aussi. Quasi-inconnu en Europe encore aujourd'hui, le personnage de Zé (Zé du cercueil en France et Coffin Joe aux States) est directement issu du cerveau malade de Jose Mojica Marins, l'un des réalisateurs les plus fous que la terre ait porté.
Pour cerner un peu l'univers du bonhomme, imaginez un peu la rencontre entre Luis Bunuel, Lucio Fulci, Herschell Gordon Lewis et Mario Bava ! Pas facile je sais…



Impossible de parler de Zé sans citer l'anecdote la plus célèbre de Marins (et il y en a un paquet d'ailleurs) : celui-ci l'aurait vu en rêve, l'entraînant devant sa propre tombe. Ne trouvant aucun acteur pour le rôle, Jose Mojica Marins incarnera lui-même l'homme de ses pires cauchemars ! Allo Freud ?
Bien avant ce "A Minuit je posséderai ton âme" qui le rendra célèbre, Marins avait tourné quelques films non fantastiques avec lesquels il rencontrera déjà quelques problèmes : ainsi trois acteurs tombèrent comme des mouches (morts par hydrocution, tuberculose et accident de voiture) et un orage détruit le plateau lors de la réalisation de "Jugement de Dieu", Marins se fera traité, entre autre, "d'assassin du cinéma brésilien" et de "taré" par la critique locale et aura une petite altercation avec des villageois durant le tournage de "A sina de aventureiro" pour avoir utilisé du faux sang, qu'ils croyaient authentique.

Avec "A Minuit je posséderais ton âme", il signe son premier film d'horreur mais aussi le premier film d'horreur brésilien (sacré retard !) : la malchance persista et il dut vendre maison et voiture après que ses associés l'abandonnèrent. Pire encore, le film ne lui rapporta strictement rien, puisque Marins avait vendu les droits de son œuvre. On pouvait rêver mieux !



Chapeau haut-de-forme, ongles griffus (véritables ! Jose Mojica Marins les porte encore de nos jours), une longue cape noire, des yeux injectés de sang lorsque la violence pointe le bout de son nez, un sadisme hors pairs : comme si ça ne suffisait pas, Zé est non-croyant, se moquant autant de Dieu que du Diable ; un comportement anti-religieux qui choqua en son temps, le Brésil étant particulièrement croyant ; provocateur, Zé dévore de la viande un Jeudi Saint en matant la procession défiler à sa fenêtre ! Inutile de dire que la censure n'apprécia guère ladite séquence…
Ce que Zé adore plus que tout au monde : le meurtre…et les enfants ! Guère de pédophilie là-dedans, l'acquisition d'un enfant serait selon lui une manière d'atteindre l'immortalité, mais avant il faut bien entendu trouver ce qu'il appelle la "femme supérieure". Si cette quête tient une petite place dans ce premier opus, il faudra attendre "Cette nuit je m'incarnerais dans ton cadavre" pour qu'elle gagne une plus grande importance.
Impitoyable, Zé, entre deux bagarres au bar du coin, tue sa compagne puis son meilleur ami pour pouvoir profiter de la dulcinée de celui-ci.



L'introduction (accompagnée d'une bande son saturée de hurlements) avec cette sorcière priant les spectateurs sensibles de quitter la salle n'a peut-être pas tort : les spectateurs de l'époque devaient sans doute être pétrifiés de terreur par ce catalogue d'horreur en tout genre, trouvant son apogée dans un final macabre à souhait, avec défilé de spectres et cadavres en putréfactions ; il est étonnant d'ailleurs de voir à quel point Marins maltraite son personnage en fin de bobine !
Anti-héros en puissance, Zé en profite tout de même largement durant le reste du métrage, torturant et oscillant tant qu'il peut : les quelques éclats gore surprennent (yeux crevés, doigt arraché au tesson de bouteille, couronne d'épines en pleine face, flagellations) et ce n'est guère le hors champ qui semble de mise. Autre grand moment d'horreur suprême : la compagne de Zé, bâillonnée, voit une énorme araignée venimeuse lui grimper sur le corps ; selon Marins, l'actrice aurait été saoulée pour pouvoir tourner la scène. Dans le volet suivant, Jose Mojica Marins fera bien pire…pour le plus grand plaisir des arachnophobes.
Cerise sur la gâteau, le rythme faiblit rarement (seul le long monologue hystérique semble de trop), Marins touche parfois à l'expérimental de par certains fx (paillettes posées à même la pellicule, utilisation du "négatif", animation) et même le réalisme de la scène du viol et du passage à tabac de la pauvre Terezinha fait encore froid dans le dos.
Blasphématoire, lubugre et violent, un petit chef-d'œuvre du genre et une date dans l'histoire du cinéma d'horreur.