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Réalisation
Gerald Kargl

Scénariste
Gerald Kargl, Zbigniew Rybczynski

Date de sortie
1983

Genre
tueurs fous

Tagline


Cast
Rudolf Götz
Erwin Leder
Silvia Rabenreither
Edith Rosset


Pays
Autriche

Production


Musique
Klaus Schulze

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.5
(8 votes)
Pistolet à la main, un homme frappe à la porte d'une bâtisse et tue la vieille dame venant à sa rencontre. Un meurtre peu discret qui causera sa perte : arrêté par la police, il est enfermé in extremis en prison, avouant même qu'il n'avait aucun mobile. Les années passent, et l'homme est relâché ; toujours enclin à semer la mort sur son chemin. La sélection des victimes commence…



Particulièrement déroutants et malsains, "Maniac" et "Deranged" prenaient source dans l'épopée malsaine d'Ed Gein, tout comme l'avait fait auparavant "Psychose" et "Massacre à la tronçonneuse" ; ce qui n'est pas le cas du cultissime (mais beaucoup moins connu du grand public) "Schizophrenia", annonçant déjà le cinéma déviant et froid de l'autrichien Michel Haneke ("Funny Games" ou "Benny's video"). Tout comme les films cités plus haut et son cousin éloigné "Henry Portrait of serial killer", le film de Gerald Kargl est une plongée intime dans la vie privée d'un psychopathe pur souche, éloignant tout autre point de vue extérieur.



Film fétiche de Gaspar Noé (et ça se voit…), "Schizophrenia" reste cependant assez classique dans le fond : une banale histoire de psychopathe dégénéré venant juste de sortir de prison, déjà obsédé par les actes immoraux qu'il va s'apprêter à commettre. C'est dans la forme que le film de Kargl s'impose par son originalité, une originalité avant tout "technique". Ainsi, du début jusqu'à la fin, le spectateur suit les pensée abjectes et torturées de ce malade mental, prenant part à ses plans démentiels et à de nombreuses révélations houleuses sur son passé.
Les heureux chanceux de la vhs française pourront d'ailleurs, et ceci dés le début, en apprendre bien plus sur l'enfance et l'adolescence du tueur, reconstruites à partir de moult photos mais aussi suivre son arrestation détaillée…un procédé qui sera réutilisé d'ailleurs dans "Seul contre tous" de Noé.



Pantin déglingué, sadique et claustrophobe, le "tueur de l'ombre" (dixit le titre français) trouve enfin son bonheur dans une maison au premier abord abandonnée, mais dont les trois locataires vont faire rapidement apparition : une vieille dame pâteuse et outrageusement maquillée, un attardé mental tétraplégique et une jolie jeune fille innocente de circonstance. Pas d'ados brailleurs donc …
Un triple assassinat bien réel hélas (Kargl s'est inspiré d'un fait divers autrichien), s'étendant donc pratiquement sur tout le métrage, véritable cauchemar poisseux porté par l'hallucinant Erwin Leder, qui se trouve (évidemment) avoir parfaitement "la tête de l'emploi". Pas aussi inconnu que ça le Leder, puisqu'on le retrouve au générique de "Underworld", de "La liste de Schindler", ou plus récemment, du très sale "Taxidermie".

Elevé dans un climat morbide et révoltant (les membres de la famille étaient de véritables tortionnaires, de la mère en passant par la sœur), immolant fréquemment des animaux dans sa prime jeunesse (un grand nombre de serial killers sont passés par cette "phase" inquiétante) puis adepte du sado-masochisme (suite à une liaison scandaleuse avec une bonne femme masochiste), le "tueur de l'ombre" se révèle au final pathétique, malchanceux, maladroit…rien de bien reluisant ou de charismatique.



On pourrait y distinguer une certaine forme d'humour particulièrement noir (Kargl nous parle au final d'un looser sadique foirant systématiquement ses plans), comme l'atteste la présence (presque paradoxale) d'un gentil teckel, ne comprenant strictement rien à ce qui arrive à ses maîtres, et que le tueur ne tentera pas une seule fois d'assassiner.
Si cette Autriche maladive et maussade, pas tellement éloignée du Berlin lugubre de "Possession", met mal à l'aise, les meurtres, quoique crus, restent relativement softs. Les amateurs de geysers d'hémoglobine devront compter uniquement sur la séquence très crado du tunnel (qui a dit "Irréversible" ?) malheureusement cut chez nous (mais bien épicée quand même).
Et comme si ça ne suffisait pas, "Schizophrenia" se pare de mouvements de caméra sidérants (l'utilisation de la louma est mémorable) ; une caméra s'envolant littéralement dans les cieux ou collant de près aux basques de l'assassin : une technique qui force le respect, déjà utilisée dans "L'opération diabolique" ou reprise dans "Requiem for a dream". Tout ceci aurait été bien moins regrettable si Kargl avait su faire quelque chose de son dernier acte, plutôt languissant (rappelons que le film est quasiment en temps réel).
Le crime était presque parfait…