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Le Jigsaw a échappé à la police grâce à Amanda, sa petite protégée. Tous deux préparent un nouveau jeu mortel, dont le docteur Lynn Denlon et Jeff sont les pions principaux...



"Le plus lâche des assassins c'est celui qui a des remords" écrivait Jean-Paul Sartre. Et Jigsaw n'en a aucun puisqu'il a élevé la mort au rang d'autopunition. Aucune goutte de sang sur les mains, et surtout pas la manière forte. Son "génie" malsain n'est que la vie qu'il a vécue, son reflet, qu'il parcourt aujourd'hui sur son lit de mort. Lui qui se définit comme étant le remède dans l'existence de ses futures victimes se meurt mais n'est plus seul. Amanda est là, présente et aimante. Mais sera-t-elle digne de la confiance qu'il a placé en elle ?

Les deux premiers volets de cette actuelle trilogie nous avaient habitué à des scènes d'introduction chocs et cet opus ne déroge pas à la règle. Sono métallique à bloc et ambiance craspec nous accueillent dans l'antre cauchemardesque et télévisuel de John/Jigsaw. Père bon gré et malgré lui d'une Amanda volontaire et technicienne, l'homme se représente à nous, affaibli et mourant, cerné par des appareils de fortune qui le maintiennent en vie. Dans un premier temps on est en droit de se demander à sa vue comment le film va bien pouvoir proposer l'explosion de gore et de tortures promises. Mais rapidement, l'apparition d'Amanda nous montre la voie : froide, solennelle et déterminée, elle annihile de sa présence les craintes que l'on pouvait avoir. Le spectacle va bien avoir lieu, la tension est palpable et les premières morts vont rappeler à notre bon souvenir que le sang neuf a parfois du bon lorsque le maître vacille. Nous allons suivre essentiellement le parcours de deux personnages, Lynn, une chirurgienne et Jeff, un père orphelin de son jeune fils. La survie de ces deux victimes potentielles consistera pour l'une à soigner Jigsaw et pour l'autre à pardonner à celui qui a tué son enfant. En aucun cas il n'est donc question de mutiler ou de souffrir physiquement pour rester en vie. En apparence évidemment.



Car John aime explorer le côté sombre de l'esprit. Son charisme réside dans cette faculté à séduire ses victimes malgré leur effroi. On pourrait même dire qu'il les aime puisqu'il leur offre cette chance incroyable de mériter leur vie. Un sentiment qu'Amanda a su comprendre et qu'elle a transformé en un dévouement aveugle, ponctué d'un regard d'une tendresse infinie pour son "géniteur". Leur relation n'en apparaît que plus troublante, et par extension propice aux malices les plus effroyables.

Tandis que Lynn accepte de soigner le tueur au puzzle pour rester en vie, Jeff quant à lui traverse et ouvre différentes pièces, comme autant de "pochettes surprises" censées l'amener à la rédemption : un jeu de piste mortel qui le conduira au pardon final sous les traits d'un visuel christique lourd de sens. Car il est toujours question de foi dans Saw III, croire en soi et plonger au plus profond de soi-même pour repousser les limites de ses tolérances physiques et psychiques. Une occasion pour le réalisateur de nous plonger à travers ce troisième volet dans une dimension émotionnelle intense : que ce soit l'immersion dans la vie de Jeff, désormais seul avec sa petite fille et dépassé par la mort de son fils, le vécu de Jigsaw que l'on découvre par bribes et nous montre l'image d'un père et d'un mari aimant, ou encore sur la difficulté d'Amanda d'appréhender sa propre vie qu'elle incise d'automutilations comme autant de cicatrices indélébiles.



Sans pour autant les excuser, John et Amanda ne sont que les victimes de leurs travers affectifs et tentent eux aussi de se pardonner leur existence. John, affaibli par la maladie apparaît plus serein mais plus déterminé que jamais, faisant d'Amanda le bras de ses propositions. Mais pour une fois, il ne maîtrise pas tout, du fait de son immobilité, et doit contenir les humeurs de sa protégée tantôt apaisée et souvent hystérique. Le tueur au puzzle doit user de ses dernières forces pour s'assurer le respect des règles et éviter tout dérapage. Un travail mental qui porte ses fruits, puisque celle-ci orchestrera des pièges plus diaboliques les uns que les autres. Broyées, déchiquetées, écartelées, tel sera le sort de quelques-unes des victimes élues pour ce jeu ultime. La réputation du film faite en amont et annonçant celui-ci comme le plus gore n'est pas mensongère. Certaines séquences sont réellement éprouvantes quand elles ne sont pas écoeurantes. Les maquilleurs et autres techniciens d'effets spéciaux ( "Horribilis", "Land of the dead / le territoire des morts", "Silent hill" entre autres) se sont littéralement "lâchés" dans la surenchère d'hémoglobine, et la bande son diablement efficace ne fait que renforcer le caractère épouvantable de certaines images.

D'ailleurs le film passera sept fois devant la commission de censure aux Etats-Unis pour finalement être classé R, impliquant les personnes de moins de 17 ans de le voir accompagné d'un adulte. Une décision somme toute assez discutable tant le film revêt tout de même une violence visuelle évidente. Un film à ne pas mettre entre toutes les mains comme l'explique Tobin Bell qui incarne Jigsaw et qui pour son rôle s'est plongé dans la rédaction d'un passé propre à son personnage en lui créant une vie propre, avec ses complexités, ses doutes et ses souffrances. Une approche du personnage (saluée par le réalisateur) qui a parfaitement porté ses fruits, et notamment pour la relation instaurée avec Amanda, qui montre bien à quel point l'esprit peut être instrumentalisé par les émotions.



Mais Saw III ravira également et surtout les fans car il apporte enfin un nombre de réponses incroyables au travers de flashes-back (qui comme j'ai pu le lire n'insulte nullement l'intelligence du téléspectateur) qui nous ouvrent définitivement les serrures de certaines portes à demi-ouvertes dans les épisodes précédents. On retrouve ainsi Kerry (Dina "Starship troopers" Meyer) l'inspectrice de Police présente depuis "Saw" ainsi qu'Eric Matthews (Donnie "Dreamcatcher" Wahlberg) mais et surtout le personnage d'Adam (souvenez-vous, la scène de la baignoire dans "Saw") et la véritable "relation" entre lui et Amanda…
Enfin, Saw III, au-delà de la souffrance de ses victimes explore à son tour celle de ses instigateurs : John, au seuil de sa vie, goûte à la douleur ultime qui ressemble fort à sa pièce maîtresse au travers du regard (notamment lors d'une opération chirurgicale éprouvante) qu'il promène tout le long du métrage. Mieux que personne il en connaît les raisons et la finalité et semble s'en délecter. Il touche au but et parachève ainsi une expérience de vie incomprise par les hommes. Tobin Bell illumine une fois de plus par son jeu cet homme écrasé par la vie et ses conséquences ; redresseur de torts d'âmes désincarnées qui ont opté pour une facilité de vie sans en apprécier la valeur. Saw III est une œuvre forte, empreinte d'un mal absolu qui ne laisse pas de place à l'à peu-près. Et la saga, forte en twist final dès le début offre une fois de plus une apothéose digne de son vil auteur : Bousman joue avec nos nerfs, et ce, sans se soucier de notre sort ; une leçon de gore magistrale qui finit de nous déstabiliser. Il convient donc en ce sens de saluer le réalisateur pour avoir su franchir une nouvelle étape. Le grand Saw.

- A l'occasion de la sortie américaine de Saw 3, les équipes marketing de LionsGate ont élaboré une idée sang pour sang originale : alors qu'une campagne de dons du sang a accompagné la sortie du long métrage, une affiche a été imprimée à partir du sang du comédien Tobin Bell, interprète du machiavélique Tueur au puzzle. Une fois obtenus l'accord du comédien et les recommandations de la Santé Publique (port de gants et de masques obligatoire pour les imprimeurs et designers), l'affiche a donc été élaborée à partir d'une mixture mêlant hémoglobine et encre rouge. Imprimée à 1 000 exemplaires, l'affiche obtenue a été vendue aux enchères, dont les profits ont été reversés à la Croix Rouge américaine.

- Saw 3, à l'instar de Saw II, est dédié à la mémoire de Gregg Hoffman, producteur d'origine de la saga, décédé brutalement peu avant la sortie du deuxième opus.






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