RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3
(2 votes)
"Chef-d'œuvre de Fernando di Leo", "érotisme torride", "meurtres d'une violence inouïe", proclame avec aplomb la jaquette des éditions BL Films. Celui ou celle qui n'aurait jamais vu de film plus chaud qu'un navet dominical sur M6, ou plus violent qu'une adaptation d'Agatha Christie, s'expose en effet à un violent traumatisme en regardant cette "Clinique sanglante", énième nouveau titre d'un joli nanar qui, si on s'en arrête à la France, fut également connu sous celui de "La clinique des ténèbres", "Les insatiables poupées érotiques", "Les poupées sanglantes du docteur X", et enfin : "Les insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock", encore plus approprié, il est vrai, à ses incohérences. Artisan du bis italien spécialisé dans le polar spaghetti ("Milan calibre 9", "Manhunt", "Diamants de sang"), Fernando di Leo ne fit d'ailleurs pas mystère de son désintérêt pour ce produit de commande, qui exploitait un genre dans lequel il ne s'illustra que cette seule et unique fois. Résultat : un vague slasher déguisé en giallo, aller simple pour Z-land dont le charme doit peu de choses à ses prétendus atouts.



La clinique psychiatrique du Professeur Osterman est un petit château bourgeoisement aménagé à l'écart de la ville. On y dépose de jolies jeunes femmes souffrant de divers problèmes (dépression, agoraphobie, nymphomanie, tendances suicidaires), et elles y sont traitées avec une douceur et une compréhension qui détonnent grandement avec les méthodes chocs des établissements psychiatriques d'ordinaire représentés: discussions, jeu de croquet, jeu de société, et accessoirement… jeux de mains. Mais voilà qu'une nuit, un rôdeur tout de noir vêtu et à la rauque respiration entreprend de décimer les résidentes…



"Meurtres d'une violence inouïe" : ceci, à tout le moins, est un exemple d'humour à froid. En réalité, tous les meurtres de "La clinique sanglante" sont à peu près conçus sur le même principe : un plan sur l'arme (ou encore mieux, son ombre chinoise) s'apprêtant à frapper la victime, puis un autre sur la même arme se retirant du corps qu'elle vient de frapper, avec si possible un maquillage gore gentillet qui sent bon la peinture. Il y a bien quelques variantes, mais la constante elliptique y est toujours conservée. En comparaison, même un épisode de la série "Vendredi 13" de bas niveau semblera trash, et seule la dernière scène, où le tueur démasqué est abattu, atteindra une certaine violence, ce essentiellement grâce à une surenchère de procédés techniques (ralenti, musique, bruitage tonitruant, montage cut).

L'intérêt aurait peut-être pu venir de la diversité des armes utilisées… Car la clinique du Professeur Osterman, réservée aux dépressives et aux suicidaires, contient en effet une salle d'armes médiévales, ni plus ni moins! Hache, dague, masse d'arme, épée, arbalète, le tueur peut donc y piocher au gré de sa fantaisie. Le problème, c'est qu'il s'en sert aussi bien que si la Reine d'Angleterre essayait de manier une bêche. Il faut voir ce balancement de la hache lorsque le tueur monte un escalier, la façon dont il l'empoigne pour l'abattre sur sa victime (n'essayez pas, vous vous retrouveriez avec un manche de bois enfoncé dans l'estomac), ou encore, cet ahurissant entraînement à l'épée (dont il ne se servira d'ailleurs pas) et ce joli entrechat lorsqu'il utilise la masse d'arme… Sans compter sur l'allure même du tueur qui, dans un accoutrement noir lui donnant l'air très convaincant d'un têtard des ténèbres, titube et râle comme un zombie alcoolisé.



Alors, "érotisme torride" ? Ce qui est certain, c'est que l'interdiction aux moins de 16 ans, qui frappa le film à sa sortie et qui est encore mentionnée sur la jaquette de "La clinique Sanglante", vient de là, et sûrement pas, comme on l'a vu, de sa violence graphique. Il existerait même une version française où des extraits de films pornographiques venus d'autres productions auraient été insérés afin d'accentuer le soufre se dégageant du métrage… Rien de tel cependant pour l'édition BL Films, qui s'en tient à la version Di Léo. On y trouvera bien deux plans explicites de masturbation féminine (où Rosalba Néri fut remplacée par une autre actrice), ce qui suffit sans doute à expliquer l'interdiction… Mais pour le reste, rien de vraiment sulfureux.

La caméra approche un corps féminin ensommeillé et lascif et louche avec insistance sur son pubis, survole des frôlements lesbiens plutôt timides et embarrassés, s'anime devant une danse bras levés pour toucher en cadence les sommets du ridicule, ou cadre platement une scène d'amour en pantalon (plus longue dans la version française, mais toujours en pantalon). Bref, l'érotisme de ces "poupées" frappe davantage par son mélange de pudibonderie, de froideur et de vulgarité, que par une réelle capacité d'excitation. Meurtre et désir sexuel semblent s'unir dans une même maladresse, et ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si la caméra subjective peut aussi bien signifier la vision du tueur que celle d'une amante pleine d'une sollicitude affamée…



Qu'est-ce qui peut donc sauver "La clinique sanglante" du naufrage absolu ? Pas vraiment le scénario, qui a beau afficher les distinguos du giallo (gants noirs, armes blanches, femmes légèrement vêtues ou pas du tout) mais n'en reste pas moins un slasher se déroulant sur une nuit et ne donnant lieu à aucune enquête. Le petit monde de la clinique finit par se rendre compte qu'un assassin sévit, la police arrive, on nous balance l'identité du tueur et on le tue, point. Fernando di Léo aura bien fait mine de nous induire en erreur… mais avec si peu de suivi et de conviction qu'aucune véritable surprise n'est à attendre de ce côté-là. L'identité du tueur apparaît même indifférente, sinon peu crédible.

Non, les seuls atouts des "Insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock", où tout le monde aura compris qu'il n'y a pas de docteur de ce nom, tiennent dans les décors bourgeois et gothiques, très joliment filmés quand Di Léo ne s'essaie pas à des cadrages fantaisistes du plus mauvais effet, et certains des acteurs principaux. Tous habitués aux séries Z, ces derniers possèdent pourtant un charisme peu ordinaire : Klaus Kinski, bien évidemment, mais aussi Rosalba Neri, John Karlsen et Margaret Lee. Chacun d'entre eux est doué d'une présence et d'un don d'interprétation qui donne aussitôt du caractère à leur personnage, alors même que ceux-ci ne sont pas très fouillés au niveau du scénario. Quelques échanges de paroles entre Cheryl et le Dr Clay ou entre Anna et son ancien amant, quelques plans sur les visages et leurs expressions chargés d'une intériorité à la fois obscure et lumineuse, cela suffit à éclabousser de saveur le reste de ce film bancal. Et on se dit avec regret que de grands talents ont souvent été fort mal employés…

Alors, "chef-d'œuvre de Fernando di Leo" ? Il vaudrait mieux que non.

Outre les titres alternatifs français, le film est connu sous les titres "Asylum erotica", "Slaughter hotel", "The beast kills in cold blood" et "The cold-blooded beast".

La durée du film original en VOST est de 90 mn (on parle aussi d'une version de 93 mn, absente de cette édition), celle de la VF est de 84 mn.






Du même réalisateur :