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Le traitement du loup-garou a subi autant d'avanies que son cousin le vampire, et "Madame loup-garou" occupe une bonne place au rayon des nullités resplendissantes. Avant de la commettre, Michael Fischa avait réalisé "Death Spa", espèce de slasher se déroulant dans un centre de remise en forme; il n'a pas fait grand chose depuis, et on va dire que c'est plutôt une bonne nouvelle... Le scénariste Mark Piro, quant à lui, est toujours resté dans un créneau résolument Z. Pour s'en convaincre, il n'est que de voir les titres de ses productions, dont il est également le réalisateur: "Curse of the Queerwolf" en 1988, "Nudist colony of the dead" en 1991, et plus récemment un certain "Rectuma" (2004) dont chacun devinera le contenu! N'attendez pas pour autant de "Madame loup-garou" qu'il vous entraîne dans les contrées croustillantes d'un nanar désopilant et outrancier. Ce qui en fait un monument de nullité, c'est plutôt le traitement avec lequel il enrobe son thème: celui du sitcom comique à vocation familiale façon "Madame est servie" (d'où la traduction du titre en français, sans doute), rires enregistrés en moins.



Mme Leslie Shaber est une mère de famille américaine bien malheureuse. Rentrant des courses dans son pavillon de classe moyenne aisée, elle s'aperçoit bien vite que son mari Howard rentrera tard et ne pourra donc pas goûter sa merveilleuse quiche aux algues marines et au beurre de yak. Sa fille, Jennifer, la délaisse également afin de se rendre au salon de l'horreur avec sa copine Stacey, une fan incollable du genre... Tandis que la télévision fait la Une sur les agressions d'un chien enragé que certains qualifient de loup-garou, les deux adolescentes se font prédire la bonne aventure par une voyante de pacotille, Mme Gypsy, qui leur annonce un événement gravissime... Et en effet, Leslie Shaber se rend le lendemain dans une animalerie où elle rencontre un homme étrange, Harry Thropen, qui la séduit et vient à son aide lorsqu'elle se fait voler son sac-à-main. Bien vite, elle succombe à ses attentions et à son charme, sans se rendre compte qu'elle a affaire à un loup-garou qui va la contaminer. Mais Jennifer et Stacey veillent, et feront tout pour la ramener dans le droit chemin.



Avec "Madame loup garou", ce n'est pas seulement le genre horrifique qui plonge dans une grande misère, mais aussi le genre comique. Même les amateurs de sitcom trouveront sans doute navrant ce registre familial planplan et soft, aux gags éculés et prévisibles, aux répliques naïves et lourdingues, qui s'harmonisent parfaitement aux décors proprets et multicolores, aux musiques eighties synthétiques et bon enfant - le tout parfaitement hideux: on se croirait dans le monde de Barbie devenu réalité. La liste des blagues en plastique est impressionnante, chaque minute du métrage réservant quatre ou cinq traits censés faire mouche... et qui tombent sans cesse à plat. Imaginer un être humain que cela ferait sincèrement rire, sans arrière-goût grinçant, ou sans accablement existentiel profond, suscite une certaine terreur...

D'un côté le génie du nanar (comme par exemple dans "Jack Frost") est absent, et de l'autre toute tentative d'humour se dissipe systématiquement dans le néant, soit que le gag n'ait aucun rapport avec l'histoire et fasse preuve d'un niveau consternant (le mari se cognant au cadre de la fenêtre, "ouille!"), soit qu'il désamorce sa possible charge d'impertinence et d'excès pour la ramener aux justes proportions du familialement acceptable. Une minceur de spectre zygomatique sur laquelle il en reste plus qu'à donner de gros coups de feutres fluo: on n'en finit plus avec les mimiques ahuries et grimançantes, les caricatures ratées (le dentiste se livrant à un limage suggestif des canines de madame, la coiffeuse ou la voyante), ou encore les raccourcis à deux centimes d'euros (le mari pleurant à gros bouillons l'adultère de sa femme, puis se réjouissant sans transition du plat de rôti qu'elle lui a préparé: riez).



Côté fantastique et horreur, même topo évidemment. Tout ce qui fait peur doit faire rire et ne fera ni l'un ni l'autre, tant l'inspiration râcle le dessous du parquet. Le loup-garou en costard interprété par John Saxon parodie le magnétisme animal de la légendaire créature avec des lentilles oculaires orange, un léchage de main bien accueilli, une peur du feu qui se révélera devant... un dessert flambé (ah ah), un grognement caverneux que personne ne semble remarquer plus que ça, sans oublier qu'il s'agit d'un homme manifestement riche et raffiné, donc d'un méchant, car seuls les beaufs sont gentils... La mutation de Leslie, elle, affiche une facture filandreuse, gentillette et mormonnement certifiée, tout le ressort comique résidant dans le fait que madame découvre sa transformation dans le miroir de la salle de bain avec des exclamations dignes d'un théâtre de marionnettes, et qu'elle ne peut pas décemment se montrer en société (c'est-à-dire dans les autres pièces de la maison) avec des poils sur les jambes et des dents pointues, puisqu'ils sont les signes patents de son infidélité; elle essaiera donc de s'en débarasser, mais en vain bien sûr.

Les effets-spéciaux, vous l'aurez compris, ne sont pas la pierre de touche de la production; mais comme tout se passe autour d'Halloween et que les gamins portent des masques en plastique, la transformation finale ne contrastera pas trop: pugilat de combinaisons en caoutchouc et crinières généreuses vous attendent donc dans la dernière séquence. Par contre, l'éradication du mal vaut le détour: ce n'est pas tous les jours qu'on tue un loup-garou avec une fourchette tordue montée au bout d'un bâton, le tout en tenue de hockey portant une éloquente croix rouge... C'est en effet l'étonnante conclusion qu'auront trouvée les adolescentes épuratrices, après avoir essayé plusieurs recettes classiques qui évidemment n'aboutissent à rien, puisqu'elles n'avaient d'autre avenir que de finir en blague bidon (le loup garou croquant la gousse d'ail: drôle).



Bref, en dehors d'une réalisation correcte, dénuée d'aspect remarquable, il n'y a strictement rien à sauver de ce spectacle de fin d'année en tout point adéquat au contrôle parental - à moins qu'on ne considère la bêtise et le vide comme contraire à la santé mentale. Métaphore éculée et moralement exemplaire sur la fatigue du couple, la dangereuse dérive dans laquelle peut tomber une femme délaissée, et le sauvetage de son mariage par des enfants attentifs et débrouillards, "Madame loup garou" n'apporte rien aux genres qu'il utilise, ni aux spectateurs qui le regardent. Un produit bio-débile, parfait pour accompagner la fin de vie d'un audimat WASP en phase terminale.








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