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Suite officielle puis officieuse de "The deadly spawn" (1983), "Metamorphosis" est à ce jour le seul film écrit et réalisé par Glenn Takakjian. Le tournage, débuté en 1987, rencontra des problèmes de productions tels que le film ne put être terminé qu'en 1990, avant d'être présenté dans divers festivals et de finir dans la filière direct-to-video en 1993. Six années: voilà un parcours et une ténacité qui étonnent, s'agissant d'une petite série B fortement mâtinée de Z... Mais le résultat, lui aussi, est plutôt étonnant. Car si "Metamorphosis", comme on s'en doute lorsqu'on se le procure pour deux ou trois petits euros, présente les tares multiples d'un nanar avéré, il dispense également de ces générosités qui le distingueront de nombre de ses congénères, et qui permettront aux amateurs de passer un moins mauvais moment qu'il n'était possible de l'imaginer.



John Griffen, un veilleur de nuit de la Talos Corporation, société de recherche scientifique, répond à une alerte de surveillance et se rend sur les lieux du dysfonctionnement. Le docteur Elliot Stein, défiguré, surgit alors d'un laboratoire et lui tombe dans les bras. Procédant à une inspection du laboratoire plongé dans l'obscurité, le veilleur de nuit est victime à son tour d'une mystérieuse créature...

Le Docteur Viallini, directeur de l'établissement, fait appel à deux gros bras pour neutraliser le danger. La nature de ce dernier est expliqué par Nancy Kane: voilà quelques temps, la Talos Corporation s'est vue confier des tissus d'origine extraterrestre que le Docteur Michael Foster a injecté à des cobayes. Mais tout a mal tourné lorsqu'il s'est fait mordre par l'un d'eux, et que son corps a commencé à subir une épouvantable mutation...



Allons au plus court: le plus joli atout de "Métamorphosis" réside dans ses effets spéciaux, distribués entre la confection, l'animation de ses créatures, et les effets gore. Cela ne signifie évidemment pas qu'on est en présence d'un blockbuster science-fictionnel dernier modèle, ni d'un Uncut Movie, mais que le budget de la production, pour restreint qu'il fût, a entièrement été mis à profit en vue du plaisir qu'on pouvait en tirer en terme d'imagerie, délices qu'on trouve rarement à ce niveau dans une telle catégorie de nanar.

Si le thème de la mutation flirte avec celui du très sérieux "La mouche" de Cronenberg (un scientifique se transforme en monstre de façon visqueuse et sanglante, ici bien entendu sans aucune recherche de profondeur émotionnelle ou intellectuelle), il n'oublie donc pas d'orner ses chairs à vifs de mixages improbables: par exemple, des spores à la "Gremlins" ressemblant vaguement à des facehuggers morts... ou plutôt à des biftecks cuits, pisseurs et dentus! Idem pour les cobayes sur lesquels sont testés les tissus extraterrestres, et qui eux doivent plutôt leur ascendance à un Muppet Show croisé avec "La petite boutique des horreurs"... Quelques plans dans le laboratoire de recherche de Michael Foster, dès le premier flash-back s'ouvrant sur un air dégénéré de clavecin synthétique, suffisent à donner un bon aperçu de ces créatures farfelues, malveillantes et gloutonnes, aux couleurs tranchées de bonbons Haribo. Mine de rien, le sourire qui nous vient aux lèvres n'est pas seulement celui de l'ironie, mais celui de la sympathie: sachant parfaitement à quoi s'en tenir sur les malformations de son bébé, Takakjian ne s'est pas trop pris au sérieux et a su assortir ses défauts obligés de légèreté et de fantaisie, lesquelles lui permettent de marier ou d'alterner avec souplesse le méchant et l'amusant.

La touche d'humour ne sera pas toujours bienvenue (on se demande parfois si elle est toujours volontaire), mais dans ces cas-là le réalisateur semble faire tout ce qu'il peut pour contrebalancer ses tares. A défaut de cohérence ou de crédibilité dans les événements ou l'interprétation des acteurs, le gore intervient ainsi comme un lot de consolation. Par exemple, lorsque Michael Foster est mordu, il ne trouve rien de mieux pour prévenir la contamination que de se faire verser de l'acide sulfurique sur la plaie! C'est idiot, oui, mais les plaies saignent, brûlent et dégoulinent abondemment, spectacle qui présente des effets assez réussis pour détourner notre attention de son point de départ... et d'arrivée, car cela n'aura servi à rien!



Evolution à rebondissements de la mutation, croquages de têtes, giclures sanglantes présenteront les mêmes avantages et inconvénients. Certes, ils ne combleront pas les amateurs de purs films gore, et d'autres parleront de cache-misère scénaristique. Pourront-ils se consoler avec l'animation du monstre mutant dans sa phase finale? Le stop-motion à la Ray Harryhausen a de quoi étonner en tout cas, et finit de susciter une indulgence admirative chez votre serviteur devant la débauche d'imagination dont a fait preuve Takakjian et son équipe pour user de bouts de chandelles!

Nanar oblige, "Métamorphosis" contient néanmoins assez de perles de nullité pour en faire un collier. Les personnages, servis par des acteurs pour le moins inégaux, sont tous sans exception d'énormes clichés, et les dialoguent atteignent fréquemment un haut niveau de ridicule. Le premier prix revient sans conteste aux filles du veilleur de nuit, deux cruches cosmiques (l'une d'elle, Dianna Flaherty, a tourné dans "Toxic") aux réparties terrassantes de stupidité. Elles hanteront les couloirs de la deuxième partie du film, consacrée au chassé-croisé avec le monstre, de leurs séances de jogging et de leurs blondesques exclamations, leur rôle prépondérant dans la destruction du danger laissant à penser que la Terre est naturellement immunisée contre toute invasion extraterrestre, car il était difficile de piocher un plus rhédibitoire échantillon de l'espèce humaine... Viennent ensuite Brian, navrant petit ami de l'une des deux cruches; puis cravate jaune et cravate rouge, alias Mitchell et Jarrett, les deux nettoyeur du Dr Viallini, tout à fait cocasses dans leur démonstration de gros dur à cuire viril et revêche; et enfin le docteur Michael Foster, heureusement à peine entrevu avant sa mutation, qui lui va beaucoup mieux qu'au naturel! Le niveau remonte avec le Dr Viallini, salaud interprété de façon relativement convaincante par Marcus Powell, ainsi que le docteur Nancy Kane, malheureusement vite expédiée dans la seconde partie, et le docteur Elliot, sympathique ado attardé scientifique, au verbiage technique savoureusement déroutant.

La construction du scénario est également à double tranchant. Autant la première partie, construite sur des flashes-back aller et retour, parvient à maintenir un dynamisme intéressant, autant la seconde peine à maintenir le rythme. Assez embêtant quand il s'agit du moment où la chasse est ouverte, et qu'il faut justement ne pas lâcher le spectateur! On se console (ou pas) avec une scène finale bourrée d'effets spéciaux naviguant entre le moche (le faisceau du fusil atomique), le réussi (un sourire à faire pâlir la joconde) et le désopilant, la toute dernière image frappant quant à elle très fort dans l'exagération godzillesque à deux sous.



On l'aura compris, "Métamorphosis" réserve aux amateurs ce que l'on peut trouver de mieux et de pire dans un nanar. Des ingrédients divers, et qui seront sans aucun doute diversement appréciés selon les goûts... Mais c'est ce fourre-tout, emprisonné dans d'étroites limites, qui lui vaudra peut-être une place de choix dans votre rayon réservé au Z.








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