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Stuart Gordon change de registre, et s'éloigne totalement de H. P. Lovecraft et ses écrits éthérés pour se plonger à corps perdu dans un sujet bien plus physique. Sean est un jeune homme crédule et prêt à tout pour un peu d'argent. Un entrepreneur en travaux public a besoin de faire abattre un agent municipal. La rencontre des deux va débuter, en douceur, Sean étant prêt à l'homicide en échange d'une grosse somme. Cependant, n'étant qu'un débutant dans le milieu, le jeune homme se fait doubler par Ray, son "employeur" : une fois le sale boulot accompli, celui-ci décide de se débarrasser de Sean. Il l'enferme alors dans une cabane, près de son ranch, au beau milieu de nulle part, et va le passer à tabac tous les jours jusqu'à ce qu'il devienne un véritable légume.



Comme le laissent entendre "King of The Ants" et "Edmond", d'aucuns auraient pu croire que Stuart Gordon abandonne le fantastique et l'horreur pour s'exprimer sur un ton bien plus réaliste, quoique toujours aussi cruel et violent.
"Il n'en est rien" m'a répondu le maître au cours d'une très brève entrevue "je vais très rapidement revenir à l'horreur, ces films ne sont que des parenthèses."
Certains s'en sentiront probablement rassuré, cependant la qualité de ses œuvres "réalistes" est telle qu'il serait dommage de s'en priver, fusse-t-il au profit de nouveaux métrages fantastiques. En effet tant "Edmond" que "King of the Ants", recèlent de véritables trésors d'humanité, dans tout ce qu'elle a de plus barbare et d'intransigeante. Plus important encore, leur mise en scène transcende la frontière spectateur / spectacle, pour nous projeter directement au milieu des protagonistes.



La toute puissance de King of The Ants vient du fait que le spectateur attend à chaque instant quelque chose qui ne viendra jamais. L'attente du spectateur est provoquée par l'affiche du métrage, et le penchant coutumier du réalisateur pour les thèmes fantastiques traitant de l'indicible.
Cependant ici, même lorsque le métrage est sur la brèche, semblant pouvoir soudainement glisser dans le paranormal et le fantastique, jamais il ne tombe. Ainsi le cinéaste maintient une magnifique tension qui clouera le spectateur à son fauteuil, sans pour autant le décevoir en ne lui offrant pas ce à quoi il s'attend.

A l'inverse, "King of The Ants" pourrait parfois sembler verser dans la facilité, puisque certaines situations attendues (et entendues) surviennent immanquablement.
Cependant, l'effet n'est nullement de briser le suspense bien au contraire. La prévisibilité de certaines scènes contribue ainsi à l'efficacité du métrage tout au long de son déroulement, permettant à Monsieur (notez le M majuscule) Gordon de nous prendre violemment à revers.



De fait la construction de King of The Ants est on ne peut plus classique. Il n'est, sur papier, guère plus qu'un simple thriller, pas vraiment plus ingénieux qu'un autre. Il pourrait même se rapprocher du sous genre des Rape & Revenge puisque King of The Ants peut être divisé en trois partie.
Tout d'abord le héro naïf, tombe dans les filets d'un quelconque ennemi – qui de prime abord lui apparaissait sympathique. Ensuite c'est l'explosion de violence, le piège s'est refermé sur le héro, son adversaire le domine. Enfin, le héro se libère pour se venger.
Cette division est d'un classicisme et d'une banalité confondante. Cependant, mélangé avec cette attente de quelque chose qui n'arrivera jamais (l'intervention divine, le dérapage de la réalité vers la fiction), le rendu est d'une efficacité redoublée. De plus, le cinéaste ne s'encombre pas d'effets de style hollywoodien, et jouit d'un rendu cru, se fondant dans le genre, il en transcende ses qualités.



Le seul bémol est la présence de cette infâme baudruche qu'est Daniel Baldwin, quoi qu'il remplisse bien son rôle, il demeure assez insupportable. Gluant, il dégouline plus qu'il ne se déplace et sa voix est irritante. Le choix de l'acteur est discutable, cependant, dans la mesure où il occupe le rôle d'un parfait salaud alcoolique, il s'agit d'un moindre mal.

Son exact opposé est le méconnu Chris McKenna, qui incarne un rôle qui lui semble parfaitement taillé sur mesure. Sa performance à l'écran est irréprochable, et atteint son apogée lors de la torture que lui infligent ses mafieux employeurs. Lors de cette séquence, les limites semblent se briser, et l'on rentre littéralement dans la peau du héro pour souffrir avec lui.

Stuart Gordon brille encore une fois par son talent aux multiples facettes. Impressionnant.